Les doux rêves de Timber Timbre

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Bienvenue à l'hôtel Hot Dreams, le nouvel album du groupe Canadien Timber Timbre. Nous avons rencontré Simon Trottier et Taylor Kirk, protagonistes principaux du projet, dans l'atmosphère capitonnée d'un rêve américain.

timber timbre

Trois ans se sont écoulés depuis la sortie de Creep On Creepin’ On, le précédent album de Timber Timbre ayant récolté un JUNO Award au Canada, pays d’origine de la formation. Une période mise à contribution pour participer à des bandes originales de films, sortir un EP et tourner abondamment. Les Canadiens reviennent ce printemps occuper nos rêves avec Hot Dreams, et continuer à construire une discographie qui commence fort à ressembler à une filmographie. S’y développent une ambiance singulière, y reviennent des acteurs fétiches (Colin Stetson au saxophone, Mika Posen au violon). Si le terme de cinématique a tendance à coller aux baskets de tout groupe aux aspirations instrumentales appuyées, force est de constater qu’il correspond bien à l’univers de Timber Timbre. Pour en discuter, nous avons rencontré Taylor Kirk et Simon Trottier fin février, dans un hôtel. Avec sa décoration baroque, c’était comme si nous nous installions dans la pochette de l’album.

Du projet au groupe

Hot Dreams, scène 1, plan 1. C’est encore une fois le duo Taylor Kirk / Simon Trottier qui est aux manettes de l’album, comme sur Creep On Creepin’ On. On sent d’ailleurs qu’à force de faire revenir les mêmes collaborateurs, Taylor Kirk, qui avait composé seul ses premiers albums (Cedar Shakes, Medicinals, Timber Timbre), a constitué un vrai groupe. “Je crois que ça fait longtemps que je n’ai pas considéré Timber Timbre comme un projet personnel” nous confie-t-il entre deux taffes de cigarettes électronique, chuchotant presque. “On a chacun apporté des éléments, en réfléchissant à comment ils allaient marcher avec l’ambiance générale du disque. Par exemple, Simon avait une progression de cordes qui était presque un titre finalisé pour Bring Me Simple Men, il ne manquait que quelques arrangements. Une autre songwriter, Simone Schmidt, a contribué à l’écriture des paroles de ce titre. Puis Mathieu Charbonneau a apporté la ligne mélodique aux claviers. C’était vraiment un titre collaboratif.

Une voix féminine surgit sur Run From Me, comme un nouveau personnage, sur fond de violons dramatiques et vite rattrapés par une guitare sixties. “J’ai l’impression qu’on utilise les voix comme des instruments, qui apportent une mélodie” avance Simon Trottier.

Une vision que ne partage pas Taylor “Je pense que sur Hot Dreams, je les ai considérées comme des choeurs, au sens traditionnel”. Bon, la machine promotionnelle n’a pas encore tout aplani.

Qu’en est-il des influences vocales de Taylor Kirk, lui qui est souvent comparé à un crooner ? “Cette fois, j’étais vraiment sensible au style de Lee Hazlewood. Roger Miller, également. Je me suis intéressé à des chanteurs qui ne sont pas dans mon amplitude vocale. C’est comme si j’avais écrit pour ces chanteurs, et quand j’ai chanté cela n’allait pas car je n’avais pas le même registre vocal…

Orchestrations luxuriantes

Dès l’ouverture de l’album, Beat The Drum Slowly, ce sont en effet des nappes de clavier qui construisent les lignes mélodiques, nappant l’atmosphère encore un peu “creepy” de l’album d’une petite couche de chantilly rose. On s’éloigne davantage des orgues vampiresques de Timber Timbre. Le titre Hot Dreams se clôt d’ailleurs sur un solo de saxophone ravageur signé Colin Stetson, qu’on n’attendait pas forcément dans cette veine. Cet aspect eighties, on aura oublié de l’évoquer lors de notre rencontre avec Simon et Taylor. Fin de l’interview, le téléphone de Taylor sonne : c’est du Hall & Oates (You Make My Dreams Come True) qui résonne. Cette rencontre a décidément l’air d’être scénarisée.

S’éloignant de l’austérité presque religieuse qui prévalait encore sur certains titres de Creep On Creepin’ On, ici l’instrumentation est plus variée. Simon Trottier : “Je pense que l’idée était d’être plus minimal sur cet album. Mais Taylor a eu la bonne idée d’aller dans un musée des claviers : ils avaient tous ces instruments vintage, des mellotrons, des synthétiseurs. Nous y avons passé une semaine, superposant toujours plus de couches de synthés, et finalement c’est devenu très luxuriant ! (Rires)”. Ce “musée de l’instrument vintage”, c’est le National Music Center de Calgary, où un studio a été installé pour des artistes invités à s’en servir à la fermeture du musée ou entre deux visites guidées. Pour le reste, le groupe s’est installé dans le très select Thee Mighty Hotel 2 Tango, studio collé au label Constellation et dans lequel officient quelques membres de Godspeed You! Black Emperor et autres groupes satellites de la formation montréalaise. On a vu pire, comme environnement de création.

Mètre-étalon de la bizarrerie américaine

S’il est un adjectif qui revient souvent pour décrire l’univers de Timber Timbre, c’est lynchien. Et cela ne va pas s’arranger : une partie de l’album a été écrite à Laurel Canyon, à deux pas de Mullholand Drive. “Je prenais des notes, des mémos vocaux, j’essayais d’assembler l’album comme les pièces d’un puzzle.” Comme une envie de migrer loin du froid canadien : “Passer de ce froid à un endroit tropical, mais américain, avec Hollywood, et tout ce qui va avec, cette mythologie du cinéma, de la pop, c’était très intéressant.” D’où la tentation de voir dans ce nouvel album une sorte de kaléidoscope de mythologies américaines : diners plus ou moins bien fréquentés, routes dans le désert, salles de bal, rades remplis de bikers.
Taylor Kirk : « Ça revient vraiment souvent, cette histoire de David Lynch. Je trouve que, de façon générale, les gens s’y réfèrent un peu trop souvent. C’est comme Tom Waits, qui revient dès qu’on fait quelque chose qui est référencé comme “bizarre”. C’est comme un étalon de mesure de la bizarrerie américaine. Mais j’aime David Lynch, je ne veux pas le critiquer. »

Jouer dans un rade

Alors qu’il y a quelques années, la consigne de Timber Timbre pour les promoteurs de concerts était de leur trouver des dates dans des églises ou des théâtres, le live prend une nouvelle direction. “Aujourd’hui il y a un batteur, un claviériste, c’est plus fort, trop fort désormais pour jouer dans des églises. Si nous jouons dans un bar, c’est parfait” confirme Simon. Et Taylor de rajouter : “Je trouve cela bizarre de jouer devant un public assis, maintenant.
Attendons-nous donc à un show assez rock lors des prochains passages du groupe en France : à Paris en avril, et dans des festivals cet été.

Timber Timbre, Hot Dreams (Pias), sortie le 31 mars 2014.

Crédits photo : Lucia Graca

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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