The Wrestler

par Guillaume|
Il est de ces films qui vous satisfont totalement d’avoir dépensé dix euros pour fixer un grand écran deux heures durant, dans une salle sombre, avec un voisin d’accoudoir qui sent le pop-corn et le chocolat. The Wrestler en fait décidément partie.

19048777_w434_h_q80 Darren Aronofsky nous avait habitués à un cinéma certes original, mais relativement confus, voire fatiguant (le statut de film cultissime qu’a Requiem for a Dream est exagéré). Il lui manquait probablement jusque là cette sobriété et cette efficacité caractéristique du bon cinéma américain.

Mickey Rourke, physiquement ravagé par la drogue et la chirurgie esthétique, est l’incarnation du personnage principal, Randy « The Ram » Robinson. Célèbre catcheur dans les années 80, The Ram (« Le Bélier ») survit sur sa gloire passée en se produisant le week-end dans des petites salles de l’Amérique profonde, tout en enchaînant des petits boulots la semaine.

Une attaque cardiaque le privant de la seule chose qu’il sait bien faire, catcher, Randy se trouve du jour au lendemain rattrapé par la réalité de la vie en société, des relations familiales et professionnelles. En monstre de foire moderne, il se heurte brutalement à l’incompréhension.

Le milieu du catch n’est pas un univers des plus glamours et cela risquait de rebuter certains spectateurs potentiels. Pourtant, même les derniers réfractaires à ce véritable genre théâtral seront touchés par cet homme, beaucoup plus humain que ne le laisse supposer son nom de scène. De plus, si le catch reste bien sûr la toile de fond du film, The Wrestler n’est pas un film de catch. Ce qu’il fait, plutôt, c’est sublimer ce sport, lui apporter une beauté insoupçonnée – surtout de notre côté de l’Atlantique. On y découvre que les catcheurs s’investissent totalement dans le spectacle, au détriment de leur propre vie. Et à travers tous ces aspects, la rigueur physique des combats, l’envers du décor, la fraternité du milieu, la difficile réinsertion, ce film devient une oeuvre intense.

Cependant c’est la vision de ce vieux catcheur, de ses souvenirs et de ses frustrations, qui permettent à The Wrestler d’être un très grand film.

La multitude de facettes abordées est transfigurée dans des scènes qui, anodines à première vue, permettent de mesurer toute la densité du personnage. Les relations de Randy avec sa fille sont ainsi exposées lors de trois simples scènes, sobres, subtiles et absolument magnifiques. De même, la nostalgie du catcheur et les remords envers son blocage dans les années 80 sont transcendés par le fétichisme qu’il entretient avec sa figurine, l’action figure de The Ram ; ainsi que par cette mise en abîme vidéoludique, où Randy joue son propre double à un jeu de catch sur la vieille Nintendo Nes.

Malgré une volonté de ne pas se laisser affaiblir par ce retour à la réalité, Randy est toujours perçu comme Le Bélier et il est rattrapé par son univers. The Wrestler parle du regard des autres, des relations sociales, de la vieillesse (un homme aussi musclé avec lunettes et appareil auditif) et impressionne dans sa diversité. En un film, Darren Aronofsky a réussi à condenser et à magnifier tous les thèmes établis dans les Rocky, notamment le dernier.

Il y aurait tellement d’autres choses à dire sur ce film. Sur la mise en scène par exemple, notamment les scènes du quotidien, tournées caméra à l’épaule, qui contrastent avec la flamboyance des combats. Mais également sur la musique, qui donne de la dimension à la hard-fm des années 80 (c’est dire), sans compter la chanson écrite par Bruce Springsteen pour l’occasion, simplement superbe.

The Wrestler est un film magnifique, coup de coeur absolu de ce début d’année.

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14 commentaires

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  1. 1
    le Jeudi 19 février 2009
    kyra a écrit :

    Requiem for a dream EST un film culte.
    Désolée.

  2. 2
    le Jeudi 19 février 2009
    guillaume a écrit :

    je savais que j’allais me faire taper sur les doigts eh eh.
    Certes le film est culte, mais je trouve son statut de film intouchable exagere.

  3. 3
    le Jeudi 19 février 2009
    kyra a écrit :

    Oui, bien sûr, mes propos n’engagent que moi. Rien n’est figé. Par contre pour the Wrestler j’accroche beaucoup moins. Voire pas du tout.

  4. 4
    le Jeudi 19 février 2009
    Alex (Sindrome) a écrit :

    Chef-d’oeuvre absolu pour ce qui me concerne. En souhaitant que Rourke aura l’Oscar qu’il mérite pour ce rôle.

  5. 5
    VIOLHAINE
    le Jeudi 19 février 2009
    VIOLHAINE a écrit :

    Pour moi aussi Requiem est un film culte, loin d’être confus mais percutant, remarquablement bien construit et rythmé.
    En ce qui concerne The Wrestler… Je fais partie de ces spectateurs rebutés par le monde du catch. Mais je le verrai quand même, un jour, juste pour voir ce qu’Aronofsky en a fait…
    Merci pour cette critique très intéressante.

  6. 6
    le Jeudi 19 février 2009
    Anonyme a écrit :

    Ceci prouve au moins qu’Aronofski ne se cantonne pas a un seul genre. Ces deux films ont peu en commun au premier abord. Moi je vois dans the wrestler une sorte de maturite de son cinema.
    J’aurai du preciser dans l’article que ca n’engageait vraiment que moi concernant requiem for a dream car c’etait une reflexion absolument personnelle et subjective

  7. 7
    Pascal
    le Jeudi 19 février 2009
    Pascal a écrit :

     » J’aurai du preciser dans l’article que ca n’engageait vraiment que moi  »

    Mais tu l’as fait. C’est moi même lors de la mise en ligne qui a enlevé la formule. Etant signé de ta plume uniquement, c’est l’ensemble de l’article qui, en fin de compte, ne reflète que ton avis subjectif et personnel. Pas besoins de le mettre encore plus en exergue ;o)

    J’ai zappé intentionnellement The fountain, mais celui là donne l’eau à la bouche. J’ai juste un peu peur que ca donne trop dans le pathos…

  8. 8
    le Jeudi 19 février 2009
    guillaume a écrit :

    ok, je me disais bien ;-) , em fait je voulais eviter une polemique inutile en disant cela car je sais que requiem for a dream est tres apprecie.
    En fait, aronofski m’enervait un peu (un tout petit peu) depuis que j’ai vu pi recemment et la ce film m’a completement bluffe.
    Moi qui deteste le cote sentimental qu on peut trouver dans le cinema americain, je doit dire que j’ai vraiment ete touche.

  9. 9
    le Lundi 23 février 2009
    Elsa a écrit :

    Ouf ta critique vient de sauver la mise du film! Je suis allée le voir et j’en attendais tellement que que j’ai été décue. J’ai trouvé le film bien mais pas génial comme je l’espèrais et en fait c juste que j’étais à coté de la plaque:le parti pris d’Aronofsky pour ce film n’est pas le pathos.. Merci, donc. Mon amour pour aronofsky a une dette envers toi!! (Et oui on a le droit de dire que Requiem n’est pas un aussi bon film que tout le monde veux croire)

  10. 10
    Loïc
    le Lundi 23 février 2009
    Loïc a écrit :

    « En fait, aronofski m’enervait un peu (un tout petit peu) depuis que j’ai vu pi recemment »

    Hey! J’ai particulièrement aimé ce film; son atmosphère est… unique. Quant au thème de Clint Mansell : génial.

    Mickey Rourke. L’année du Dragon, Angel Heart, Barfly… Il est l’un de mes acteurs cultes depuis des années. The Wrestler va bien au-delà du monde du catch, il ne faut surtout pas s’arrêter à ça. Je l’ai vu il y a deux ou trois semaines et il m’a donné envie de me refaire tous les films de Rourke. Ce type est génial, sans aucun doute l’un des acteurs les plus talentueux de sa génération.

  11. 11
    le Lundi 23 février 2009
    Anonyme a écrit :

    Ben en fait, ce qui me saoulait dans pi, c’est ce coté esotérique qui a tendance a me gaver rapidement (après c’est pas le da vinci code non plus).
    En fait c’est le coté sobre de the wrestler que j’ai adoré et par contraste, préféré a ses précédentes productions.
    Ce qui rajoute au talent du réalisateur de pouvoir passer de requiem for a dream a the wrestler. Les films paraissent différent et pourtant il y a une marque de fabrique.
    Sinon je n’ai pas vu the fountain, et ça m’a vraiment donné envie d’y jeter un coup d’oeil

  12. 12
    le Lundi 23 février 2009
    Virgile a écrit :

    Je me joins joyeusement au débat: je trouve que The Wrestler est un bon film, mais que ce n’est pas un chef d’oeuvre.

    Je m’explique: Aronofsky (sans entrer dans le débat de Requiem, qui a selon moi, très mal vieilli et qui perd son intérêt une fois le rôle de film coup-de-poing dépassé) a joué sur la sobriété et le dénuement d’un pan de l’Amérique qu’on ne voit pas souvent au cinéma: celui des petits boulots, des espoirs perdus et du self-made man déchu. Cette Amérique-là, Aronofsky la montre magnifiquement bien, par le son (musique géniale), par l’image (caméra à l’épaule) et par un acteur grandiose, Mickey Rourke, accompagné par Marisa Tomei époustouflante en stripteaseuse. Là où le film cesse d’être un chef d’oeuvre et n’est que extrêmement bien, c’est qu’Aronofsky ne va pas au bout de ses idées. On n’a des esquisses de ce qui aurait pu être un grand film et qui montre l’Amérique que le réalisateur cherche à personnifier, la plage avec sa fille, la vente des Polaroïds, les minutes avant les matches, la relation avec la stripteaseuse, et bam, ça s’arrête. Fini. Et ensuite on a 15 minutes de « je sers de la bouffe dans un supermarché » et de matches sanglants où on le sent à 3km retomber dans l’excès de Requiem. Du coup, la magie s’arrête, et le soufflé retombe. Je suppose que c’est l’effet voulu, mais pour moi ça n’a vraiment pas pris de ce point de vue là.

    N’empêche, ça reste un très bon film, et je pense que ça réside dans le choix du sport spectacle qu’est le catch, ce que j’ai compris qu’après-coup: The Ram joue le rôle de Randy dans la vraie vie, et finalement, il n’est que ce qu’il est sur le ring, quitte à perdre tout ce qui se passe autour. Et pour ça, chapeau bas, même si Rourke n’a pas gagné l’Oscar.

    PS: The Fountain est un film à voir, et à méditer. Longtemps. Très longtemps. Mais au bout de ce long tunnel de réflexion, c’est un film génial!

  13. 13
    le Mardi 24 février 2009
    Isthmian a écrit :

    Autant faire simple, je pense que toute la grandeur du film réside dans la tragédie de cet homme incapable de vivre une autre vie. Qui ne ressent la perdition, le frisson épique de cette condamnation ne peut pas apprécier intégralement ce film à sa juste valeur. Dommage pour eux.

    Personnellement, j’ai adoré. Alors, effectivement c’est du catch, ça pue la testostérone mal vieillie, c’est crasseux comme une vieille chanson de Hard ou une NES qu’on ressort du cagibi, mais c’est tellement bon. Et si je ne devais retenir qu’une image ce serait indubitablement cette dernière scène absolument à couper le souffle.

  14. 14
    Yves Tradoff
    le Jeudi 3 décembre 2009
    Yves a écrit :

    En voyant The wrestler, j’ai réparé une erreur. Moi qui était comme Violhaine, sceptique à l’idée de passer 2h en compagnie d’affreux catcheur, je me suis retrouvé complètement scotché. Faire l’effort d’enclencher le dvd m’a permis de rentrer dans une toile de fond parfaitement dépaysante. Aronofsky (j’ai fait un copié-collé) décrit à merveille le sentiment d’avoir sa place dans un endroit bien déterminé, d’être à l’aise avec ses codes et pas d’autres, avec ses ambiances, ses rythmes etc.

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