The Game

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Premier volet de notre dossier consacré à la séduction, avec une plongée tête la première dans l’univers fascinant des Pick Up Artists à travers la plume acérée de l’un des plus fameux d’entre eux...

-  Mais c’est quoi, ça, un Pick-up Artist ?

-  Grosso-modo, c’est un coach de vie spécialisé dans les rencontres amoureuses. Il aide notamment les mecs qui ne sont pas sûrs d’eux et leur apprend une méthode infaillible pour qu’ils puissent se lever des nanas.

- Infaillible, ça m’étonnerait.

- Ah si, ça marche vraiment bien.

- Admettons. Ça reste de la merde. Le mec qu’est pas bien dans sa peau, il ira pas mieux en jouant un personnage qui lui permettra de tirer. Parce que ce sera jamais lui. Personne ne le verra jamais pour ce qu’il est, mais pour son perso. Au final, ça risque juste de le bouffer encore un peu plus.

- Non, ça leur permet d’avoir davantage confiance en eux une fois qu’ils se rendent compte qu’ils réussissent à atteindre certains objectifs. Tu sais, y en a qui partent en étant vraiment de bons losers.

- Ouais et une fois qu’ils arrivent à aborder une nana, ils se disent qu’ils vont faire payer toutes celles qui les ont baladés jusque-là en les niquant toutes une par une sans jamais les rappeler ensuite. Super, quoi.

- Pas forcément, y en a qui font ça pour trouver une vraie partenaire, pour avoir une relation durable. Tu devrais lire The Game, de Neil Strauss. Il explique tout le processus, c’est vraiment intéressant.

J’étais pas convaincue…

Image de Thegame Faut dire que j’ai jamais tenu en très haute estime les coachs de vie ou les rédacteurs d’ouvrages de développement personnel. Comment une méthode universelle pourrait-elle s’appliquer à des individus uniques qui ont chacun leur background socio-psychologique et leurs propres expériences foireuses ? Ça me laissait perplexe, mais j’ai une règle fondamentale censée élargir mon ouverture d’esprit, que je m’efforce d’appliquer autant que possible : creuser un minimum avant de pouvoir critiquer, railler, tourner au ridicule, voire injurier. Alors j’ai lu The Game, de Neil Strauss.

Neil Strauss m’était familier pour avoir coécrit la biographie de Manson qui a fait le tour de tous les lycées du monde : The Long Hard Road out of Hell. Il ne m’a guère fallu qu’une dizaine de pages pour comprendre que le « co » de co-écriture était en fait superflu. Neil Strauss a un style, reconnaissable et fort plaisant à la lecture.

Il se présente donc, d’emblée, en tant qu’Average Frustrated Chump (qu’on peut traduire approximativement par « bon loser de base »). S’il reconnaît volontiers avoir une vie épanouissante dans de nombreux domaines, il n’en existe pas moins une zone d’ombre : ses relations sentimentales – ou plutôt son absence de. C’est donc en partie par curiosité et en partie pour tâcher d’en tirer quelques enseignements personnels qu’il va contacter Mystery, la référence mondiale des Pick-Up Artists, et participer à l’un de ses ateliers.
Très vite, l’élève est séduit par le maître, et réciproquement.
C’est que, contrairement à nombre d’autres apprentis, Neil Strauss – que l’on rebaptisera bientôt Style – est capable, de par son intelligence, d’avoir suffisamment de recul pour analyser les techniques que l’on lui enseigne au lieu de simplement les absorber.
Concrètement, cela se traduit par une capacité à développer ses propres méthodes au lieu de se cantonner à une répétition mécanique et lassante des routines de base.

Et quelles sont, vous demanderez-vous avec curiosité, impatience et avidité, ces fameuses routines ?
Rien de bien compliqué, ne vous attendez pas à la révélation finale. Simplement des astuces qui illustrent une bonne compréhension de la gent féminine, innée pour les messieurs les plus chanceux, mais qui s’apparentent à d’immenses montagnes à gravir pour les plus réservés.
Toutes sont issues de la Mystery Method, développée par un Erik Von Markovik frustré, malheureux et en manque d’attention, qui, pour venir à bout de sa peur panique du rejet, a décidé de laisser ses ailes pousser pour devenir Mystery, l’ange exterminateur de l’introversion subie et mal vécue.

Huit temps, huit mouvements pour remporter la victoire – liste non exhaustive et sans ordre clairement établi, si ce n’est l’ouverture du départ et le baiser final, si tant est qu’embrasser soit le but de la démarche :

Avoir un bon opener.

Image de Neil Strauss « Bonjour je m’appelle Machin, et toi ? (…) Tu fais quoi dans la vie ? » — la même ritournelle qui se répète à l’infini, ça lasse tout le monde – celui qui la chantonne, avec de moins en moins de conviction, et aussi celle qui l’entend. Pour ouvrir un set (groupe de une ou plusieurs cibles), le pick-up artist se doit d’être original, et de choisir, si possible, une accroche qui lui permette de rebondir par la suite et d’engager une réelle conversation – attention toutefois à ce que celle-ci ne s’éternise pas, auquel cas le joueur risque fort de voir ses audaces récompensées d’un décevant : « Soyons amis, tu veux ? ».

Exemples de bons openers : « Les filles, j’aimerais avoir votre avis : est-ce que vous accepteriez de sortir avec un mec qui s’appelle Herman ? Vous voyez, un type plutôt bien de sa personne, relativement drôle, mais avec un prénom vraiment horrible… », « Vous avez vu les deux filles, là dehors, qui se sont battues ?! », « Est-ce que vous croyez aux tours de magie ? » — ça peut paraître plutôt banal à la lecture, et on ne miserait pas forcément sur un résultat immédiat, mais le fait est que ça permet au joueur d’engager la conversation et de mettre en place sa stratégie. À condition de maîtriser les étapes suivantes.

Utiliser le neg à bon escient.

Les compliments, c’est trop facile. N’importe quelle nana en a déjà entendu des tonnes, souvent les mêmes, qui sont aussi les mêmes que ceux que l’on fait à ses amies, ses collègues de travail, voire sa mère. En outre, tout bon PUA qui se respecte a pour règle primordiale de ne jamais s’abaisser face à sa cible. Si celle-ci se sent en position de supériorité, elle risque en effet de considérer que le Game n’en vaut pas la chandelle. Le neg consiste donc, pour le joueur, à railler gentiment la cible, à la fois pour lui manifester de l’intérêt, mais en semant le doute dans son esprit quant à ses intentions. Un bon neg doit provoquer une réaction positive : la cible doit rire, ou faire mine d’être offusquée.

Exemples de negs : « Tu as une jolie jupe ! Il n’y a pas cinq minutes, j’ai croisé une fille qui avait exactement la même ! », « Ce sont des vrais ongles ? (…) Ils sont beaux quand même. »

Bien sûr, le neg marche d’autant mieux si le PUA donne instinctivement une impression d’assurance…

Le body langage

Image de Neil Strauss C’est valable aussi pour les entretiens d’embauche. Il est facile de déterminer si une personne est anxieuse ou, au contraire, pleine d’assurance, en observant simplement la façon dont elle se tient. Ainsi, pour aborder une cible, il est préférable, au lieu de se tenir complètement face à elle dans une position de don total de soi-même, de se tourner légèrement vers elle alors que l’on marchait, en lui parlant par-dessus l’épaule sans lui faire face, comme si on pouvait partir à tout moment. De même, une fois assis, le joueur qui se penche vers la cible pour lui parler fait preuve d’un manque de confiance en lui. Celui qui s’adosse confortablement avec un sourire satisfait incitera la cible à se pencher vers lui et montrera ainsi que c’est lui qui domine le jeu.

Isoler la cible.

Rares sont les bonnasses qui sont seules, disponibles, accoudées au comptoir dans l’attente que quelqu’un vienne les aborder. Qu’à cela ne tienne : un bon pick-up artist ne se laisse pas impressionner par le nombre – tout au contraire. Si la cible fait partie d’un groupe de plusieurs personnes parmi lesquelles des hommes, il convient de se présenter aux hommes d’abord, pour avoir implicitement leur accord et être autorisé à engager la conversation avec ces demoiselles. Pour aborder un set de deux filles, l’idéal est d’avoir un wing – un partenaire qui attirera l’attention de l’une pendant que le joueur pourra se concentrer sur l’autre. Il est tout de même possible, pour un joueur solitaire, d’engager la conversation avec un set de deux filles, en respectant la fameuse règle consistant à montrer davantage d’intérêt à celle qui n’est pas la cible.

Bouncer.

Technique complémentaire à celle de l’isolement de la cible, le bounce consiste à déplacer le set d’un endroit à l’autre (« Il y a moins de monde dans le bar d’en face, on y sera plus au calme pour continuer la discussion »). Le fait d’emmener la cible dans différents endroits au cours de la même soirée permet de modifier sa conception spatio-temporelle de la rencontre et l’amène à penser qu’elle connaît le joueur plus intimement que ça n’est le cas.

L’escalade cinétique

Une fois la conversation engagée, la cible isolée et le contact établi, il convient de passer à la vitesse supérieure et à la dimension tactile. Si le contact ne se fait pas naturellement, un prétexte comme la lecture des lignes de la main sera le bienvenu. L’important étant de mesurer le degré d’acceptation de la cible : une fille qui n’est pas à l’aise au moment du hug ne sera certainement pas encline à se laisser embrasser. Lorsqu’on se rend compte que la cible fait preuve de réticences, il ne faut surtout pas la forcer au risque qu’elle se braque. Au contraire, il convient de réaffirmer sa position de supériorité en se reculant. La cible, qui passait un bon moment, regrettera d’avoir rechigné et reviendra d’elle-même chercher le contact.

Repérer les IOI

Les IOI, ou Indicators of Interest, sont une donnée primordiale qui renseigne le pick-up artist sur sa réussite potentielle. Un regard appuyé, une main nerveuse passée dans les cheveux sont des IOI fiables qui témoignent de l’intérêt de la cible pour le joueur. Si ce dernier serre la main de la fille et qu’elle la serre en retour, c’est presque gagné. D’après la Mystery Method, il est tout à fait envisageable d’embrasser la cible dès lors qu’elle aura envoyé au moins trois IOI.

Kiss-close.

Tout est dans le titre. Le baiser découle généralement des IOI et du contact tactile. Pour les plus hésitants, il est toujours possible d’annoncer un : « Tu as envie de m’embrasser ? » — rarement suivi d’une réponse positive. Un peut-être amènera à un « Vérifions ça, alors », suivi du baiser et un non donnera lieu à un « Je n’ai pas dit que tu pouvais… », qui réaffirme, une fois de plus, la position de leader du joueur et qui engagera la cible à y revenir d’elle-même.

La liste, donc, n’est pas exhaustive.

Image de Mystery De même, elle ne s’applique pas forcément à toutes les situations. Lors d’une rencontre en journée, dans un supermarché par exemple, l’utilisation du neg sera moins fréquente, ou en tous cas moins appuyée que dans un bar ou une discothèque.

L’intégralité de la méthode est narrée et développée dans les ouvrages Mystery Method, The Pickup Artist : The New and Improved Art of Seduction et Revelation, par Erik Von Markovik.

Dans The Game, Neil Strauss raconte sa propre aventure à travers la création de Style, son avatar, ses succès rencontrés, la popularisation des ateliers de Mystery et l’élaboration de project Hollywood, consistant à réunir sous le même toit des pickup-artists majeurs afin de créer ni plus ni moins qu’une confrérie détentrice du secret ultime et désireuse d’en faire bénéficier ses pairs AFC.

On y constate à la fois les effets positifs, avec le regain de confiance en soi de bien des individus jusque-là frustrés et brimés, et les effets pervers, avec la naissance d’une insatisfaction chronique doublée d’un début de misogynie, d’une course au pouvoir intarissable et d’une tendance quelque peu malsaine à ne pas s’approprier la méthode, mais la singer, au point de faire de son créateur un demi-Dieu qu’il conviendra, bien sûr, de détrôner.
Se laisser prendre au jeu est une chose, mais on observe qu’il est malheureusement très facile de s’y perdre.

Œuvre complète et minutieuse, à la fois instructive – psychologiquement et socialement – et amusante, The Game est simplement l’ouvrage de référence pour qui veut se plonger dans l’univers des pick-up artists.

Les adeptes y découvriront multiples anecdotes et les anti verront, au fil des pages, leur méfiance initiale se transformer en réel intérêt, voire en affection.

Neil Strauss a joué, Neil Strauss a gagné.

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Dossier Séduction :
Volet numéro 1 : The Game
Volet numéro 2 :
Séduire des portes closes (Journal de Frank)
Volet numéro 3 :
Coach en séduction : pour quoi faire ?
Volet numéro 4 : Let the Game begin
Volet numéro 5:
La séduction : piège ou jeu ?
Volet numéro 6:
Le coaching en séduction et les femmes

A propos de l'auteur

Image de : Enfermée à l’extérieur sur le balcon de la Tour Sombre, Alex trouve parfois le courage de s’arracher à l’emprise du Crimson King. Elle ajuste alors sa longue vue et observe d’un air narquois le spectacle du rock, du cinéma et de la littérature qui déclinent. Il lui arrive quelquefois d’être agréablement surprise, mais c’est rare tant elle est consubstantiellement cynique. Son premier roman, Unplugged, est paru en 2009, puis un second en 2010, intitulé Omega et les animaux mécaniques, inspiré par l'album Mechanical Animals de Marilyn Manson.

3 commentaires

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  1. 1
    Marine
    le Mercredi 10 novembre 2010
    Marine a écrit :

    Article qui donne envie de lire l’ouvrage! PS : tout de même, je pense à Barney Stinson en lisant les différentes étapes ;)

  2. 2
    le Mercredi 10 novembre 2010
    Alex a écrit :

    Puisqu’on est entre filles, je te recommande vivement l’émission « The Pickup Artist », présentée par Mystery himself (et aucun homme ne porte le bonnet en moumouthe et les lunettes de plongée comme lui, rien que pour ça, ça vaut le détour).
    Le paradoxe, avec le succès médiatique de Neil Strauss et Mystery, c’est qu’ils sont passés au stade de mâles Alpha, maintenant ; ils bénéficient de suffisamment de notoriété pour que la minette de base qu’ils rencontrent en soirée se sente flattée d’être courtisée par l’un d’eux (pour ne pas dire que c’est, sur la même lancée, limite un privilège de se retrouver dans leurs pieux).
    Si on ajoute à ça le fait que l’homme se positionne comme un enjeu dans le Game, pour inverser le rapport de supériorité, je me demande si toute la méthode n’est pas censée réveiller un truc que j’ai observé chez beaucoup de filles dont moi la première : la fibre groupie.
    C’est très bien vu, et donc très dangereux parce que nous, pauvres créatures facilement impressionnables, en perdons de vue l’importance de maintenir et de cultiver chez eux ce que j’appelle la fibre Lancelot.
    D’ailleurs à ce niveau là, je me demande si le féminisme ne nous a pas fait du mal en même temps que du bien ; à force d’apprendre à nous démerder toutes seules comme des grandes, c’est pas tant qu’on les fait fuir, c’est surtout qu’on cesse de les juger sur des critères qui nous paraissent maintenant sans importance. D’où qu’il ne nous reste plus guère que l’esbroufe, et celui qui gagne notre intérêt est celui qui jette plus de poudre aux yeux que les autres. Qu’on soit lucide ou non n’y change d’ailleurs pas grand chose – mis à part le fait que lorsqu’on l’est, on peut « gamer », nous aussi.

    (Mystery, if you read me, feel free to contact me whenever you want, sweety))

  3. 3
    Pascal
    le Samedi 13 novembre 2010
    Pascal a écrit :

    Il est clair que Neil Strauss n’a pas usurpé son surnom de Style. Ça se lit comme un roman. C’est drôle, souvent assez intelligent et vraiment bien tourné.

    Ce qui est flagrant dans toute cette histoire de communauté de dragueurs c’est à quel point la finalité initiale (conclure avec une fille) cède le pas à l’excitation du jeu, à l’émulation des Pickup-artist les uns envers les autres et à cette sensation de pouvoir, forcément grisante, qui les menace constamment de glisser vers le côté obscur de la force….

    Plus que des échanges de fluide avec des partenaires multiples, Neil Strauss a avant tout trouvé une famille et des amis au sein de cette communauté dont il est apparemment devenu l’un des membres les plus respectés. AMHA, le vrai sujet du livre est avant tout l’amitié de deux hommes : Style et Mystery.

    Pour le reste, l’universalité des techniques décrites dans le livre rendent également la lecture de The Game passionnante. Il est d’ailleurs très aisé de remplacer « obtenir le no de tel d’une fille en soirée » par « vendre des photocopieurs », « devenir une rock star », « négocier une augmentation » ou « obtenir la signature d’un accord de paix dans une conférence internationale »

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