The Cove : Militantisme, a love story

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Pour que le monde sache, et que c’en soit fini pour eux.


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Tout commence lors de la présentation du documentaire au Festival de Deauville en 2009. Un certain Luc Besson, qui s’avère être un amoureux des cétacés, pose son tampon magique « EuropaCorp. » sur le documentaire d’un inconnu. The Cove devient La Baie De La Honte. De festivals en festivals, les prix s’accumulent. Les vidéos promotionnelles tendent vers NCIS ou Paranormal Activity ; la bande-annonce fait froid dans le dos. L’intention de tout cela n’est pas cachée ; ce que veut Besson, c’est que l’on parle du film. The Cove montre le massacre impuni de près de 23.000 dauphins par an dans la baie de Taiji, au Japon. Et c’est Ric O’Barry – que personne ne croit connaître – qui est le fer de lance des militants qui tentent de s’y opposer.

Dès le début du film, O’Barry se confesse : si son engagement lui tient tant à cœur, c’est qu’il se sent responsable. Il y a 35 ans, il était l’heureux dresseur des 5 interprètes de Flipper, la série qui selon lui a popularisé l’image du dauphin. Maintenant, il est le principal militant pour la libération des mammifères marins. Et son plus grand combat est l’arrêt des massacres de dauphins par les pécheurs nippons dans cette « baie de la honte ».

Noble cause. Faisant suite à Home, Une Vérité Qui Dérange, La 11ème Heure ou Le Cauchemar De Darwin, The Cove s’engouffre dans la brèche ouverte de ce cinéma pro-écolo. Mais nos Homo Delphinus vont même plus loin : si The Cove est aussi un film politique, et encore plus un film citoyen, il est surtout avant tout un film militant. Sûr, les images des vingt dernières minutes du film sont insoutenables. Quitte à prendre position, c’est bien à un véritable massacre, au sens le plus proche de sa définition, auquel on assiste ici. Mais la principale matière du film, pour tout le reste, est bel et bien le combat de Ric O’Barry et les méthodes que vont adopter l’équipe de choc de Louie Psihoyos.

Image de Bowling for the dolphins

C’est ici, dans cette forme choisie par le réalisateur, que The Cove s’éloigne le plus des autres documentaires cités, et se rapproche de « la méthode Michael Moore ». Ceux qu’on voit à l’image sont surtout eux, les humains, quitte à stigmatiser les gentils occidentaux et les méchants pêcheurs japonais. C’est bel et bien une mise en scène, malgré l’aspect de réalité documentaire. Le déballage et la profusion des manières de combattre passe avant le combat même. Caméras cachées, caméras embraquées, caméra thermique, bienvenue dans le spin-off Mission : Impossible / La Planète Bleue. Psihoyos alterne plans terrestres, plans sous-marins, déplacement de sujet, éloignement et péripéties, tissant ainsi sa trame scénaristique, son récit narratif. L’œil pervers du spectateur attend malgré lui les images du massacre, car The Cove n’est encore qu’un thriller et non le film d’horreur gore que nous a promis la bande annonce. Quand enfin lesdites images arrivent, la musique larmoyante envoûte l’espace et c’est les yeux humides, la gorge serrée et la boule au ventre que l’on attend que cela s’arrête. Cependant, un sentiment étrange s’échappe : cette résultante, c’est aussi une mise en scène de nos propres sentiments. Ce que cherche le film militant, c’est de nous faire pleurer sur le malheur de ces cétacés tués dans le mensonge et le secret. Et c’est tout là le problème de cette méthode « Moore » : le guidage forcé du ressenti du spectateur.

The Cove est un bon film. Ne nous faites pas dire ce que nous avons peut-être à contrario pu évoquer. Mais prenons un autre exemple, à simple titre de comparaison : le paradoxal Hotel Rwanda, de Terry George. A défaut d’être un film un minimum raciste et négationniste, ne reste-t-il pas le premier film véritablement visible sur un sujet méconnu de la plupart d’entre nous à l’époque, répondant ainsi à un devoir de mémoire ? The Cove est du même acabit. Remplaçant génocide par massacres perpétuels et – judicieusement –  préjugés, racisme et négationnisme contre une noble attitude pro-militante, le film de Louis Psihoyos n’a pas la gravité de celui de Terry George. Nullement anti-japonais, The Cove ne nie rien ; il prend juste parti. Mais comme Hotel Rwanda, il répond à un « devoir de mémoire », ici prématuré mais loin d’être inutile. Une des forces du cinéma (documentaire comme de fiction) est d’être une arme pacifique mais puissante et de grande ampleur, propre à éveiller les consciences bien plus efficacement que tout autre support par le simple fait de son paradoxe : la manipulation des émotions. Que lève la main celui ou celle qui n’aura pas envie d’agir après avoir regardé The Cove. Même si nous finirons peut-être par ne rien faire, l’envie aura au moins fait une visite. Nous sommes au courant. Le cinéma ne peut pas changer le monde, mais il s’avère qu’il peut aider à le faire.

Image de Après le tournage de The Cove, des dauphins pris au piège à Taiji ont été libérés par les pêcheurs eux-mêmes. Il est indéniable que c’est grâce au travail (qu’importe, au final, sa qualité) de Louie Psihoyos et Ric O’Barry. D’ici deux ans, ils reprendront sûrement, car le cinéma sera parti ailleurs, dans les abattoirs Charal ou les marchés de fourrures de Chine. Pourtant, nous serons toujours au courant.

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En savoir +

The Cove, de Louie Psihoyos
Sorti au cinéma le 30 septembre 2009
Sorti en DVD et Blu-ray le : 3 février 2010
Avec Richard O’Barry, Louie Psihoyos, Simon Hutchins
Documentaire américain, 2009
1h34min
Distribué par EuropaCorp

AlloCiné | Imdb | Bande-annonce

Pour et parce que le cinéma éveille aussi des consciences :

www.takepart.com/thecove
www.opsociety.org
www.savejapandolphins.org

A propos de l'auteur

Image de : Né au beau milieu de l'année 1986, 60 ans jour pour jour après Marilyn, Arnaud n'a rien de la blonde pulpeuse. Très tôt bercé par les courts métrages de Charlie Chaplin, les épisodes de Ça Cartoon et le film Les 7 Mercenaires, qu'il regardait tous les dimanches - joyeux programme - il plongea bien trop vite, passionné par cet art dévorant qu'est le cinéma. Quelques années plus tard, refaisant enfin surface dans le monde réel un bref instant après des années d'inexistence, il se cogna sur une pile de livres... C'était trop tard, il avait déjà recoulé : nouvelle passion qui accompagnerait la première, la lecture et l'écriture seront ses nouvelles compagnes. Depuis, on n'a jamais revu Arnaud.

1 commentaire

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  1. 1
    le Samedi 30 octobre 2010
    filoup a écrit :

    Je n’ai découvert ce film que très récemment et il est indéniable que c’est un génocide de plus mais qui n’intéresse pas les gouvernements en place puisqu’il ne leur apporte aucune compensation économique ou politique. Le titre de ce film n’est pas trop fort vu la sensibilité humaine de ce cétacé. Je suis persuadé que ces pêcheurs sans âmes ont du être lobotomisé à moins que le clonage de zombies soit déjà bien en place.
    Quand on voient ce genre d’individus comme pour les autres génocides d’ailleurs, on pourrait croire qu’il y a bien longtemps, ces êtres soient venus d’une autre planète pour nous coloniser et nous détruire…difficile de croire qu’ils sont humains! Je serai curieux d’établir un ratio pour savoir combien d’individus sont suceptibles d’être une menace pour nous et notre planète…politiciens compris. Tant que l’intellect seul régira la planète, il n’y aura pas d’issue…il y a beaucoup d’imbéciles aussi qui malgré eux gobent tout sur leur passage et recrachent à la lettre près ce qu’ils ont retenu du journal TV tel une utopique bible ou un désir coranique de vouloir être quelq’un avant d’essayer de se connaitre soi-même…pauvre humanité!

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