The Walking Dead – Des vivants parmi les morts…

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Alors que le Festival International de la Bande Dessinée bat son plein à Angoulême , Discordance vous propose un petit aperçu de l’adaptation télé d’un des plus remarquables comics US, présent dans la compétition officielle.

Grande gagnante des prestigieux Eisner Award du Comicon de San Diego édition 2010, la série Walking Dead n’en finit pas de confirmer son statut de carton planétaire. Affichant plusieurs millions de lecteurs sur la couverture du tome 12, inondant les étalages de nos librairies et fleurissant au pied des sapins de Noël dernier, vous n’avez sans doute pas pu passer outre la déferlante de zombies de Kirkman, Moore et Adlard.

S’inspirant des classiques du genre que sont les films de Romero ou même de la saga 28 jours plus tard, la série de papier vous propose de suivre le parcours de Rick Grimes qui, après un coma de plusieurs mois, se réveille dans une Amérique ravagée par l’inexplicable retour à la vie des morts. À la tête d’un petit groupe de survivants, il traverse l’Amérique à la recherche d’un refuge où s’établir et vivre en paix. Mais, bien souvent, la vraie menace n’est pas la monstruosité environnante de ces morts éveillés, mais la folie des hommes devant leur monde à jamais ébranlé.

Lancée aux États-Unis en 2003 par Image Comics, la série est aujourd’hui l’un des titres phares de la littérature populaire américaine. Hollywood étant depuis quelques années lancé dans l’adaptation de comics en tout genre, il était quasiment impossible à Walking Dead et à son rapide succès de passer au travers des mailles du filet des producteurs. Regroupant douze tomes dont chacun est mené par une ligne d’action claire, les comics empruntent, dans leur construction et dans leur forme, un schéma narratif très similaire à celui des séries télé. La transposition vers un format 42 minutes semblait alors inévitable.

Franck Darabont, le monsieur « d’après un roman de Stephen King » du cinéma, s’est donc vu proposer l’adaptation télé pour la chaine montante AMC. Mère créatrice des très respectés Breaking Bad et Mad Men, cette dernière emboite le pas à HBO en sollicitant la présence d’un réalisateur confirmé au générique de sa série comme gage de qualité. Rappelez-vous l’efficacité de Band of Brothers par Spielberg et Hanks et lorgnez du côté de Boardwalk Empire de Scorsese si vous avez des doutes. L’association du réalisateur de La Ligne Verte avec le scénariste des comics Robert Kirkman laisse donc présager une excellente série de genre qui n’a de comparable que la britannique Dead Set. Seulement, au vu des premiers épisodes, on est forcé de constater qu’adaptation rime encore avec déception.

Certes, la série a des qualités irréfutables, à commencer par ses maquillages.

Les zombies sont incroyablement réussis, de la décomposition des chairs aux entrailles qui tartinent les trottoirs en passant par les démarches et leur bruit si particulier (excellent sound design), les morts de Walking Dead transfigurent parfaitement leurs possibles existences. On saluera également les décors magistralement chaotiques et le casting vraiment réussi tant les interprètes ressemblent à leurs personnages de papier. Les scènes d’action sont maitrisées, la tension des attaques de zombies et le bordel qu’ils créent au sein de notre groupe de survivants vous font parfois claquer des dents. L’hémoglobine et le reste des organes humains sont au rendez-vous pour codifier parfaitement la série dans le genre qu’on lui prédestine. C’est gentiment gore en somme.

Là où Walking Dead trouve ses points faibles, c’est avant tout dans son rythme. Les six épisodes qui constituent la première saison semblent a priori suivre la chronologie des six premiers numéros de l’édition US regroupés dans le tome 1 de l’édition française. C’est là que le bât blesse. Estimez votre temps de lecture à une vingtaine de minutes maximum par épisode et vous verrez à quel point la série tire sur la corde. Les événements s’enchainent à une vitesse folle dans la bande dessinée alors que dans la série ils constituent une péripétie propre à chaque épisode. Le rythme soutenu du support original est ici ralenti par des pirouettes scénaristiques pas toujours intéressantes et totalement écrites pour la série. Rien d’étonnant puisqu’il s’agit d’une adaptation.

Soit, mais quand ces rajouts sont là pour servir une psychologie des personnages au ras des pâquerettes, on est en droit de s’inquiéter. Ça pleure, ça s’aime, ça tue, ça s’engueule, ça se re-aime et ça reste en vie alors que ça devrait être mort. À plusieurs reprises, on a l’impression d’être en face des rescapés du vol océanic 815 de LOST. Comme Jack, Rick est un bon leader que les autres suivent sans piper mot et la brune et la blonde sont les atouts « filles mignonnes qui pleurent et qui foutent la merde en faisant tourner la tête au meilleur ami du héros ». Shane justement, magnifique personnage de la BD, est ici transformé en faux salaud, mais vrai gentil alors que dans l’original il est plutôt l’inverse.

On se passera également des séquences tire-larmes, avec musique et tout le tintouin, que l’on voit venir à des kilomètres et des références trop appuyées aux films de Romero. Le deuxième épisode se passe en bonne partie dans un centre commercial – ce qui n’est pas sans rappeler Zombie. On peut aimer le jeu des références, mais construire tout un épisode sur la citation du film reste quand même culotté. De même, lorsqu’on cherche de quel passage du comic cette séquence est extraite, on se questionne sur l’absence de certains personnages, ou du moins sur l’utilité de leur remplaçant. Plusieurs rôles ont été inventés pour la série, mais on constate très vite qu’ils sont là pour faire office de casse-croûte aux morts vivants afin d’augmenter le cachet gore du programme.

Tirer à boulets rouges sur la série parce qu’elle ne respecte pas le récit original n’est pas fair-play, mille excuses. Mais en matière de série télé, Walking Dead s’annonce tout de même en demi-teinte. Pas foncièrement mauvaise, mais pas génialissime non plus, la série cache tout de même un fort potentiel d’addiction que les créateurs devraient révéler rapidement s’ils ne veulent pas que l’échec soit au rendez-vous. Aux États-Unis, la série a été un succès immédiat et rapidement reconduite pour une deuxième saison. Cependant, Frank Darabont, en bon producteur, semble lui aussi avoir remarqué les défauts de sa série et a donc viré tout le staff de scénaristes pour le remplacer. Walking Dead s’affiche comme une série prometteuse, mais risque de lasser si les choses n’avancent pas un peu plus vite. La prochaine saison comptera douze épisodes qu’on espère un peu plus pêchus. À l’inverse de la bande dessinée, la série de AMC ne contamine pas jusqu’à l’addiction, mais donne quand même un petit symptôme viral de curiosité.

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En savoir +

The Walking Dead
De Robert Kirkman, Charlie Adlard et Tony Moore
12 tomes disponibles chez Delcourt

The Walking Dead
De Franck Darabont
Avec: Andrew Lincoln, Jon Bernthal, Sarah Wayne Callies
Diffusion France à partir du 20 mars 2011 sur Orange Cinéchoc.

A propos de l'auteur

Image de : Étudiant en cinéma et amateur de bande dessinée, il aspire à devenir scénariste dans l'un où l'autre de ces deux médias.

1 commentaire

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  1. 1
    le Mardi 1 février 2011
    Jon a écrit :

    « À plusieurs reprises, on a l’impression d’être en face des rescapés du vol océanic 815 de LOST. »
    Non, justement. Et c’est un reproche que l’on pourrait faire à la série The Walking Dead. A partir d’un pitch et d’un traitement de départ tout à fait similaires – à la suite d’une catastrophe des survivants doivent s’organiser et apprendre à vivre ensemble, l’île magique comme les méchants zombies ne fournissant que le cadre au sens large du récit -, The Walking Dead échoue là où LOST a su briller : des personnages fades, très peu d’humour, et surtout un manque très gênant de problématiques sociologiques ou philosophiques (qu’on est en droit d’espérer pour une telle histoire). Sans compter que LOST a su déployer une formidable réflexion « méta », je veux dire une mise en abîme du récit au sein du récit lui-même, un territoire que The Walking Dead n’a pas (encore) investi.

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