Thirst, ceci est mon sang

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« Or, tandis qu'ils mangeaient, il prit du pain, le bénit, le rompit et le donna aux disciples en disant: 'Prenez, mangez, ceci est mon corps.' Puis, prenant une coupe, il rendit grâces et la leur donna en disant: 'Buvez-en tous; car ceci est mon sang' » (Évangile selon St Matthieu 26, 20-29). Pour une fois, l'ajout fait au titre original en français est bénéfique: au coréen Bakjwi (Thirst) est accolé ceci est mon sang dans la version française, permettant, par sa référence directe à la Cène, d'éclairer la tension constante du personnage principal entre la religiosité et sa soif de sang.

thirst Thirst, primé à Cannes, retrouve l’aspect tragicomique qui avait déjà valu à Old Boy une autre récompense dans le même festival en 2004. Comme ce dernier, le nouveau film de Park Chan-wook reste constamment sur le fil entre comédie des moeurs et un aspect beaucoup plus recherché, une vérité tragique dont le sens ne nous est livré que plus tard : ici, la soif, sous toutes ses formes.

Le film commence comme une pièce de théâtre : une porte blanche, éclairée par un projecteur. Le prêtre Sang-hyeon (l’acteur fétiche de Chan-wook, Kang-ho Song ) passe le seuil et la lumière redevient normale, celle d’une chambre d’hôpital : le décor du film est planté.

Sang-hyeon, désespéré de ne pas pouvoir sauver les malades par ses prières, décide de se porter volontaire comme cobaye pour une expérience scientifique, dans le but de trouver un remède à un virus incurable. L’expérience tourne mal et Sang-hyeon se retrouve métamorphosé en vampire.

La première partie du film joue sur ce décalage entre un prêtre chaste et timide devenu un monstre assoiffé de sang à la recherche des plaisirs charnels. Le prêtre oscille ainsi entre deux extrêmes, considérations pour sa profession, et besoin intuitif de survivre tout en gardant son intégrité d’être humain.

Au sein de ce parcours initiatique, alors qu’il tente de répondre à cette dualité plus qu’antithétique, Sang-hyeon se retrouve dans des situations burlesques au possible, déclenchant le rire dans des situations les plus inappropriées, lors d’effusions de sang, ou de passages à l’acte sexuel. Pourtant, tout ne semble qu’être un tremplin vers une tentative d’analyse des pulsions humaines et de la soif, quelle qu’elle soit. La condition de vampire de Sang-hyeon apparaissant plus comme un prétexte et un contrepoids à sa condition de prêtre.

Loin de s’arrêter là, Thirst prend un nouveau tournant dans la deuxième partie, en reprenant les grandes lignes de… Thérèse Raquin d’ Emile Zola . Ce rebondissement dans le scénario n’est pas sans surprendre le spectateur, mais Park Chan-wook avait déjà revisité Le Comte de Monte-Cristo d’ Alexandre Dumas dans Old Boy : le réalisateur coréen ne nous y prendra plus. Il pimente par ses acteurs désopilants le scénario, notamment avec une Thérèse Raquin sublime personnifiée par Tae-joo ( Ok-vin Kim ) et de son mari, alias Camille Raquin, interprété par Ha-kyun Shin, qui joue le crétin parfait.

Emile Zola indiquait dans la Préface de son livre  » qu’il a choisi des personnages souverainement dominés par leurs nerfs et leur sang, dépourvus de libre arbitre, entraînés à chaque acte de leur vie par les fatalités de leur chair « . Park Chan-wook prends ses mots au pied de la lettre, et invite la créature fantastique qu’est le vampire dans l’oeuvre du naturaliste. Le glissement s’effectue plutôt bien, même si le revers opéré entre les deux parties allonge un film qu’on aurait préféré un peu plus court.

Transposition réussie pour Park Chan-wook qui ne cesse de surprendre avec ses choix scénaristiques ( Je suis un cyborg ) tout en se renouvelant avec chaque film. Thirst n’atteint pas Old Boy qui reste, pour le moment, son chef-d’oeuvre, mais il se place néanmoins de manière assez réussie dans une catégorie d’un genre nouveau, qui bizarrement, ne semble pas être celui du film de vampires.

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A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

5 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 15 octobre 2009
    Mercy a écrit :

    Thérese Raquin au pays des nouilles sautées, rien que pour l’idée ça vaut le détour.Quand le cinéma coréen se nourrit allègrement de quelques éléments de la culture européenne et américaine je dois avouer qu’il le fait avec une énergie follement déconcertante qui mérite d’être soulignée (crf: l’année dernière nous avions l’excellent western baroque le bon la brute et le cinglé)

  2. 2
    le Vendredi 16 octobre 2009
    Virgile a écrit :

    Et d’ailleurs, avec le même acteur: Song Kang-ho joue The Weird! ;)

  3. 3
    le Vendredi 16 octobre 2009
    Loïc a écrit :

    Le cinéma asiatique dans son ensemble est en train de nous prendre de vitesse; parmi les meilleurs films de ces dernières années, beaucoup étaient asiatiques : 2046, Old Boy, Election 1, Le bon, la brute et le cinglé, Play, Rétribution… La liste est longue. Pourtant beaucoup de ces films ne passent pas les frontières ou n’ont pas la publicité qu’ils méritent. Mais ça va changer. Ça doit changer.

  4. 4
    le Dimanche 18 octobre 2009
    Domino a écrit :

    Ca ne changera pourtant pas, dommage…

  5. 5
    le Jeudi 26 novembre 2009
    bouhadiba a écrit :

    C’est un ivrogne qui a dit cela, ce n’est pas un envoyé de Dieu. Il n’y a aucun rapport entre le sang et l’alcool. En somme c’est des conneries

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