The Horrors – Primary Colors

par Scave Coagula|
Ça débute comme la promesse d'un doux voyage ou une lente invitation en territoire inconnu. Légère et aérienne, l'introduction de Mirror's Image, titre d'ouverture de Primary Colours laisse présager d'un envol.

horrorsPuis la basse ronronne, les guitares acérées crachent leurs premières notes. D’entrée, on le pressent, quelque chose a changé dans l’univers des boys de The Horrors . Et à mesure que les titres s’enchainent, le constat saute aux yeux. L’heure est au givre. Au nouvel âge de glace. Batterie minimaliste, nappes de clavier accrocheuses, crescendo et decrescendo à tous les étages, le quartet anglais tisse une toile délicate, poussiéreuse et froide. I can’t control myself plonge l’auditeur dans la pleine nostalgie d’un passé qui lui glisse entre les doigts.

Véritable étendard rentre-dedans, New Ice Age claque comme une giboulée de grêle en plein pare-brise. Armé de son superbe clip, Sea within a sea clôt l’album de la plus belle manière qui soit entre odyssée glauque et testament angélique à la lisière de l’au-delà. Consciente de ses possibilités, la voix de Faris Badwan se fait, elle aussi, remarquer, n’hésitant plus à donner sa pleine mesure. Tantôt gracieuse et éthérée, elle oscille et sait se teinter entre mélancolie rauque ( I only think of you ) et déclamation punk. En somme, fini le carnaval gothique, brouillon et adolescent d’un premier album qui consacrait un groupe à fort potentiel mais aux accents hypes et immatures des plus agaçants. Place maintenant aux textures froides et travaillées qui font la part belle à une émotion qui glace le sang autant qu’elle étreint.

Avec cet album, The Horrors a incontestablement pris de l’ampleur et le temps de soigner son identité sous l’égide bienveillante de Geoff Barrow qui a produit l’album. Entre les mains du brainmaster du mythique groupe de Bristol, Portishead, il est évident que le groupe a changé de dimension. Certes, les sceptiques y verront trop de troublantes ressemblances avec les intentions bruitistes de Third, au point de parler de Primary Colours comme d’un album de Barrow .

Mais l’émotion est différente et le parallèle s’arrête là. Car ici, il s’agit avant tout d’un travail de synthèse, de l’histoire d’un melting-pot brillant. Dans Primary Colours, krautrock, noise, shoegaze, post-punk voire batcave se télescopent sans jamais cesser de se réinventer dans cette alchimie improbable. Et c’est là toute la réussite de cet album qui réussit à accoucher d’un son régénéré par le syncrétisme d’un héritage riche émanant des décennies 70 et 80. Joy Division, My Bloody Valentine et autres Neu!, sont les spectres ici convoqués. Ils ne sont pas des moindres mais ils peuvent se réjouir.

Car The Horrors se pose en dignes héritiers.

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A noter que The Horrors se produira samedi 29 août au festival Rock-en-Seine

Site officiel: http://thehorrors.co.uk/

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