The Cure – 4 : 13 Dream

par Arno Mothra|
Après la digestion mitigée des quatre premiers singles sortis depuis mai dernier, et un EP de remixes aussi nullissimes qu’inaudibles (réunissant la crème des plus mauvais groupes du moment), nous nous attendions au pire sans véritablement l’espérer…

Introduction

cure-2Les nombreux fans de The Cure sont sans aucun doute les plus difficiles et exigeants qu’il soit. Peut-être parce que ce groupe mythique a caressé tous les sommets imaginables (et inimaginables) en accouchant, l’air de rien, d’albums majeurs dans l’Histoire de la musique, du rock.

N’en déplaise à certains, Robert Smith n’a jamais été un sodomiseur de corbeaux, en revendiquant depuis toujours ne pas appartenir aux clichés d’une quelconque scène gothique. Robert Smith pourrait d’ailleurs aisément s’assimiler plus rapidement à Peter Pan qu’à Brandon Lee, dans The Crow . Ainsi, il devient assez surprenant de lire ou d’entendre ici et là la déception croissante d’un certain public pour cette formation. Petit rappel de bon aloi : The Cure a débuté sa carrière avec un album post-punk, pour ensuite sévir dans du post-punk psychédélique, de la cold-wave, de la new-wave, de l’indie, de la pop, de la pop-rock. Pour son plumage, la discographie du groupe se rapproche plus du perroquet que du corbeau.

Ainsi, les éternels déçus devraient cesser d’écouter The Cure depuis 1992 (album Wish ), car, en évinçant l’ignoble Wild mood swings sorti en 1996, le groupe a toujours suivi une évolution logique dans sa musique. Il y a quatre ans, le dernier album éponyme témoignait avec classe de tout ce qu’avait entrepris les hommes en noir jusqu’ici, proposant dans la foulée leur meilleur disque depuis bien longtemps et dont le final, glacial, nous renvoyait avec bonheur à Disintegration en 1989. A des morceaux traditionnels s’ajoutait une envie de se réinventer ( Us or them, Never ), dans un format plus rock et agressif.

« For my part I know nothing with any certainty.

But the sight of the stars makes me dream » ( Van Gogh )

4 : 13 Dream prolonge donc cette nouvelle sonorité pour le groupe, complètement décomplexé, à travers treize titres, principalement assez courts. Mais quel album ! Comme d’habitude avec The Cure, il vous faudra un peu de temps avant de tout imprégner, tout accepter, et surtout savourer chaque minute à sa juste valeur. Car l’éloge ou l’insulte faciles après une ou deux écoutes n’ont pas lieu d’être, en particulier pour un groupe d’un tel niveau. Attendre un nouvel album de The Cure comme vous attendiez Faith, Pornography ou The head on the door au bon vieux temps relèverait du ridicule le plus minable. Ainsi, s’éloignant totalement de la pop noire de son prédécesseur, 4 : 13 Dream, surprenant et brut, apparaîtra au premier abord comme un disque lourd, sans mélodie vraiment accrocheuse, assez difficile d’accès. Les envolées synthétiques sont définitivement rangées au placard, ce qui s’avère loin, très loin d’être un inconvénient (un groupe post-punk de 30 ans d’existence a encore le droit de jouer. du rock). Oscillant entre une pop simple à l’instar de The perfect boy, single sorti en août, et un rock aux simulacres métal (l’époustouflant The scream, crié sur une musique lourde et bordélique), 4 : 13 Dream irradie entre tous les albums actuels, et se démarque également dans la discographie du groupe.

La pochette du disque s’annonce à mille lieux d’un petit trip anodin : si le graphisme tourne autour de la peinture, de nuances colorées avalées, de rêve à l’état pur, la musique en elle-même (et les textes) s’en imbibe identiquement au plus profond d’elle, offrant un concept réussi alternant entre la douceur, les émois, et les cauchemars les plus atroces.

4 : 13 Dream, l’album

41usnri5nyl-_ss400_ 1 : Underneath the stars . Ouverture digne de The kiss période Kiss me, kiss me, kiss me, sur plus de deux minutes d’introduction, tout en retenue: Le début d’un rêve. La voix toujours aussi belle de Robert Smith (qui ne vieillira décidément jamais) s’enveloppe de quelques fantômes pour des effets aériens. Les arrangements sont bruts, très « live ». Une réussite.

2 : The only one . Lâché dans la nature en mai dernier, The only one eut la lourde tâche de dévoiler le premier aspect de ce nouvel opus, et force est d’admettre que ce titre, jugé trop convenu, a peu convaincu les fans. Sans être originale (il faut dire aussi qu’en vingt ans le style a été largement plagié) ni excellente, cette chanson gentillette prend tout de même plus d’ampleur dans nos oreilles qu’en version single, peut-être parce qu’elle ne reflète pas l’atmosphère générale du disque. Sympa, mais sans plus.

3 : The reasons why. Des riffs de guitares et des lignes de basses jouissifs comme The Cure en a le secret. Pas vraiment rapide, The reasons why, vibrant, entraîne rapidement l’auditeur dans la danse. La magie opère jusqu’à la dernière seconde. Un excellent titre, au texte typiquement Smith .

4 : Freakshow . Rock à la basse très groovy, ce morceau surprend par son énergie. Mixtion entre le sautillant Lovecats et le post-punk époque Three imaginary boys, agrémentée d’un texte savoureux. Le rêve se prolonge à travers la peinture du cauchemar, en partant en bordel. Un petit bijou.

5 : Siren song. Ni bonne ni mauvaise, cette cinquième piste, très lente, au son très américain, fait presque l’effet d’un interlude tant ses maigres deux minutes passent vite, sans que la musique n’est véritablement le temps de décoller. Beaucoup trop bref. Dommage.

6 : The real snow white . Retour à un titre mêlant pop (refrains) à une ambiance plus lourde (couplets). The real snow white convainc encore une fois pour sa mélodie fine, ses guitares, sa basse. Pas révolutionnaire pour un sou, mais bougrement agréable.

7 : The hungry ghost . Les premières notes créent la surprise : nouvelle rétrogradation vers Three imaginary boys . On sent déjà qu’on aura droit à un morceau de référence, les frissons redessinent notre peau. Avec une intro simple à la guitare, assimilable rapidement (tel Rape me de Nirvana ), The hungry ghost, aussi sombre qu’une nuit d’automne, apparaît comme le meilleur titre du disque. Tout simplement magnifique. Des paroles tristes et somptueuses. « We’ll never satisfy the hungy ghost. »

8 : Switch. Grattes psychédéliques et ronflantes à la « Freakshow » pour un résultat lourd, au bord de l’asphyxie. On nage dans l’obscurité ; encore un mauvais rêve, barbouillé de peintures noires, violettes, rouges. Une piste agressive, énergique, et férocement réussie.

9 : The perfect boy. Dernier single en date, The perfect boy montrait le côté le plus calme et doux de 4 : 13 Dream . Une pop song gentillette, mais peut-être un peu lisse et pas assez percutante. Mignon, mais sans plus.

10 : This. Here and now. With you. Une guitare basse prenante, des sonorités aériennes, du calme. Ce très beau morceau donne une parfaite illustration du fantasme, sous des sonorités peu communes. D’autant plus agréable après un banal Perfect boy .

11 : Sleep when I’m dead . Définitivement le meilleur single de The Cure depuis Lullaby en 1989 ! Efficace, irrésistible et hypnotique. Seule différence à noter par rapport au Mix 13 : beaucoup de réverb’ et d’échos, ajoutant à la chanson la lueur de drôles de spectres. Beau, dans la même lignée que tous les grands succès du groupe dans les années 80.

12 : The scream. Les horloges se dérèglent et les minutes fondent : le rêve part en vrille, violent, noir et extrêmement lourd. La peinture coule en dehors du tableau. « The scream » assure le passage le plus agressif de l’album, sous une pléthore de guitares psychédéliques, énervées, et des mots criés. Crade et époustouflant.

13 : It’s over. Le rêve se termine, la peinture se fige. The Cure termine ce disque avec la chanson la plus énergique, bénéficiant elle aussi de deux minutes d’intro. On pourrait peut-être regretter la voix de Robert Smith, un peu trop noyée derrière cette flopée de décibels, mais qu’importe. Une fin digne, qui redonne encore plus envie d’appuyer sur ce bouton très pratique qu’est « repeat » (quelle joie la technologie). La rêverie se sera étendue sur un peu moins d’une heure, mais s’imprime de manière indélébile, comme de l’encre de Chine sur une feuille de papier.

Conclusion

S’il ne s’accorde peu de fantaisie et malgré trois titres moins efficaces ( The perfect boy, Siren song et The only one ), 4 : 13 Dream, témoignage parfait d’un groupe qui n’a plus rien à prouver, irradie entre tous les albums pseudo rock actuels, et prouve une intelligence à ne pas tourner délibérément en rond, malgré le nombre d’années, quitte à perdre (encore) de son public. Robert Smith préserve la fraîcheur et l’énergie de ses vingt ans.

Majestueux.

Merci au petit garçon de ne pas grandir ; merci The Cure .

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En savoir +

The Cure, 4 : 13 Dream, 13 titres, Geffen . Sorti le 28 octobre.

Site officiel: http://www.thecure.com/
Myspace: http://www.myspace.com/thecure

3 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 9 novembre 2008
    anakin a écrit :

    Merci pour la qualité de cette chronique.

  2. 2
    le Vendredi 21 novembre 2008
    Pascal a écrit :

    Tout est dit, et très bien dit, respect.
    J’attendais cet album avec beaucoup d’impatience et j’avoue, 1ère écoute perplexe, 2ème hum!!, 3ème sans trop me forcer et maintenant, presque en boucle.

  3. 3
    le Dimanche 23 novembre 2008
    Arno Mothra a écrit :

    Merci !

    Pascal, c’est aussi là toute la magie de ce disque. On attend souvent de l’écoute d’un nouveau Cure une sorte de « hit » rappelant l’époque « Just like heaven » par exemple. Alors que « 4:13 dream » est bien plus intéressant, car finalement, il devient impossible de piocher un titre à l’intérieur : comme tu l’as écrit, il s’écoute entier, et surtout en boucle. Malgré un ou deux morceaux peut-être un peu en dessous du reste.

    Apparemment le deuxième volet de « 4:13 dream » sortira au printemps 2009, dévoilant un côté plus dark (synthétique?). Quoique avec The Cure, on est tout de même souvent surpris après les annonces officielles… ;)

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