The Elderberries à la Boule Noire

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Marches du métro montées quatre par quatre, évitement de bus en traversant la rue, slalom entre les chanceux qui attendent devant la Cigale (c'était Vincent Delerm ce soir là) et entrée fracassante dans la Boule Noire, persuadée d'avoir loupé au moins la moitié du concert. Que nenni ! J'aurais pourtant dû le savoir, chez les rockeurs le retard est une question de classe.

eldphoto1Reprenant mon souffle, je regarde un peu les gens qui m’entourent et ouvre des yeux grands comme une pinte car tout le public, sans aucune exception, arbore fièrement de splendides moustaches aux couleurs et formes variées. Rigolant de cet accessoire sympathiquement distribué à l’entrée, je ne tarde pas à être ornée d’une superbe rousse. Le concert peut commencer.

C’est Sheraff qui entame le show. Les Elderberries ne seront pas les seuls à assumer le délire moustache. Entre le batteur et son ensemble coupe afro, barbe et pilosité de bûcheron, ou la parure rasée de près du chanteur, le poil se veut roi de la soirée. On entame donc les hostilités avec un sympathique son rock, voire grunge, qui sent les heures passées à écouter Nirvana et Queen of the Stone Age . Malheureusement, si les cris déchirants de Ben nous parviennent de plein fouet, les choeurs ont peine à se faire entendre. Malgré plusieurs signes à la régie pour hausser son micro, nous voyons Benjamin bloqué derrière sa batterie hurler désespérément sans pourtant qu’une seule de ses ondes ne nous parviennent. Qu’importe, sur le devant de la scène, Marc et Chris abandonnent alors toute idée de choeurs, se baladant de gauche à droite avec leur instrument bien aimé et électrisant le public de leur solos décapant. Une première partie alléchante qui laisse présager une suite encore plus remuante.

Les Elderberries s’installent alors, avec pour chacun des musiciens un stock de Kronenbourg à proximité. Style moustachu taillé de près à la Freddy Mercury, avec pantalon slim et cheveux longs s’il vous plaît.

La voix de Chris se module suivant les morceaux, révélant des inspirations qui vont de AC/DC à Led Zep, mais qui dénotent parfois par des intros un peu trop reconnaissables. Deux notes suffisent par exemple pour reconnaître immédiatement The Unforgiven, grosse erreur alors de la part du groupe de se permettre pareil pompage pour un morceau qui retombe comme un soufflet dès le premier refrain. N’est pas Metallica qui veut. Idem pour White HeatChris nous pousse des cris version Brian Johnson, dérapant malheureusement sur quelques notes piégées.

eld2_copieCela n’enlève évidemment rien au ressort qu’il semble s’être fixé sous les pieds, ne s’arrêtant quelques secondes qu’à l’occasion d’une bonne rasade de bière. La barre du micro en main, le chanteur s’amuse avec ses musiciens, savourant en même temps qu’eux la saturation inouïe qu’atteint leur belle demoiselle. Là encore on aurait espéré un peu plus de solos, entendre ces guitares hurler sur de longues minutes ou vriller nos oreilles sous le grattage fou d’un médiator.

Le public d’ailleurs n’est pas des plus chauds ce soir, ne se risquant à haussez le ton que sur I wanna bit et sur le tout dernier en date, It doesn’t really matter . Les morceaux dépassent rarement trois minutes, achevant alors rapidement le set, et on sent que le rappel se fait par principe, saluant tout de même la prestation et le talent du groupe.

Des artistes aux multiples références donc, mixant assez bien tous leurs illustres prédécesseurs au style marqué à jamais, mais qui doivent encore apprendre à surprendre et à se risquer, pour trouver leur véritable force scénique.

Crédits photo : Yann Charles (http://www.myspace.com/isayann)

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

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