The Middle East – I Want That You Are Always Happy

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Après un premier EP sobrement intitulé The Recordings of The Middle East, qui était en fait une sélection de titres d'un premier album sorti uniquement en Australie, The Middle East poursuit sa route avec un second album sorti le 6 juin.

Image de « Two, three, four ». Ainsi débute le second album des Australiens. Si The Middle East continue, ce n’est malheureusement pas sur le bon chemin. Après avoir amputé un excellent premier album de ses meilleures compositions pour en faire un très bon EP à commercialiser en Europe et aux États-Unis, le groupe a choisi d’abandonner l’ambiance apocalyptique qui faisait la beauté de son univers. The Middle East suit la route du titre inédit de The Recordings of The Middle East, Dirty Looks, et livre des sonorités plus country. La pochette en noir et blanc est plus sombre que la première et, pourtant, c’est le titre, I Want That You Are Always Happy, qui reflète davantage l’atmosphère de cet album.

L’opus commence bien avec Black Death 1349 et sa douceur presque douloureuse. La voix plaintive mais légère de Jordan Ireland participe au post-rock mélancolique du groupe. Et si les deux chansons suivantes, My Grandma Was Pearl Hall et As I Go To See Janey ne s’enfoncent pas dans ce chagrin réjouissant, ce sont des titres crépusculaires qui emportent l’auditeur dans un voyage au travers de grandes étendues américaines presque désertiques. Les notes de piano, tristes et chaudes, et la saturation des violons dans les aigus traduisent même une sorte de malaise, une volonté de s’enfuir discrètement à cheval, au coucher du soleil, laissant derrière soi une petite balançoire grinçante, symbole d’un monde bancal.

Malheureusement, The Middle East est tombé sur une secte d’illuminés en plein milieu des plaines états-uniennes, et a composé Jesus Came to My Birthday Party pour l’illustrer. Plus entraînant, ce single marque clairement l’envie du groupe d’évoluer vers d’autres styles. On a presque l’impression d’entendre une autre formation, dans la lignée d’Arcade Fire. Alors, certes, la chanson est réussie, mais on ne voulait pas entendre ça de la part de The Middle East. Et quand Jordan Ireland fait une démonstration vocale sur Land of the Bloody Unknown, on aimerait l’entendre sur des mélodies moins country, comme sur Very Many, un morceau calme au chant chuchoté, qui réserve une explosion de cordes s’exprimant paradoxalement pour une plus grande intimité. C’est là que survient Sydney to Newcastle, un interlude faisant penser àThe Fall of Man (extrait de The Recordings of The Middle East) de par son piano, ses bruits en fond sonore et ses voix parlées. On se demande alors si ce titre ouvre la voie à une fin d’album noire mais envoûtante…

D’ailleurs, avant les déceptions, Mount Morgan prouve que The Middle East est capable de créer une véritable ambiance comme pour une musique de film, tragique en l’occurrence, aidé par les grillons, un harmonica, une voix grave et un final étonnant sur quelques notes jazzy ; et Months de sortir l’auditeur de la torpeur, chanson porteuse d’espoir grâce à un basculement dans un tempo plus rapide et une foultitude d’instruments s’ajoutant au fil des mesures, sans jamais tomber dans l’anarchie.

Enfin, l’ennui. Dan’s Silverleaf tourne en rond dans sa country, alors que quelques références au genre auraient suffi. Encore une fois, c’est tout de même passable, mais ce n’est pas comme ça qu’on est tombé amoureux de The Middle East. De plus, si l’on devait ne garder qu’une seule chevauchée musicale, ce serait Hunger Song, dynamique et typique, loin de la folk et douce Ninth Avenue Reverie. Cette dernière peut facilement ennuyer à ce stade de l’écoute ; et ce n’est pas une question de lenteur, puisque le groupe démontre avec la chanson suivante qu’il sait s’y prendre sans lasser. Deep Water est pure : on navigue, pendant plus de huit minutes, comme pour retrouver la terre australe. On se perd progressivement dans les caresses des balais sur la caisse claire, jusqu’à sombrer dans les deux minutes de silence. À croire que les sept musiciens sont meilleurs quand ils dépouillent et font durer le plaisir (à l’image de Tietsi dans The Recordings of The Middle East). I Want That You Are Always Happy se termine sur un petit chaos, une petite folie menée par un saxophone fou : Mount Morgan End.

Ainsi, cette heure de musique aurait mérité quelques coupes : l’album aurait eu plus d’intensité en ne gardant que le meilleur. Les moins bonnes compositions qui parsèment l’album viennent ternir l’ensemble et laissent un goût amer de regrets. Cependant, on attend toujours de découvrir The Middle East en concert.


 

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A propos de l'auteur

Image de : Disons-le tout de suite, L. est une passionnée. Barney Stinson a même dit de L. : « Her passion is always suited up ! » Au-delà d’une admiration sans limite pour Jónsi, Ian Curtis, Noel Gallagher, Jamie xx, Sheldon Cooper et Abed Nadir, cette Parisienne nostalgique des débuts de Muse n’a de cesse de satisfaire sa boulimie culturelle, au travers de salles obscures, de salles de concert et de festivals ; mais aussi en se plongeant dans une œuvre littéraire ou philosophique ; et en s'essayant à la photographie dans les rues de Montréal d'abord, celles de Paris ensuite. À l’affût de nouvelles découvertes, L. n’oublie pas qu’elle a été élevée aux vinyles, de Led Zep à King Crimson en passant par The Beatles. L. est musicalement amoureuse de Thom Yorke, mais L. est aussi une amoureuse des mots ; elle aime les lire comme les écrire, puisque la culture ne serait rien sans le partage. Aussi publie-t-elle ses impressions, ses critiques et ses coups de cœur sur son blog, nommé en hommage à la célèbre symphonie de Beethoven: Curse of the Ninth Symphony.

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