The Gossip au Bataclan

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Ça commence par un beat minimal. On bat la mesure, rien de plus; pourtant, c'est déjà plein d'énergie brute, de nervosité tissée d'attente fiévreuse. Et puis on entend sa voix, depuis les coulisses.

the-gossip-bataclan-17-11-2009-13 Beth Ditto ne s’est pas encore montrée, et déjà la salle s’échauffe, car c’est Dimestore Diamond : une entrée sans risques, mais idéale pour se mettre d’emblée dans l’ambiance. Et voilà qu’elle entre en scène, vêtue d’une robe moulante noire aux grandes manches de chauve-souris, un bibi noir sur ses cheveux rouges. Sa voix est pure, glisse parfois vers le rauque, mais elle fera montre dans l’ensemble d’une belle endurance; car maintenant que la salle est chaude, la température ne va pas redescendre.

Elle salue, s’amuse du mot  » coucou « , joue avec ces sons d’oiseaux qui lui vont si bien. Au moment de se lancer dans Pop goes the world, elle enlève sa robe, et on la découvre en maillot de bain, noir et très décolleté – le fil rouge du concert, ce sera les jeux de plage, entre ballons multicolores avec lesquels elle jouera au beach-volley avec le public, et pistolets à eau qui fournissent un divertissement bienvenu alors que le parterre se noie dans la sueur. Mais surtout, ce qui frappe, à la voir se déhancher sur 2012 ou Waves sans jamais s’autoriser un instant de répit, c’est à quel point cette femme est sexy. Parce qu’elle est puissante, qu’elle hurle à se casser la voix et que c’est émouvant, parce qu’elle vit sa musique et nous la fait vivre, elle irradie d’une beauté fellinienne.

Lorsqu’un de ses seins se fait la malle, elle continue comme si de rien n’était – the show must go on – et essaye de réparer la catastrophe sans s’interrompre, tournant juste le dos quelques secondes en chantant Men In Love . Là où Janet Jackson était vulgaire, Beth Ditto a juste la classe. Elle n’est pas en sueur, elle est en transe; et elle l’assume. Les tubes s’enchaînent, tous plus efficaces les uns que les autres, sans jamais faiblir. Love Long Distance : génial. 8th Wonder : fou. Il fait horriblement chaud dans la salle (à la sortie, les murs seront moites, les T-Shirt trempés), et sur l’estrade aussi, mais cela n’empêche personne de danser.

gossip_5_argb_disco-3Et voilà Heavy Cross . Ditto descend dans le public. Oui, mais elle descend vraiment dans le public; pas juste les habituels trois pas aux premiers rangs avant d’être rapatriée vite fait par la sécurité. Non, elle reste dans la fosse pour la chanson entière, faisant le tour du Bataclan, for real, jusqu’au fond de la salle, de gauche à droite, entourée par un public amoureux et ému aux larmes, qui ne la voit disparaître qu’à regret.

Pour les rappels, Ditto répète la même entrée qu’au début du concert: elle chante depuis les coulisses, pour une reprise de Tina Turner ( What’s Love Got To Do With It ), qui révèle à quel point il y a de la soul dans ce rock-là. Puis l’attendu Standing In The Way Of Control, apothéose inévitable.

Cette fois, c’est vraiment fini. On voit les techniciens commencer à ranger la scène. Mais…

A capella, elle entonne « une chanson pour les homosexuels du monde entier ». C’est We Are The Champions, qu’on n’a jamais entendu aussi touchant. Beth Ditto, la femme qui fait ressembler le Bataclan à un Zénith chauffé à blanc, qui de lesbienne obèse est devenue lesbienne obèse et sex-symbol universel, qui tient la note comme peu le pourraient – cette femme vient de coller une sacrée fessée à tous les prétendants roqueux des caves de La Villette. Il est temps de changer de références, le rock, c’est elle.

Crédits photo : http://www.nicolasbrunet.fr/

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A propos de l'auteur

Image de : Mercy Seat n’aime pas trop s’exposer. C’est mauvais pour sa peau de toute manière. Elle préfère se terrer dans les coins obscurs des salles de cinéma de quartier et les recoins des salles de concert. Qui sait sur quelle perle rare elle pourrait tomber au détour d’une rétrospective : un Scorcese inédit, la Nuit du Chasseur en copie neuve, Sailor et Lula redux ? Elle chine par-ci par-là des bouts de Nick Cave et de Johnny Cash, de Queens of the Stone Age et de White Stripes, rêve d’un endroit qui ressemble à la Louisiane (mais en moins chaud), et pense que si Faulkner et Shakespeare avaient vécu à notre époque, ils auraient fait des supers films avec Tarantino et Rodriguez.

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