The Shins au Bataclan – It was nothing like we’d ever dreamt

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Pour la plupart de leur public, les Shins se sont fait connaître comme on commence une histoire d’amour. Fauteuil pourpre, salle noire et Nathalie Portman en épileptique adorable qui vous lance un « You gotta hear this one song, it’ll change your life, I swear ».

Peu importe que son personnage dans Garden State mente comme une arracheuse de dents. On se met à croire la jolie Natalie derechef en découvrant ce groupe d’Albuquerque dont personne n’a jamais entendu parler. Dès lors on s’attend tomber sur son coup de foudre dans n’importe quelle salle d’attente et surtout, on se dit qu’un live de ce groupe-là se doit d’être magique, qu’il doit se passer quelque chose de formidable, d’exceptionnel.

Première déconvenue à l’arrivée au Bataclan, bienvenue au pays du hipster. Après M83, the Shins est ce mois-ci « Ze concert à ne râter sous aucun prétexte, tu vois quoi ». Les fans viennent d’Angleterre, des Etats-Unis, voire même des pays scandinaves ; à croire que les Shins ne sortent jamais de leur studio d’enregistrement et qu’il s’agit là d’un évènement historique. Dans la faune locale, on croise pêle-mêle des bloggers « connus », des barbus à lunettes ou encore la pétillante Pénélope Bagieu qui est toujours là où il faut être. La concentration en chemise bucheron atteint des sommets. Ça tweete, ça se check, ça s’assoit par terre parce que s’assoir au Bataclan, c’est in. L’ambiance est bon enfant mais on se demande tout de même jusqu’à quel succès une trouvaille musicale décalée peut conserver son charme initial.

La première partie commence fort avec des membres de Concorde très en forme. Tout semble être étudié pour avoir du succès dans ce groupe. Concorde c’est simple, on prend le meilleur de chaque décennie : la coupe 50s de Clément le chanteur, les guitares et le batteur surexcité des 60s, le multi-instrumentiste clavier/guitare/percu fou des 70s, les nappes de synthé presque pop des 80s et le chauve ultra-cool des 90s. Ca ne chante pas trop mal l’anglais pour un groupe francophone et ça joue clairement son rôle de chauffeur de salle. Le résultat : quand les Shins arrivent sur scène, la salle est survoltée.

Première constatation, il faut bien rendre à César, ce qui est à César. The Shins, en live, c’est du gros son. Donc, c’est bien entre potes, à danser et chanter tous ensemble. Le seul souci c’est que la salle entière semble avoir suivi les ordres de Natalie Portman et que profiter de ce genre de concert seul face à des hordes de couples éhontés qui se paluchent à qui-mieux-mieux peut s’avérer un exercice périlleux. So Says I, Mine’s Not a High Horse, Simple Song, Bait and Switch (tous deux droit sortis du dernier album) et Australia ouvrent le bal en donnant tout son sens au mot « rock » dans l’expression “indie rock”. La seconde guitariste ne paie pas de mine toute engoncée dans son pull confortable mais son toucher est particulièrement juste et efficace.

Cependant, c’est seulement quand commence Marisa sous de surprenantes notes épurées qu’on retrouve les Shins, petit ovni planant qui donne envie de fermer les yeux et de voyager hors de son corps. C’est seulement lors de ces chansons moins fortes « sonoriquement » qu’il est alors possible d’apprécier la délicatesse des mots qui caractérisent également les chansons du leader James Mercer.

Peu de chose à dire sur ou à redire de Phantom Limb, de No way down ou de September. Elles sont ponctuées d’un final intéressant pour Sphagnum Esplanade et d’un solo de clavier plutôt sympathique sur Saint Simon. Kissing the Lipless aura été la perle de la soirée, baignant la salle dans une ambiance verte et presque merveilleuse. On aurait aimé que cette étrange aurore boréale ne s’arrête jamais.

Enfin, la salle entière reprend les « whoohoohoo » de New Slang et les paroles de Caring is creepy. 8 ans après Garden State et plusieurs changements de line-up, the Shins doit toujours autant au film qui lui a donné accès au succès.

Malheureusement, malgré des jeux de lumières qui auraient mérité de durer toute la soirée, le live conclut avec Sleeping lessons. La piste sonne peut-être trop comme un « et maintenant bonne nuit » pour nous laisser partir avec le même sourire d’initié qu’à l’arrivée. C’est un peu le souci du rêve confronté à la réalité. Comme dirait Andrew Largeman (antihéros de Garden State), c’est ce manque de quelque chose qui n’existe finalement pas. Parce que dans la vraie vie, les ellipses n’existent pas et qu’il y a toujours un point final à chaque moment d’éternité. Le concert est fini et rien d’incroyable, aussi infime soit-il, n’est arrivé.

Cédant aux requests qui fusent de part et d’autre de la salle, le groupe revient gracieusement pour trois pistes supplémentaires, Young Pilgrim en acoustique et en solo par un James maladroit et touchant ; puis le récent Port of Morrow et One by One All Day par un groupe visiblement heureux d’être à Paris. Trois rappels et pourtant le concert se termine sur un goût d’inachevé, la faute à Natalie surement… Que ça ne vous empêche pas d’écouter le dernier album chez vous en rêvant d’une chute délicieuse « into the infinite abyss ».

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Site officiel : http://www.theshins.com/

A propos de l'auteur

Image de : Mélissandre L. est une touche à tout, et c'est sous prétexte de s'essayer à tous les genres littéraires (romans pour enfants, nouvelles pour adultes, SF, chansons voire recettes de cuisine et plus encore) qu'elle se crée des avatars à tour de bras. En ce moment, elle se passionne pour la cuisine vegan et le crowdfunding, elle ne désespère pas de relier un jour les deux. Profile Facebook panoptique : http://www.facebook.com/Mlle.MelissandreL / Envie de participer à son dernier projet ? http://www.kisskissbankbank.com/marmelade

2 commentaires

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  1. 1
    le Mercredi 28 mars 2012
    Bruno a écrit :

    Excellent report, j’y étais et ça retranscrit bien mon ressenti, y compris la description du public !
    J’ai pu parler un peu avec le chanteur dans le bar à côté du Bataclan après le concert, et il est adorable, mais faut pas trop lui dire qu’il ressemble à Kevin Spacey : )

  2. 2
    le Jeudi 29 mars 2012
    Melissandre L. a écrit :

    Quel chanceux, j’aurais vraiment voulu lui poser quelques questions. :)

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