Transylvania

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La Transylvanie. Terre de légendes mystérieuses, où se mélangent plusieurs langues, plusieurs cultures et plusieurs communautés slaves. Là-bas, une femme cherche un homme, celui qu'elle aime passionnément.

transylvania-2Parmi ces couleurs éclatantes, cette lumière aveuglante, ces contre-jours, Zingarina est une amoureuse désespérée, qui subit plus qu’elle n’est portée par son amour. Elle le retrouve. Il la repousse, violemment. Incompréhension sourde, brutalité du retour sur terre. Et précipitation droit aux enfers.

Parmi le bruit et l’agitation d’une fête tzigane, après avoir perdu son homme, elle perd son identité et sa santé mentale.
Elle abandonne toute sa vie derrière elle, laisse la voix de la raison (son amie Marie) résonner en vain et se laisse posséder entièrement par la Transylvanie, dont elle devient l’incarnation même des superstitions. Zingarina n’est plus que l’ombre d’une femme. Qui est-elle, dans le fond ? Amie, petite amie, Italienne, Française, Roumaine ? On ne le saura pas, on ne le saura plus, jamais.  » Imagine what you like « , dit-elle. Tout ou rien, tout ET rien.

La Transylvanie, pays du voyage sans retour, la transforme irrémédiablement, et à une vitesse fulgurante mais non sans peine & douleur.
Changalo, son nouveau compagnon de vagabondage, croit dur comme fer qu’elle ne peut pas être comme les autres gipsies :  » She’s not like that « , affirme-t-il… pour se voir répondre :  » You’ll see « …
En tout cas, on ne la reverra pas sourire avant la fin.

Devant cette modification radicale, on se demande qui, de la fausse tzigane ou du marchand bonimenteur, est le véritable escroc, qui joue un jeu. A ceci près que Zingarina ne fait qu’endurer. Elle a été happée par ses visions, par les lumières fantomatiques et le brouillard qui transforment les personnages en apparitions surnaturelles. Ballottée entre exorcistes, corbeaux maudits et sorcières imaginaires, le temps d’une grossesse, elle erre, sans aucune ligne de mire.

Asia Argento est admirable en femme perdue. Multilingue, elle est touchante lorsqu’elle parle en français mais beaucoup plus éloquente par son silence et ses sourires (présents ou absents). Sublimée par la façon qu’a Tony Gatlif de filmer ses actrices, elle irradie.

Malgré tout, on ne peut s’empêcher de penser que l’histoire de Zingarina n’est qu’un prétexte du réalisateur pour explorer une fois de plus le monde des gitans (qu’il dissèque depuis ses premiers films) et la Transylvanie, pour laquelle il a eu un coup de coeur.
En résulte une vision un peu trop documentaire, qu’on aimerait moins neutre, plus hallucinée, encore plus magique. Jamais les sentiments des personnages ne transparaissent ni ne sont expliqués, ce qui provoque chez les spectateurs une sorte de regard contemplatif, passif, apathique. Dommage.

Restera une petite étincelle de passion pour cette région captivante, aux paysages fantastiques. Une musique et des danses hors du commun, une pointe d’humour et des acteurs géniaux.
Un petit parfum de Kusturica en somme.

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A propos de l'auteur

Image de : Miss Cinéma de Discordance et chroniqueuse hétéroclite since 2005. [Blog] [Twitter]

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