The Temper Trap bientôt dans la légende

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The Temper Trap, groupe autralien découvert en festival il y a deux ans et désormais basé à Londres, sort un deuxième album qui pourrait bien le consacrer comme peu de groupes en aussi peu de temps...

C’était un dimanche d’août 2010 à Rock en Seine, le premier concert de l’après midi. Il était tôt pour un concert, quinze heures à peine. Les autraliens de The Temper Trap entamaient leur set avec un très gros (et très fort) mur de guitares à la Mogwaï, bientôt rejoint par un duo rythmique assez impressionnant. A quelques mètres de la scène, les basses remplissaient tout le corps pour faire vibrer de l’intérieur, tandis que la voix inouïe du chanteur s’élevait pour achever de scotcher totalement le public de la grande scène. Cette fois nous y étions, à ce moment magique et toujours un peu (in)espéré en festival, celui de la découverte extatique, capable de nous embarquer sans réserve, celui qu’on se surprend à attendre désormais à chaque fois.

Ambiance : une bande de joyeux diables australiens bâtis comme des armoires à glace chantait toutes les paroles à tue-tête avec un air d’enfant heureux et vulnérable qui vivrait là le plus bel instant de sa vie. Miraculeusement, alors que ce type de bruyante manifestation horripile d’ordinaire, eux n’étaient qu’hyper sympathiques, avec leur enthousiasme naïf communicatif et leur besoin de prendre à partie leurs voisins sur chaque titre comme pour mieux les convaincre (« Wait, this is only starting ; just wait ! Oh my God, it’s coming ! Oh my God ! »). Pas besoin d’en rajouter, ces morceaux souvent crescendo, bourrés de longues intro et de passages planants, avaient convaincus d’emblée, accrochant l’audience dès les premiers accords pour ne plus la lâcher. Cette découverte, sorte de croisement entre Midnight Oil et Fine Young Canibals (côté chant), avait été l’un des temps fort de cette édition, indubitablement. Et puis allez savoir pourquoi, la production de l’album ne nous avait pas séduit plus que ça alors finalement, malgré le tubesque Sweet Disposition et l’énorme succès du disque (près d’un million d’exemplaires vendus dans le monde), on s’était dit que le groupe n’en était encore sans doute qu’à ses débuts et qu’on allait se contenter d’attendre la suite.

La suite la voilà, et cette fois c’est avec un disque éponyme que The Temper Trap frappe très fort. Qu’on aime ou pas le genre, il est assez rare de croiser un groupe dont se dit immédiatement que l’attend un avenir planétaire à la U2. Or c’est exactement ce que l’on éprouve à l’écoute de cet album. Bourré de petites merveilles, on n’y trouve pas grand chose à jeter, à part peut-être le titre d’ouverture qui fatigue à force d’écoutes, un peu trop pompier. Pour le reste, le disque oscille entre des morceaux qui sont autant d’hymnes pour les stades et d’autres, infiniment plus mélancoliques. Concernant ces derniers, Dougy Mandagi confie : « J’étais avec quelqu’un pendant la tournée du dernier album et ça a mal tourné. Je suppose que j’ai ouvert les vannes – Je pensais que j’avais surmonté cette affaire, mais j’avais beaucoup de choses sur la poitrine dont je devais me libérer, alors j’ai commencé à écrire toutes ces chansons mélancoliques pour cœurs brisés.”

De façon générale, la force pop de ce disque rappelle ce qui semblait seulement possible dans les années quatre-vingt, avec notamment de grandes envolées à la Tears For Fears, des guitares façon The Edge, ou la puissance d’un Simple Minds. Et malgré des synthés eighties omniprésents, les arrangements sont paradoxalement d’une grande modernité, avec certaines sonorités électroniques qui font parfois basculer un titre vers les années 2000, par exemple, du côté d’un certain Thom Yorke.

L’album, et ce n’est pas si fréquent, regorge de bonnes chansons. Ainsi London’s Burning, qui sert d’exutoire après la violence des émeutes anglaises de l’été 2011, Rabbit Hole qui invite au décollage en accord avec ses guitares splendides, ou This Isn’t Happiness et sa rythmique envoûtante, dont on finit forcément par reprendre l’irrésistible refrain. Highlights parmi les highlights il y a surtout, aux antipodes pourtant l’un de l’autre, l’ultra-planante Miracle et son piano ponctué d’électro à se repasser en boucle (au passage, repérer la phrase de guitare très Jimmy Somerville) et Trembling Hands, énorme titre à l’écoute duquel la poitrine ne peut que se gonfler d’émotion.

L’émotion, ingrédient majeur. Car par-dessus tout, c’est dans la voix de son chanteur que réside la magie de The Temper Trap. Non content de passer des graves aux aigus comme s’il s’agissait de l’exercice le plus simple au monde, Dougy Mandagi habite chacune des chansons avec une intensité qui ferait écho en n’importe qui, même le plus insensible. Nul besoin voir l’homme chanter pour s’en convaincre, l’écoute seule de cette voix véhicule un émoi qu’il transmet à son auditeur, d’une bouleversante sincérité.

Alors malgré, il faut bien le dire, le sentiment que le groupe a sorti là la grosse artillerie, on n’a plus guère qu’à rendre les armes, emporté par ce qui, malgré tout, nous a remué plus d’une fois.

Printemps 2012, et The Temper Trap entre avec fracas dans la cour des plus grands, pour un avenir à la hauteur d’une ambition revendiquée. A juste titre. Car l’addiction est là.

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The Temper Trap, The Temper Trap (Infectious / Pias), sorti le 28 mai 2012

A propos de l'auteur

Image de : Isatagada a une fâcheuse tendance à en faire trop tout le temps : s’investir pour de nouveaux artistes, photographier, parler, filmer, s’indigner, lire, se faire de nouveaux amis et écrire, écrire, écrire... L'essentiel étant de galoper, pas de manger des fraises. Du coup, elle se couche tard et se lève tôt ; rêve de téléportation et de quelques vies supplémentaires. Et de servir à quelque chose quelque part, en fait. Blog / Flickr

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