Twitter, un nouvel outil journalistique

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Conçu au départ comme un simple réseau social, Twitter est devenu le centre de toutes les attentions notamment politiques et médiatiques.

twit1-2Fondé en 2006, Twitter a été conçu par ses créateurs, Noah Glass et Evan Williams, comme une simple plate-forme permettant à ses utilisateurs de décrire ce qu’ils étaient en train de faire. Très vite, la concision imposée par le service a orienté les messages vers des échanges de liens et d’informations plutôt que vers une description de son propre « état » à la manière du statut Facebook . Son fonctionnement technique, lui conférant une réactivité de mise à jour imbattable – bien plus rapide que les moteurs de recherche – en a fait, peu à peu, un acteur indispensable du web 2.0.

Le principe du site est simple : chaque internaute inscrit peut envoyer des messages, les tweets, qui seront lus par ses followers, c’est-à-dire les utilisateurs ayant décidé de suivre les messages de cette personne. Ces contenus peuvent donc autant être réservés à un cercle d’intimes que lus par des millions d’internautes, en fonction de son nombre de followers . La seule contrainte imposée est de faire court à savoir 140 caractères au maximum, espaces compris. Aussi, il faudrait presque 55 posts pour diffuser l’intégralité de cet article sur Twitter.

Bien qu’il héberge assez peu de profils par rapport à Facebook, essentiellement courtisé par des professionnels et des web addicts, Twitter est devenu cette année l’objet de toutes les attentions, notamment suite à la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad en Iran. Durant cet évènement et en quelques heures seulement, Twitter s’est révélé être la plate-forme de référence pour les Iraniens dénonçant un vote truqué, et une source d’informations privilégiée pour les médias occidentaux. La raison de cet engouement est d’abord technique : la facilité d’accès et la réactivité instantanée offerte par le site de micro-blogging lui a en effet permis de devancer les médias classiques, ralentis par l’expulsion des médias des centres névralgiques de l’actualité (scrutins, manifestations,.).

Les réactions des acteurs « médiatiques » face à Twitter

manif_iran-2La terreur menée par les dictatures à l’encontre des réseaux sociaux montre bien leur puissance de feu. Tout comme les médias traditionnels, Twitter et Facebook sont en effet dans la ligne de mire des gouvernements. Ainsi, la Chine a récemment interdit à ses citoyens l’accès au site berlintwitterwall.com. Cette plateforme pour utilisateurs Twitter, lancée pour l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin et appelant à débattre de l’existence des autres murs dans le monde, a subi une sévère répression de la part de Pekin, qui a une fois de plus montré son non-respect de la liberté des médias. Si Twitter est un média particulièrement visé, c’est parce qu’il est doublement dangereux : il est à la fois un média et un lieu où les citoyens peuvent s’exprimer librement. Censure contre la presse et censure contre les regroupements politiques se déchaînent alors contre le réseau social.

Les médias sont donc désormais confrontés à une concurrence qui touche plus d’audience et qui est plus rapide qu’eux, les obligeant par là à plus de réactivité. Aussi, la chronologie de l’info est bousculée, les réseaux sociaux étant les nouveaux champions de l’instantané. « Premier sur l’info », c’est ce qu’est devenu Twitter en peu de temps : grâce à la mobilité permise par les smartphones, la facilité d’accès qu’il offre et surtout sa force de diffusion, le réseau social commence à faire de l’ombre aux médias traditionnels.

Depuis septembre, l’université de Columbia a bien compris cet enjeu : elle a créé un cours sur les réseaux sociaux->http://www.electronlibre.info/Twitter-au-programme-des-cours-de,00441] au sein de son département journalisme. Le but : apprendre aux journalistes en herbe à s’informer via les réseaux sociaux et à construire une relation personnalisée avec les lecteurs via leur compte perso. Tout comme les politiques, les journalistes gagnent ainsi en indépendance en organisant leur [personal branding via leur propre fil Twitter. C’est le cas par exemple de Fabienne Schmitt qui a la première publié un tweet annonçant la convocation des deux patrons de TF1 par Martin Bouygues, faisant monter un buzz autour de la discorde qui sera repris en télé, presse et radio, jusqu’à l’annonce finale du départ de Duroux .

twitter_new-york_times-2Ces nouvelles pratiques ne sont pas forcément du goût de toutes les rédactions, comme en témoignent les récentes restrictions dictées par le Washington Post à ses employés, leur demandant de réguler leurs opinions sur Twitter. Les rédacteurs en chef semblent craindre de perdre une partie de leur autorité face à des journalistes qui constituent leur fil perso en véritable marque de fabrique. Pour contenir le phénomène, les dirigeants de médias créent des comptes propres à la rédaction, qui dépassent en nombre de followers le lectorat classique. Fort d’une ambitieuse stratégie sur les réseaux sociaux, le New-York Times compte ainsi plus de 2 millions de followers : c’est le dix-neuvième fil le plus suivi au rang mondial selon Twitterholic, instrument de mesure qui classe les comptes rassemblant le plus de lecteurs. Le quotidien a d’ailleurs créé cet été un nouveau poste, celui de rédacteur en chef chargé des réseaux sociaux ; Twitter devient ainsi pour ce média à la fois une source d’informations et un nouveau moyen de les diffuser. Plus généralement, le réseau social est devenu en quelques mois une véritable agence de presse internationale, spécialisée dans les breaking news et donc un outil de veille indispensable pour tous les professionnels de l’info.

Les limites du Tweets

On connaît bien les polémiques qu’a soulevées cette soudaine « twitterisation » de l’information : sources non fiables, informations non traitées, pour des données qui échappent à tout contrôle et se diffusent massivement. La propagation de fausses informations, comme ce fut le cas dernièrement à propos de la mort de Kanye West, est en effet un des principaux risques ; c’est là, notamment, que la place des médias est à redéfinir, dans l’examen et la régulation des données. Parce que cette recherche incessante de l’info instantanée, habituant l’internaute à suivre l’actualité en temps réel, c’est aussi le danger de la dictature du buzz. Pour être le premier à diffuser « la » news, nombreux sont ceux qui relaient l’info sans la vérifier, quitte à remettre en cause les principes éthiques du journaliste. Si dans le schéma médiatique traditionnel, le scoop était déjà le Graal, aujourd’hui, il prend les contours d’une chasse effrénée et mondialisée à l’exclusivité – devenue, pour le coup, beaucoup plus rare.

Cette nouvelle façon de s’informer fait partie intégrante d’une véritable révolution contextuelle de l’information, au sein de laquelle le document statique, imprimé, tend à disparaître au profit d’un flux numérique continu qui transforme la réalité virtuelle au fur et à mesure de sa propre alimentation. Aujourd’hui, l’information est immédiate, les tweets disparaissent derrière de nouveaux tweets, l’actualité se vit comme un flux soumis à la pression d’un renouvellement continu.

Cette succession incessante d’instantanés est en passe de devenir la formule de référence pour la diffusion de l’information, sans pour autant se substituer aux articles approfondis qui nécessitent le temps de décalage nécessaire à l’enquête et à la réflexion. Mouvement permanent, mobilité totale, immédiateté : l’ « actualité » n’a jamais aussi bien porté son nom qu’avec Twitter.

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A propos de l'auteur

Image de : En plus de travailler dans la promotion musicale, Benjamin aime passer son temps perdu à écrire sur les médias en général, la théorie du cinéma, l'économie des NTIC ou encore la transformation de l'industrie musicale. Sinon, il adore les salles de concert qui sentent la sueur, les films de plus de trois heures sur l'histoire des Etats-Unis, la techno planante au petit matin, les hot-dogs, les papiers gonzos, la radio, la vodka, le rock qui envoie, les polars de 800 pages avec des personnages orduriers, les documentaires sur la CIA, et puis surtout les yaourts et les glaces.

1 commentaire

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    le Jeudi 7 janvier 2010
    Ouaicestpasfaux a écrit :

    Bravo pour cet article très synthétique et à la fois très complet. C’est intéressant, malin et bien écrit, un vrai régal !
    C’est d’autant plus passionnant que cette recherche du scoop et l’évolution des moyens techniques de diffusion de l’information ont créé de toutes pièces un besoin de suivre l’actualité en temps réel. Le mal du sicèle.
    Besoin artificiel, parfois dangereux : comme montré dans l’article, l’absence de recul temporel et donc réflexif anihile l’intérêt de l’information puisqu’elle n’intéresse le lecteur que pour sa fraîcheur et non plus son message.
    Cette recherche d’instantané est symptomatique de notre époque : tout, tout de suite, tout le temps.

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