Toujours L.A. – Bruce Wagner

par |
Quel est le meilleur exemple de plan marketing réussi ? Apposez sur la première de couverture « préface inédite de James Ellroy » et un commentaire de Bret Easton Ellis, et une critique élogieuse de Salman Rushdie sur la quatrième de couverture.

la-2Rajoutez-en une couche avec la caution de deux réalisateurs – David Cronenberg et Oliver Stone – présents dans les rabats de la couverture et vous obtenez le lancement en fanfare de Toujours L.A. – traduction hasardeuse de Still holding – de Bruce Wagner chez Sonatine Editions.

Vendu comme un grand roman noir sur le monde impitoyable de Hollywood, Toujours L.A. a mis cinq ans à arriver en France. Ecrit par un scénariste qui signait là sa première oeuvre romanesque, Toujours L.A. promet du name-dropping à toutes les pages, des personnages déjantés et amoraux, de la perversité, du stupre, le miroir aux alouettes de la célébrité, pas de tabous et surtout pas de scrupules. En somme, ça fait quand même un peu beaucoup pour être honnête.

Bruce Wagner est donc scénariste. Pourquoi est-ce que je me permets de le repréciser ? Tout simplement parce que l’histoire de Toujours L.A. a tout du scénar qui a été refusé et que l’auteur a jugé bon de transformer en roman, histoire que rien ne se perde. Dans la jungle de Los Angeles donc, trois personnages emblématiques des multiples visages de la célébrité se croisent. Becca, dont la ressemblance troublante avec Drew Barrymore lui permet d’exercer en tant que sosie de cette dernière et qui, en attendant son heure de gloire joue les figurantes-cadavres dans des épisodes de Six feet under . Kit Lightfoot, jeune premier qui doit interpréter le rôle d’un handicapé mental dans le prochain film de Darren Aronofski . Et Lisanne, assistante personnelle de célébrités, dont la vie sexuelle et sentimentale chaotique n’a d’égal que sa passion pour le new age tendance sectaire. Ces personnages qui vivent dans trois sphères différentes du système hollywoodien vont se croiser, puis retrouver leurs destins liés de manière inextricable. Dans cette course effrénée à la célébrité, qui va en sortir avec le moins de casse ?

Chouette scénar, n’est-ce pas ? Mais avant toute chose, n’oublions pas que le bon scénariste ne fait pas pour autant le bon romancier. Ecrire pour le cinéma, ce n’est pas la même chose qu’écrire un roman, tout comme une bonne image en littérature n’est pas forcément exploitable à l’écran. Toujours L.A. est un roman assez laborieux, mal construit et surtout écrit avec le minimum d’efforts possibles tant du côté épaisseur des personnages que. de l’écriture tout simplement. Je n’oserai pas accuser le traducteur, ces derniers ayant souvent bon dos pour ce qui est d’excuser des bouquins médiocres. Là en tout cas, il n’y a rien à sauver, c’est encéphalogramme plat (à noter que l’ont peut trouver dans ce roman parmi les pires scènes de sexe qu’il puisse être donné de lire en littérature). Il y a une déception qui va grandissante au fil des pages, exactement comme une bande-annonce géniale qui donne lieu à un film bancal, voire raté. Et dans Toujours L.A. il faut s’accrocher parce que ça dure plus de 500 pages.

L’ironie totale de ce plan marketing, c’est de placer les accroches de deux romanciers qui ont sans doute le mieux écrit sur Los Angeles et le monde du showbiz. James Ellroy tout d’abord avec L.A. Confidential (on comprend mieux ce choix de traduction du titre, il y a du coup un réflexe pavlovien dans la tête du lecteur, genre ah ça va être un super roman noir ) et Bret Easton Ellis avec Glamorama . Et le tour de force de Toujours L.A. c’est qu’il donne furieusement envie de relire illico ces livres-là. Chez eux, la description minutieuse de personnages corrompus, sans scrupules, ce passage de l’autre côté du miroir est autrement plus savoureuse et frappante que les circonvolutions d’un Bruce Wagner qui donne à son roman l’allure d’une série télé bas de gamme. Et encore ! Car de bonnes séries sur cet univers, il en existe une. Une excellente d’ailleurs : Dirt . Courteney Cox y joue le rôle de Lucy Spiller, la rédac’chef du magazine Dirt, particulièrement trash dans sa recherche du scoop le plus cradingue sur le gratin d’Hollywood. Et autour d’elle gravitent tous les personnages-clés de ce monde-là.

Inutile donc de s’appesantir sur ce Toujours L.A. largement surestimé, il existe bien assez d’oeuvres sur le sujet qui sont foutrement plus essentielles à lire ou visionner. Ce qui en ressort, c’est que Los Angeles n’en finit pas de fasciner et d’apparaître comme une ville tentaculaire qui peut broyer autant que magnifier ceux qui s’y accrochent. Comme le disait James Duvall dans le film Nowhere de Gregg Araki « L.A. is like nowhere. Everybody’s live here is lost. »

Partager !

En savoir +

Toujours L.A, Bruce Wagner, Sonatine Editions, 2008 (2003 pour l’édition originale), 501 pages

A propos de l'auteur

Image de : Née en 1981, Chloé Saffy vit à Toulouse. Sur le net, elle est l'auteur du blog My Way Or The HighWay et a collaboré au e-magazine d'opinion Ring. Adore, son premier roman a été publié en 2009 aux Editions Léo Scheer. On peut également la retrouver sur son site : http://www.ohmydahlia.com [Crédit photo: Kelly B.]

1 commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Mercredi 23 avril 2008
    thom a écrit :

    Scénariste…? Le meilleur moyen de me faire fuir. Déjà que beaucoup de romancier américains actuels ont tendance à être plus de bons scénaristes que de grands romanciers… ;-)

Réagissez à cet article