THE GREEN HORNET ou la vie en vert

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Derrière ce titre d’article qui ne veut rien dire et est synonyme d’un manque cruel d’originalité se cache en fait un véritable coup de cœur tant le nouveau film de Gondry est un condensé de plaisir, tant visuel que comique.

L’éternel débat de la touche Gondry

Image de Green Hornet Qu’est-ce qu’est allé faire le génialissime et poétique Michel Gondnry dans un blockbuster à gros budget et son histoire de super-héros justicier ? C’est la grande question que la majorité des fans d’Eternal sunshine of the spotless mind, La Science des rêves ou Human Nature ont dû se poser. Pourtant, que cela soit dit, en y repensant, Michel Gondry n’est finalement pas qu’un cinéaste qui fait ses films avec des rouleaux de cartons et du scotch. Et The Green Hornet, après vision, avec ses explosions, ses courses poursuites en voiture, ses flingues à doubles canons et sa machine à café made in Shanghai, reste tout à fait convenablement un film d’auteur – un film de son auteur.

Qu’est-ce qu’un film de Michel Gondry ? Des inventions visuelles qui sont autant des prouesses techniques (le bullet time, ou l’effet-Matrix, c’est lui) qu’une poésie inédite faite de bric et de broc ? Un néoromantisme à fleurs de peau ? Des histoires d’amours doucement rétro ? Ou tout ça à la fois ? Si Eternal sunshine… est un des plus beaux films que votre serviteur a pu voir (la preuve est ici : http://www.discordance.fr/2000-2009-au-cinema-1431-1469), sa mélancolie caractéristique et son mal-être amoureux était pourtant déjà loin lorsque Gondry réalisait Soyez sympa, rembobinez, cri d’amour d’un autre genre. En réalité, à bien y réfléchir, la touche Gondry est facilement identifiable au ressenti, mais difficilement explicable. Lorsque l’on est devant la folie qu’est The Green Hornet, elle transparait pourtant bien efficacement. On pourrait reprocher à son dernier film d’être un cumul des effets « clipesques » de son auteur, mais n’est-ce pas non plus ce qu’on a reproché à ses autres films ? Ralentis chorégraphiques ou accélérations burlesques, collages rustiques, splitscreen, dédoublement, etc. On attendrait presque à voir Björk ou Beck apparaitre du fond du cadre. Mais nous nous contenterons de Seth Rogen qui blague, Jay Chou qui castagne, ou Chritoph Watlz qui se plaît à parodier… Chritoph Waltz. Au final, n’est-ce pas ça que l’on apprécie chez Michel Gondry ?

Restons encore sur ce qui fait un film de Gondry. Ce dernier semble finalement surtout souffrir de son image de génial créateur. C’est Seth Rogen, son acteur principal, qui se charge au mieux de détruire le mythe : « Tu t’attends à te retrouver face à un petit génie français, mais en vrai, c’est quelqu’un qui adore prendre des objets un peu longs, se les mettre sur l’entrejambe et prétendre que c’est un pénis. Tu te demandes s’il va faire autre chose avec ensuite, et là, il vient le frotter contre toi.[1] » En fait, The Green Hornet peut apparaitre comme une digne continuité de l’œuvre de Michel Gondry. D’abord par la curiosité dont fait preuve le cinéaste sur son médium cinématographique, prouvant qu’on peut être original et inventif même avec la facilité d’un gros budget. Ensuite, par son envie d’éclectisme, Gondry signant son premier blockbuster juste après son film le plus intimiste, L’Epine dans le cœur, un documentaire sur sa tante Suzette, institutrice dans les Cévennes. Puis, car The Green Hornet montre une nouvelle fois, après les « classiques » suédés dans Soyez sympa, rembobinez, que son auteur, qui se plaît plus à citer La Grande Vadrouille que Personna[2], fait désormais parti de cette caste de la cinéphilie bis légitime – dont le grand gourou reste Tarantino. Enfin, pour l’anecdote, notons qu’une nouvelle fois ici, après avoir employé Jim Carrey, Alain Chabat ou Jack Black, il offre encore une fois à un grand comique contemporain le rôle principal de son nouveau film.

Hancock mode d’emploi

Image de Considérons donc le débat comme clos, et revenons donc à The Green Hornet. En cette époque de super-héros sombres (Batman, Watchmen…) ou rebootés (Hulk, Spider-Man…), Gondry, et c’est là qu’il fait ses plus belles étincelles, arrive à nous offrir enfin quelque chose de neuf, en ce début d’année où les aficionados des comics tremblent devant le kitch ringardisant ou les semblants de fausses originalités à venir avec Thor ou Green Lantern (sic). Une nouvelle fois, votre serviteur aura du mal à cacher son admiration pour l’auteur-interprète du Frelon Vert, Seth Rogen (la preuve est ici : http://www.discordance.fr/im-fckin-seth-rogen-25953), mais ce dernier s’avère très efficace en compagnie du frenchy Gondry et loin de l’univers de son mentor Apatow. Même si l’on aurait aimé voir la version du Green Hornet par Kevin Smith ou Stephen Chow[3], le duo Gondry /Rogen s’attaquant au mythe du Frelon Vert réussit haut la main son pari. En se moquant ouvertement de tout ce qui fait un super-héros en le détournant (plus ou moins) subtilement, le scénario du film arrive à trouver un ton juste entre la comédie fidèle au genre et le pastiche insultant. The Green Hornet n’est pas une parodie du film de super-héros, c’en est un – mais un qui aurait fait un choix différent de l’ultra-réalisme sombre des années post-11 Septembre. Rogen, avec son acolyte Evan Goldberg, a réussi à écrire un film tout en décrochage, mêlant adroitement blagues directes, humour à retardement, situations cocasses et efficacité narrative. Il n’y a pas de temps mort, ni dans l’action (avec laquelle Gondry-le-romantique s’en sort brillamment), ni dans l’humour.

Qu’amène The Green Hornet ? Le super-héros n’en est pas un et s’avère être un (sacré) idiot, son side-kick se bat plus avec ses problèmes d’image qu’avec les méchants, et le vilain s’ignore vilain, se concentrant plus sa capacité à effrayer ses hommes. Le propre même du super-héros n’est pas présent. Dans The Green Hornet, il n’y a pas d’innocents sauvés. La véritable lutte se trouve dans les combats (hilarants) d’égo entre le Frelon Vert et Kato, parodiant par exemple l’homosexualité présumée de Batman & Robin, dans leur acharnement à tous casser autour d’eux ou leurs tentatives de dragues sur la personne de Cameron Diaz. « Enfreindre la loi pour mieux la protéger » : on devra attendre un hypothétique second volet pour la fin de la phrase. Les deux super-héros sont véritablement deux gamins aigris, capricieux et insouciants, mais hilarants malgré eux. The Green Hornet est finalement plus un buddy movie qu’une métaphore soucieuse de notre société actuelle. Le film, se délivrant ainsi de cette lourde tâche, peut donc partir ailleurs : les moments de grâce du film se trouvent autant dans les chorégraphies de combat orchestrées par la virtuosité de Gondry que dans les punchlines à rallonge des dialogues de Rogen et Goldberg (mention spéciale à la séquence du Gaz-Gun – pour une fois que la bande-annonce ne nous montre pas le plus drôle).

Au final, et c’est peut-être là que le bât blesse certains, The Green Hornet peut apparaitre plus comme un film de Seth Rogen que de Michel Gondry, le rapprochement étant moins efficace avec Eternal sunshine of the spotless mind qu’avec Délire Express. Si les fans de Rogen se réjouiront de retrouver la meilleure plume du duo Rogen/Goldberg depuis SuperGrave, les purs et durs de Gondry risqueront d’être malheureusement un peu perdus… Mais que cela ne tienne, ne boudons pas notre plaisir. Michel Gondry ne s’enferme pas dans un style jusqu’à l’étouffement écœurant (une petite pensée pour M. Burton), et offre son talent à un comédien qui gagne énormément à changer de style (à défaut de registre). The Green Hornet est un grand moment de cinéma : ce cinéma de pur divertissement, sans pédanterie intellectuelle, et sans considérer son public comme stupide et sans goût. Voilà qui est agréable. L’année commence bien. Très bien.

Post-scriptum

The Green Hornet est (naturellement ?) proposé dans beaucoup de salles en 3D. Mais il s’agit d’un regonflage. Cependant, il est à noter qu’il donne à voir la plus belle chose jamais vu en 3D (je veux dire, après la publicité Haribo d’avant Avatar, ou celle de Fanta avant The Green Hornet), j’ai nommé le générique de fin du film, à couper le souffle. De là à payer 2 euros de plus ? À vous de voir.

NOTES

[1] Cité par Libération, « Seth Rogen, le goût du potache », 12 janvier 2011

[2] Interview de Michel Gondry par Didier Péron, le 5 janvier 2011, sur www.liberation.fr

[3] Le projet d’adaptation de la série télévisée The Green Hornet au cinéma a près de 15 ans. Michel Gondry l’avait d’abord refusé un premier temps, à l’époque où il s’apprêtait à tourner Human Nature. Kevin Smith sort ces jours-ci une BD tirée de son travail préparatoire sur le projet.

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A propos de l'auteur

Image de : Né au beau milieu de l'année 1986, 60 ans jour pour jour après Marilyn, Arnaud n'a rien de la blonde pulpeuse. Très tôt bercé par les courts métrages de Charlie Chaplin, les épisodes de Ça Cartoon et le film Les 7 Mercenaires, qu'il regardait tous les dimanches - joyeux programme - il plongea bien trop vite, passionné par cet art dévorant qu'est le cinéma. Quelques années plus tard, refaisant enfin surface dans le monde réel un bref instant après des années d'inexistence, il se cogna sur une pile de livres... C'était trop tard, il avait déjà recoulé : nouvelle passion qui accompagnerait la première, la lecture et l'écriture seront ses nouvelles compagnes. Depuis, on n'a jamais revu Arnaud.

1 commentaire

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  1. 1
    le Mardi 18 janvier 2011
    Domino a écrit :

    « Le super-héros n’en ai pas un »

    On dit pas « n’en est pas un »?

    Sinon, ca donne envie, un film de super héros qui a l’air de changer un peu des standards habituels, ca doit le faire

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