Tryo détourne Bercy

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Ils en auront parcouru du chemin depuis la petite scène de la MJC de Fresnes, où ils donnaient leurs premiers concerts, rien que des premières parties. C’était il y a plus de 10 ans…

tryodiscordance1-b0f7aLe 16 décembre 2009, Tryo s’est offert le luxe de chanter dans l’une des plus belles salles parisiennes, Bercy, transformée pour l’occasion en bateau géant, et a fait voyager son public autour de son univers, celui de la fête et du métissage. Prêts pour l’embarquement ?

À 19h, la salle est déjà comble et la fosse prête à craquer. Il faut dire que le groupe, tant attendu, a bien fait les choses : des places non numérotées à tarif unique afin de pouvoir faire venir le plus de monde possible. Et les fans ont répondu présents. Pour ceux qui n’ont pas pu faire le déplacement, le concert est retransmis en direct sur Arte Live Web . Le spectacle commence dès la première partie, assurée par La Rue Ketanou (produit par Salut Ô Productions de Tryo ) dont l’énergie chauffe l’ambiance et donne le ton de la soirée. Après leur passage, trente minutes d’entracte s’imposent pour permettre aux techniciens d’aménager la scène et à nos artistes de réussir leur entrée. Cette date, ils l’ont attendue, préparée depuis des mois pour que l’évènement soit à la hauteur de ce qu’il représente, l’accomplissement d’un rêve.

Le décompte s’est écoulé, il est temps de commencer. Tryo est à sa place, celle qu’il occupe depuis le début, au coeur de son public. Manu, Guizmo, Mali et Daniel apparaissent dans les gradins, sous un déchainement de cris et d’applaudissements et s’installent sur les prolongements de la scène qui entourent la fosse, pour interpréter leurs quatre premières chansons, G8 et  Ce que l’on sème extraites de leur dernier album ainsi que deux classiques La Main Verte et Pour un flirt avec la crise (plutôt d’actualité. !). Les spectateurs sont debout, embarqués par la folie Tryo, qui peut investir la « vraie » scène à présent qu’ils ont pris possession du lieu.

tryodiscordance4-2Destination l’ailleurs. La silhouette d’un violoncelliste projetée en ombres chinoises sur le grand drap blanc qui cache encore l’orchestre, des sonorités orientales, l’apparition d’un symbole indien sur l’écran géant au fond de la salle : Tryo a mis le cap au Sud et marque une première escale en Inde avec Arhundati Roy, ragga mystique consacré à la romancière indienne célèbre pour son activisme pacifiste et social. Sur sa lancée, il poursuit jusqu’en Amérique latine, terre d’inspiration musicale et de naissance de Danielito, l’un des membres du groupe, mais également de Pablo Mendez, musicien argentin, qui les a rejoints sur la tournée. Le duo de percussionnistes fonctionne à la perfection et donne une couleur très touchante au titre El dulce de leche qui, en contant l’histoire personnelle de Daniel, né au Chili, met en question les thèmes de l’émigration et de l’exil politique. On reste encore un peu sur le continent, en passant la frontière Nord, vers le Brésil pour danser au son de la samba et de la batucada. Tryo a convié la troupe Sambatuc qui, avec ses musiciens et ses danseuses, enflamment la foule de Bercy contaminée par le rythme. Il faut reprendre son souffle et pendant que ce petit monde quitte la scène, cap sur le Maghreb avec les chansons Si la vie m’a mis là et Abdallah, hymne de défense pour la cause touareg.

On l’aura compris, Tryo est à la fête ce soir et c’est bien accompagné qu’il a décidé de vivre ce moment. Les invités se succèdent et même lorsque l’on croit que c’est fini, ils arrivent toujours à nous surprendre : Arthur H déboule sur scène pour sa toute première collaboration avec le groupe, Mouss et Hakim vient bouger sa chemise sur Motivés, la voix de la chanteuse camerounaise Sally Nyolo se mêle au quatuor masculin pour Tombé mal et l’impromptue Ayo les met à genoux avec son interprétation de Life Is Real, ponctué de petites phrases en français. À ce moment-là, une certitude se fait : Tryo assure en maitre de cérémonie !

tryodiscordance3-2Si les « copains » sont sur scène, Tryo n’en délaisse pas moins son public qui l’accompagne depuis le début et c’est avec une grande humilité qu’il le remercie d’être là, pour cette date symbolique, la dernière de la tournée, après 130 concerts donnés en France, en Suisse et en Belgique. Le groupe a réussi à s’imposer comme une valeur incontournable de lu paysage musical et à gagner la reconnaissance du milieu artistique, à la fois pour son talent de conteur et son engagement citoyen. Profondément touché par la lutte contre le réchauffement climatique, Tryo a noué un partenariat avec l’association Greenpeace, présente à la soirée, et s’est particulièrement investi sur son dernier album sur le thème du développement durable, à travers la réalisation de son Bilan Carbone, mais avant tout en chanson avec la critique du gaspillage portée par le titre Consommez .

Habitués généralement aux petites salles, on aurait pu craindre qu’ils se noient dans l’immensité de l’espace de Bercy, mais c’était mal connaître les ressorts de nos chanteurs : ils occupent le terrain comme s’ils n’avaient fait que çà toute leur vie et créent de la proximité là où le lien aurait pu se détendre. Les membres prennent la parole à tour de rôle, bien que Mali ait un faible pour le micro, et ménagent de multiples pauses-échange avec les spectateurs. Descente dans la fosse afin d’en extraire une jeune fille qui gagne le droit de monter sur scène pour filmer l’une des chansons, Tryo ne s’interdit rien. Le mouvement « participatif » est mené jusqu’au bout avec Désolé pour hier soir, morceau qui donne l’occasion à Mali de s’interrompre régulièrement pour recueillir les réactions du public, et elles sont nombreuses, vécu oblige.

La performance du groupe atteint des sommets et se nourrit de tous les talents qui l’accompagnent, car Tryo sait bien s’entourer. Côté orchestration, la présence des trompettistes et saxophonistes, parmi lesquels on peut compter le talentueux Ludovic Louis, est à saluer pour le rythme et la chaleur dont ils parent leurs chansons. Le travail scénographique réalisé par Mali donne une vraie ampleur au spectacle qui se déploie en 3 dimensions et incorpore la magie du cirque, reconstituée par les quatre acrobates de l’ Académie Fratellini . L’image a aussi sa place dans le champ : vidéos, dessins d’animation, et captations de la salle sont projetés sur les trois écrans géants installés autour de la scène. Bref, ce sont presque toutes les disciplines artistiques qui sont représentées pour détourner Bercy et lui faire vivre un moment inoubliable.

tryodiscordance15-2Après Marcher droit, qui stigmatise la France de Sarkozy, Tryo remercie et quitte la scène. Mais on sait bien qu’ils ne peuvent pas partir comme çà. Place à l’émotion juste après le rappel, le temps d’un Serre-moi, et voilà le message que l’on espérait : loin du reniement de ses valeurs, Tryo reste fidèle à lui-même et à cette liberté de ton qui continuera à guider leurs pas. Rentrer dans le rang, très peu pour eux. Encore sceptiques ? Écoutez la Pompafric, dénonciation de la corruption ou souvenez-vous des paroles de leur toute première chanson, celle qu’ils nous offrent comme un cadeau, un cri du coeur, L’Hymne de nos campagnes . Et on l’attendait.

C’est déjà le moment de se quitter, mais on sent que Tryo a bien du mal à se retirer. Une chorégraphie de groupe sur Around The World pour clore le voyage, un dernier tour d’honneur pour le graver dans sa mémoire et ce sera fini. La formation est devenue grande, elle a mené sa barque à son rythme et a finalement récolté ce qu’elle a semé, le succès sous les étoiles.

Crédits photo : Phil B.

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A propos de l'auteur

Image de : Après avoir mastérisé dans la section Médias du CELSA, c'est exilée temporairement, pour des raisons romanesques (mais pour encore quelques mois) dans la Patagonie argentine, que je comble les lacunes de ma piètre éducation politique en me plongeant dans l’œuvre des grands penseurs latino-américains, tels que José Marti et le Che Guevara, et que j'affine mon esprit critique au contact d'une société reléguée au dernier plan de notre fameux ordre mondial. Passionnée de culture latine et de radio, je combine les deux en présentant sur une fréquence communautaire locale une émission de débat et de musique dédiée à l'Amérique du Sud. Même de si loin, je garde les yeux sur ce qui s'écoute en France et, grâce à Discordance, je peux contribuer modestement à montrer que la musique en espagnol vaut mieux que son image de machine à produire des tubes de l'été.

2 commentaires

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  1. 1
    Philippe Barbosa
    le Jeudi 17 décembre 2009
    Philippe BARBOSA a écrit :

    Un autre texte et d’autres photos, c’est par ici :
    http://photographil.net/blog/tryo-bercy-16122009/
    :)

    Le concert de l’année, selon moi, pourtant pas fan de Tryo. ce genre de scène devrait être obligatoire pour les salles de pus de 10000 personnes :)

  2. 2
    le Vendredi 18 décembre 2009
    prodo a écrit :

    salut les gars ,ça avait plutot l ‘air d ‘une bonne soirée et d’un beau spectacle.
    tof

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