The rodeo

par |
Après avoir officié pendant neuf ans au sein du groupe Hopper, The Rodeo de son vrai nom Dorothée (attention un anagramme s'est caché dans le texte...) nous offre aujourd'hui son premier album solo intitulé Music Maelstrom .
L’artiste laisse ainsi de côté le rock indé électrique de ses débuts pour revenir à ses premiers amours musicaux : la guitare acoustique et les musiques traditionnelles américaines. Résolument folk, le disque de The Rodeo sait aussi se parsemer d’accents bluesy ou country pour nous plonger au cœur des grands espaces américains et nous offrir un road trip des plus envoutants. Enregistré à Dallas sous la houlette de Stuart Sikes (The White Stripes, Cat Power), l’album est tout aussi intime que riche, porté par la voix tantôt âpre tantôt suave de l’artiste. Rencontre !

Ton album Music Maelstrom sort dans quelques jours (le 23 février). Comment te sens-tu ?

Je ressens beaucoup d’excitation. J’ai vraiment hâte que mon album sorte. Je l’ai enregistré il y a environ un an et je suis pressée d’avoir des retours du public et de pouvoir le défendre sur scène.

Pourquoi ce titre ?

Il y a plusieurs significations dans ce titre. D’une part, c’est un jeu de mots avec l’expression « musique maestro ». D’autre part, le mot Maelstrom signifie un tourbillon par lequel on est happé inévitablement. Donc pour moi c’était une façon de dire aux gens que j’espère qu’ils seront séduits par ce disque et qu’ils seront emportés par ma musique, par l’univers créé à travers ce projet. Par ailleurs, en travaillant sur ce disque, je me suis remémoré mes anciennes années où j’usais mes vinyles et mes CDs à les écouter des centaines de fois pour certains, ce qui diffère du rapport actuel que la plupart des gens ont avec la musique, à savoir que tout est jetable. On écoute morceau par morceau, mais pas un album en entier. Mon disque est avant tout un travail artistique constitué d’un seul bloc.

Ton nom de scène, outre le fait que ce soit l’anagramme de ton prénom, a-t-il une autre signification ?

C’est un ami qui avait trouvé ce nom quand j’ai commencé. Pour être honnête, je ne m’étais jamais rendu compte que mon prénom avait un anagramme. Mais ça tombait bien puisque ma musique est quand même basée sur le folk et The Rodeo ça évoque tout de suite le Far West, la country, la musique folk donc ça me correspondait parfaitement bien. Ce qui est amusant c’est qu’au début, les gens ne savaient pas trop si c’était un projet solo ou un groupe. Et quand je leur explique l’origine de ce nom, ils sont souvent surpris.

On t’a connu pour la première fois au sein de Hopper. En quoi cela change de travailler en solo ?

En groupe, ce qui était génial, c’est qu’on était une bande d’amis. Pendant ces neuf années, on s’est vraiment amusé. On a partagé tout un tas de choses et on en garde des super souvenirs. Par contre, on met un peu plus de temps pour plein d’autres choses comme la création ou répéter. Il est vrai que le solo fait que tout va plus vite, pour composer évidemment, mais aussi pour prendre des décisions. Étant donné que désormais je suis accompagnée de mes musiciens, l’esprit de groupe et le fun qui va avec ne sont pas perdus ! Une des plus gosses différences c’est qu’il est quand même plus difficile d’affronter un public toute seule avec son propre projet, car c’est très personnel. Ça inclut une sorte de mise à nue, mais je me suis rodée en multipliant les scènes. Si je fais une bourde en live, je dois l’assumer, mais je joue aussi de cette vulnérabilité. Je ne suis pas non plus un robot ou un super groupe au show ultra calibré !

L’album a été mixé à Dallas par Stuart Sikes (Cat Power, White Stripes, Walkmen). Comment s’est passée cette collaboration ?

La première partie de l’enregistrement s’est passée à Montreuil, avec Robin Leduc et Aslak Lefèvre, mais aussi avec tous mes musiciens qui sont basés sur Paris. On cherchait quelqu’un pour faire la deuxième partie. J’ai juste ouvert plusieurs albums chez moi en me disant «  Avec qui je pourrais travailler ? ». Le nom de Stuart Sikes figurait sur plusieurs de mes disques. Les producteurs du disque lui ont simplement envoyé un email. On lui a envoyé une trentaine de morceaux, des lives et des vidéos. Stuart a été super réactif. Il a eu un coup de cœur pour le projet. On a fait le mix de l’album à Dallas. On a aussi enregistré toutes les voix là-bas. Et des musiciens locaux sont venus s’ajouter au projet, ce qui a donné une touche encore texane au disque, ancrée dans la tradition folk américaine. Stuart a été super. Il a un savoir-faire incroyable. Par ailleurs, ça m’a permis d’avoir une oreille totalement extérieure sur ma musique, car la plupart des gens avec qui je travaille sont des amis.

Ton album respire l’Amérique du Sud, les grands espaces. Principalement folk il est aussi teinté de blues ou de country. D’où vient ton amour pour ce style musical ?

Avant avec Hopper, on était plus branché par le rock indé américain comme Sonic Youth ou Blonde Redhead, mais j’avais toujours ce contact assez fort avec la guitare folk sur laquelle j’ai commencé à faire de la musique. Je me suis nourrie de tout un tas de ces musiques américaines au fur et à mesure. Ce que j’aime bien dans ces musiques-là c’est qu’elles n’ont pas d’âge. Elles se transmettent de génération en génération. C’est le cas aussi avec le blues, le gospel, la country. Ce sont des artistes qui racontent leur vie avec tellement de ferveur que ça en devient vraiment poignant. Je n’ai pas de barrière en terme de musique. J’aime la musique qui vient du cœur et qui a une âme.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Je m’inspire de mes propres histoires, mais aussi de celles qu’on me raconte. Par exemple, la chanson Love is not on the corner parle des gens qui sont inscrits sur des sites de rencontres sur internet pour trouver l’âme sœur. Certains de mes proches vont sur ces sites-là et ils ont toujours des histoires assez cocasses sur leurs rencontres donc j’ai eu envie d’en faire une chanson. Je suis assez fan de tous les girls groupes des années 60 et elles chantaient souvent leur désespoir de la perte de l’être aimé. Mais j’ai voulu inverser la donne. Ainsi, dans le morceau I’m not gonna leave you qui clôture l’album c’est la femme qui quitte son homme parce que ce dernier n’a pas le courage de la quitter.

Comment as-tu composé les différents titres du disque ? Suis-tu un processus particulier ?

La plupart du temps, j’entends des mélodies dans ma tête. J’essaie de les fredonner pendant plusieurs jours et si j’arrive à les retenir ça veut dire que je peux en faire quelque chose. Ensuite, je les reproduis en musique, la plupart du temps en guitare/voix. Après, avec les personnes qui m’entourent, on essaie de trouver les arrangements adéquats pour en faire un morceau complet.

Ta passion pour la musique remonte à ton coup de foudre avec ta première guitare que tu avais trouvé chez ton oncle. Peux-tu m’en dire plus ?

J’avais quinze ans quand j’ai commencé la guitare, époque où j’ai rencontré Aurélia, l’autre chanteuse de Hopper qui jouait de la musique depuis plusieurs mois. À cet âge-là, on a envie de faire comme les autres. C’était l’époque de Nirvana, du coup plein de gens jouaient de la guitare un peu partout. Un jour, mon oncle m’a dit qu’il allait me donner la guitare qui trainait dans son grenier. Ça a été une révélation ! J’ai touché cette guitare et elle ne m’a jamais quittée. Elle est encore chez moi. Les premières années j’ai joué jusqu’à m’en faire saigner les doigts ! La voix est venue un peu plus tard, environ un ou deux ans après. Je ne savais pas que je pouvais chanter.

C’est un peu un rêve qui se réalise ?

Je n’ai jamais eu aucun rêve d’adolescente. Je ne me suis jamais dit « Plus tard je serai architecte » ou « un jour je serai infirmière ». Mais au fond de moi je sais que j’ai toujours voulu faire un métier artistique.

Tu as déjà fait beaucoup de scène en France et à l’étranger. Quel est ton meilleur souvenir ?

Le concert qui m’a vraiment marquée c’est celui que j’ai donné il y a deux ans lors du festival Fusion près de Berlin. Il s’avère que c’est un festival où jouaient principalement des groupes de fusion, de neo-métal, d’électro-rock, bref des styles musicaux très éloignés du mien. Il pleuvait à torrents, il faisait super froid, on était dans la boue, c’était atroce ! Je devais jouer vers 19 heures. Il faut savoir que le festival a lieu en plein air sur l’ancienne base militaire russe de Lärz. Mon concert avait lieu sous un chapiteau. Je pensais qu’il n’y aurait personne. Mais en fin de compte ; comme il faisait mauvais temps, les gens sont venus me voir. C’était magique parce que j’ai joué au milieu du public ! Il y avait un côté un peu hippie, tout le monde était assis par terre, c’était génial. C’est toujours très plaisant d’avoir des bons retours quand on ne joue pas dans son pays.

Comment envisages-tu la scène avec cet album ?

J’ai adapté les morceaux. Évidemment, on ne peut pas être aussi nombreux sur scène que sur le disque. On fonctionne en trio avec Jean, le batteur de Hopper qui joue aussi du clavier et du ukulélé, et François qui joue du violon, du charango et qui fait les choeurs. La base reste toujours la mélodie. J’essaie de donner de la liberté aux musiciens qui m’accompagnent pour ne pas qu’ils soient relégués au second plan. On improvise parfois aussi. C’est le challenge de chaque soir. Pour mon concert parisien au Café de la Danse le 30 mars prochain, il y aura des invités-surprises pour égayer certaines des chansons et mettre une touche de nouveauté. Mais je me dis qu’il est aussi important de rester dans quelque chose de simple.

Quels sont tes projets ?

Je pense que la sortie de l’album va m’emmener dans d’autres pays pour défendre ma musique sur scène. J’ai déjà commencé à maquetter des nouveaux titres parce que je pars du principe que quand on a des morceaux il faut les enregistrer pour pouvoir les sortir assez vite. Après, dans mes rêves les plus fous, j’adorerais travailler sur une musique de film ou pourquoi pas faire des duos ou d’autres reprises.

Avec quels artistes aimerais-tu collaborer ?

Avec Air par exemple ou faire un duo avec Patti Smith ou bien enregistrer Amazing avec Kanye West. (The Rodeo a fait une reprise du titre Amazing sur son EP Hotel Uah).

Quels sont tes derniers coups de cœur musicaux ?

J’écoute en boucle Dead Man’s Bones. Je deviens complètement tarée avec ce groupe ! J’aime beaucoup Local Natives aussi. Et dernièrement j’ai beaucoup écouté Florence and the Machine qui est une super chanteuse avec de très belles mélodies.

Peux-tu m’en dire un peu plus sur le clip de ton single « On The Radio » ?

Le tournage s’est passé en trois jours, dont une journée en Normandie sur un bateau. La première partie du clip se passe dans un salon de coiffure à Bastille dans lequel je vais souvent. La troisième journée a eu lieu dans un car-wash. C’est Laurie Lassalle et Jean Thévenin (batteur de The Rodeo) qui ont réalisé ce clip. Il m’ont soumis leur incroyable folie et je leur ai donné carte blanche. Beaucoup de mes amis ont participé au projet. Il est vrai que le clip ne colle pas forcément au propos de la chanson, mais ce n’était pas le but. C’est à la fois onirique et très cinématographique. (http://www.dailymotion.com/video/xb… )

Crédits photo : Melchior Tersen

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Fondateur de Discordance.

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article