[TIME*] – Le salon des Indépendants

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Espace Kiron, Paris. En dépit de quelques erreurs de parcours, le salon [TIME*], qui se tenait ces vendredi 20 et samedi 21 novembre, a été une occasion solide de rencontres entre professionnels de la musique indépendante et de découvertes musicales.

Plus sous le signe de l’indépendant authentique que celui de la remise des prix en elle-même, cet événement mérite de se renouveler et on l’attend l’année prochaine de pied ferme !

tileOn ne donnera pas le Time Award de la meilleure organisation à l’événement. Côté communication, les infos indispensables manquent : le programme n’est pas très clair, en particulier le Time Off : qu’est-ce, ou cela se passe-t-il vraiment, quand en est-on informé ? Le site internet n’est pas mieux renseigné. Côté jour-même, on manque de chaises, de place, d’endroits où se parler plus personnellement, de vrais cafés et chocolats. On échange quand même les verres d’alcool orange, rouges et verts. Le couloir qui mène à la salle de presse ressemble à un sombre corridor de cave où sont entreposés quelques détritus. Étrange.

Mais laissons-le grandir, ce salon, c’était un joli rendez-vous pour les professionnels et les artistes, une façon assez réussie de projeter les uns contre les autres et d’échanger les cartes de visite. Quelques stands bienvenus de professionnels.

Salle des showcases : elle est petite, trop pour la puissance des sons. Et elle condamne à la station assise avec un public installé en hauteur, comme pour un jury de thésards en suspens… Glacial pour les artistes, trop solennelle, sachant qu’ils sont déjà bien conscients de devoir faire bonne impression et en un minimum de temps… Ils font leurs balances face à un public qui assiste à tous les détails, avant d’entamer les hostilités… Drôles de conditions, et on ne peut que féliciter la vingtaine de courageux pour l’énergie et le sérieux avec lequel ils mèneront l’exercice.

Coup de coeur pour Milkymee . Plus vibrante et moins lassante que Kate Nash, dont l’album était de superbe qualité, la jeune chanteuse suédoise de folk a une voix entraînante, un peu plus grave et joliment ambigüe, un peu fragile, mais très solide. Son humour la fait chanter sur Manpower, l’agence d’intérim, ‘ It’s not really me ‘, et rire si simplement entre chaque chanson, quand elle nous raconte brièvement ses histoires… Adorable et talentueuse.

Coup de projecteur sur Hey Rosetta ! et A Love Like Pi . Les joyeux Canadiens nous insufflent leur chaleur au gré des instruments multiples et variés : beaucoup de monde, beaucoup de cordes, beaucoup de clap clap pour des mélomanes avertis qui vivent entièrement au travers de leurs instruments. Cette énergie vitale et presque hystérique, ils la déversent en déferlantes et en toute simplicité, comme un jeu d’enfant. Leur musique est pleine d’ascensions frénétiques et de délires compulsifs qui frôlent le mur du son, et leur folie est foutrement contagieuse. Quant aux seconds, Américains ceux-là, tout ce qui a été dit avant est vrai pour eux aussi, si ce n’est que les cordes sont moins nombreuses, et les instruments bizarres plus présents, dans leur style bien sûr.

l_e7c26b5b80889cc8958bc76_copieCoup de plume enfin pour Cosmos 70 : les deux énergumènes font naître l’impression désagréable du manque de vérité. Il n’ y a ici presque aucun instrument, qu’un chanteur à la voix entièrement déformée, une guitare électrique mugissante par instants et une basse tout aussi monocorde, pardonnez le jeu de mots. Mais instruments ou pas, il se trouve qu’ils savent se servir d’un ordinateur, et fort bien, pour créer un univers unique et prenant, dancefloor et dévastateur, sombre et cérémonial, puissant et mortifère. De jolis visuels accompagnent cette séance d’hypnose efficace et dangereuse, avant qu’un ordinateur ne nous remercie du tréfonds de l’univers pour notre présence à bord.

Quelques sourires plus vagues pour les jeunes Talk to Angels du Royaume-Uni, peut-être trop grunge et dans une lignée bien connue à la Nirvana pour faire preuve d’une véritable identité, mais confiants et convaincants ; ou pour la charismatique et outrageuse Shockolady de Russie. Hormis quelques banalités, la programmation est donc juteuse, et notons avec plaisir qu’elle répond bien au qualificatif d »indé’, ce qui n’était pas forcément le cas pour l’attribution des Time Awards lundi dernier.

Les concerts donnent vie à l’événement pendant tout l’après-midi et une bonne partie de la soirée. Ils succèdent à un ensemble de conférences intéressantes qui pointent le doigt sur le sol mouvant actuel de la musique : on y papote d’Hadopi, des droits d’auteurs, du Web 2.O, du marketing musical avec le numérique…

Plus particulièrement, la conférence sur l’avenir des droits d’auteur pose la question plus étendue de la viabilité du système industriel musical actuel avec internet. La conception trop simpliste d’une industrie des gros contre un internet démocratique est vite désamorcée, ouvert à tous tant pour l’expression que pour la réception : car sans toujours vouloir parler d’argent, le problème est bel et bien là et sans que cela ne constitue un problème moral, c’est un problème bien réel : comment la culture peut-elle survivre, vivre et évoluer sans rémunération des artistes, ou des nombreux acteurs qui participent à ses fondements ? Quelques inepties se font entendre, notamment le postulat selon lequel il y a maintenant des gens prêts à accepter de ne pas être payés pour ce qu’ils font. Autrement dit, il s’agirait d’un choix volontaire et permanent pour certains. Ou encore il paraitrait que de chanter dans sa douche représenterait un problème de droit public, et même avec toute la force d’esprit possible, il est dur de trouver vraiment une cohérence au discours…

Les discussions sont peut-être un peu courtes et s’éloignent parfois des sujets établis, mais de telles thématiques ne peuvent être débattues que de façon insatisfaisante en si peu de temps, et méritent bien plus encore que les petits espaces proposés par le salon. Une excellente initiative donc.

Une première plutôt réussie et prometteuse. À suivre.

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En savoir +

Site officiel : http://www.time2009.net/

Milkymee : http://www.myspace.com/milkymee
Hey Rosetta ! : http://www.myspace.com/heyrosetta
A Love Like Pi : http://www.myspace.com/alovelikepi
Cosmos 70: http://www.myspace.com/cosmos70
Talk to angels : http://www.myspace.com/talktoangels
Shockolady : http://www.myspace.com/shockoladymusic

A lire sur Discordance : [ Les Time Awards->1381]

A propos de l'auteur

Image de : Les mots ! Pigiste en culture pour plusieurs organes de presse écrite et web, cuvée 1986 (Bordeaux), vit à Paris. Retient de sa prépa lettres, une philosophie très nietzschéenne : l'art est mensonge et c'est tant mieux. Aime les mots. Aime toutes les formes d'art et surtout la musique (pop, rock, électro, blues, folk, classique), la littérature et la photo (contemporaines et déstructurées), le cinéma (japonais, films d'auteur). Ecrit un peu de tout, interviews, critiques, chroniques, portraits, dossiers, live reports, et poèmes, nouvelles, romans (inconnus à ce jour) : tout ce qui dit le monde au travers de prismes, sans jamais avoir la prétention de le traduire précisément. Jamais satisfaite, toujours amoureuse. Blog culture : http://spoomette.over-blog.com

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