Une si douce impatience – P. Drachline

par Franca Maï|
C'est un petit bijou littéraire que j'ai refermé hier soir, tard dans la nuit. Et si vous ne deviez lire qu'un seul roman en 2006, ce serait celui-là !

pierre_drachlineLe narrateur, atteint d’un cancer, fait un malaise et une chute sur une table de livres d’occasion au marché Georges-Brassens qui l’épingle irréversiblement dans la zone de non-retour et nous le retrouvons bientôt coincé dans son cercueil.

Nous respirons avec lui -sans échappée possible- l’ultime sursis d’une heure dérobée à la faucheuse.

Si la carcasse a du mal à trouver sa position de sommeil éternel et continue à le faire souffrir comme dans sa vie antérieure -en perdurant les incivilités de la chair- la pensée, elle, d’une acuité redoutable, divague et nous présente une galerie de proches et de promeneurs égarés.

Baignant dans une misanthropie affichée à la tendresse masquée, cultivée facétieusement au gré d’un vent lunatique, le narrateur nous livre quelques clairvoyances, révoltes et sagesses sur ce monde en déroute.

Ainsi, rencontrons-nous, au gré de ses pérégrinations mémorielles, la figure emblématique du café Bof, sous les traits du Père Jean, qui porte en toute saison un tablier bleu.

« Le bar des Bons Ouvriers Français » et non pas « L e bar des beurre-oeufs-fromages » brasse autant d’éclopés, d’ivrognes que de sages aux rétines indomptées. Et les idées libertaires flirtent avec l’alcool réconciliant des aubes chantantes.

Comme je ne veux pas déflorer cette lecture initiatique, je vous laisse découvrir vos rendez-vous futurs.

Mais il y a cette magnifique déclaration d’amour faite à celle baptisée l’ innommée, que je ne saurais taire, hurlant sa douleur dans le monde des vivants :

« Tu m’avais promis ! C’est moi qui devais partir la première. C’était convenu ainsi entre nous depuis le début. J’avais la priorité. Tu m’as trahie ! J’avais confiance. Tu m’avais juré de m’attendre. J’aime pas la vie,moi. Dis , tu me réponds ! »

Alors on se prend à rêver de pelles et de pioches pour l’aider à dégager son homme de ce trou pourri.

On veut croire que l’alchimie des coeurs retrouvés perdure au-delà de cette satanée horloge…

On casse furieusement les aiguilles pour préserver ce temps suspendu.

Une si douce impatience de Pierre Drachline

Editions Flammarion date de parution : le O3 janvier 2006

Partager !

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article