The Black Box Revelation

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The Black Box Revelation ou l’avènement du rock n’ roll dans son état le plus primal. Sont-ils des génies institutionnalisés ou possèdent-ils des instincts révolutionnaires ? Une troisième option semble d’avantage justifiée. Misons sur un sixième sens musical extraordinairement développé.

Puisant leur énergie dévastatrice, presque sale, au plus profond de leurs entrailles, il est d’autant plus étonnant de voir une telle ampleur artistique dans des corps aussi frêles. Après avoir sorti un premier album Set Your Head On Fire en 2007, ils reviennent cette année avec Silver Threats. Orienté blues, redirigé vers le garage, cet opus a plus d’envergure et de maturité, puisant son inspiration dans les racines mêmes du rock.

Le duo jouait sur la scène principale de l’Eco-Festival du Cabaret Vert, et nous avons profité d’un moment d’inattention post-concert pour rencontrer Dries Van Dijck et Jan Paternoster. Entre connivence, candeur surjouée et esprits fraternels, nous avons sondé les âmes de ces petits génies déglingués, experts Es Garage…

Silver Threats est sorti en début dannée, quattendiez-vous de ce nouvel opus ? Quest-ce qui le différencie de Set Your Head On Fire ?

Dries : On recherche la complexité dans nos morceaux. On voulait que cet album soit plus imprégné de l’univers du blues tout en gardant ce côté garage rock. Il est plus mature que Set Your Head On Fire, plus inspiré peut-être parce qu’en trois ans on a pas mal appris de la scène, de la vie en tournée, nos vies on été pas mal bouleversées.

Jan : Tout comme le rock puise ses racines dans le blues et la soul, nous puisons nos émotions dans nos entrailles. Il est donc important d’être le plus limpide possible. Cela ne veut pas dire que tes émotions sont dénuées de complexité. Au contraire, tes pensées sont un enchevêtrement de sentiments plus complexes les uns que les autres, mais elles viennent à toi naturellement, de la manière la plus simple qui soit. C’est dans cette optique que l’on visualise notre musique. Simple et efficace dans la forme et torturée dans le fond. (Rires)

Love Licks apparait vraiment comme un titre langoureux, sensuel, presque à la limite du sexuel tout en gardant cet aspect garage pesant et acéré qui vous est propre Que pouvez-vous nous dire sur ce morceau ?

Jan : « Hell yeah here comes my girl » !

Dries : Sexy ! Ça parait toujours simpliste ou idiot de dire ça comme ça, mais le sexe est directement associé à la musique. L’un ne va pas sans l’autre. Cela représente une énergie créatrice considérable. Un moteur, une source presque intarissable. C’est peut-être pour cela que les filles préfèrent ce morceau… (Rires)

Jan : On y prête peut-être trop souvent attention, non ?! (Rires) Enfin moi je dis ça parce que c’est ma copine qui m’a inspiré ce morceau. C’est rassurant et stabilisant de savoir que peu importe le temps que tu pars en tournée, il y a toujours une personne qui t’aime, qui t’attend et t’accueille à bras ouverts.

Dries : Bien, moi je n’ai qu’un chien à la maison ! (fou rire général)

Sympa pour ton chien ! (Rires)

Dries : Détrompes-toi, je l’aime énormément, mais ce n’est pas pareil. (Rires)

Jan : C’est l’un de nos titres préférés sur cet album si ce n’est le premier. Parce qu’on est vraiment à fond tous les deux. C’est l’un des titres le plus représentatif de notre évolution notamment au niveau scénique. La guitare fusionne avec la batterie, laissant le champ libre à la voix.

Dries : C’est certainement en cela qu’il est beaucoup plus complexe, au niveau de sa construction. On adore le jouer.

Il est peut-être un peu tôt pour le demander, mais avez-vous déjà un troisième album ou de nouvelles compos en tête ?

Dries & Jan : Oui oui oui !

Dries : On va sérieusement commencer à y travailler cet automne.

Jan : C’est vrai que la configuration estivale n’est pas super propice à la création. Quand tu fais des festivals, peu importe leur taille, tu n’as pas vraiment le temps d’y penser, hormis lors de certains moments d’égarements dans le tour bus ! (Rires)

Dries : On donne toujours le maximum de nous-mêmes sur scène et on veut que ce soit identique pour nos compositions studio.

Jan : En studio on enregistre toujours tout en live. On veut que le son qui en ressort soit proche du live, proche de la réalité effective. Pour nous, la musique doit être essentielle, spontanée, pure et, avant tout autre chose, rock’ n’roll. C’est de là qu’on tire notre identité quelque peu dépouillée… (Rires)

Dries : On a vraiment hâte d’avoir un peu de temps devant nous pour pouvoir vraiment bosser sur de nouvelles compos. Quand tu commences à composer, je crois que tu ne peux plus vraiment t’arrêter !

Jan : J’espère que rétrospectivement, quand on écoutera Silver Threats ou Set Your Head On Fire dans quelques années, on se dira qu’on a vraiment évolué. Notre pire cauchemar serait de nous rendre compte que nous sommes restés au point mort, dans un état de marasme. Enfin, si on a toujours la chance de faire ce qu’on aime ! Ce que j’espère parce que je me vois mal exercer un tout autre métier aujourd’hui… (Rires)

Votre musique est souvent associée au psychédélisme et au rock dans son état le plus pur, ça me fait beaucoup penser à Pink Floyd et leur univers si particulier

Dries : J’adore ce qu’ils font ! Ces mecs sont tarés, mais dans le bon sens du terme hein ! (Rires)

Jan : Oui, j’aime beaucoup aussi…. (Rires)

Dries : Quoi ? Comment ? Je pensais que tu les détestais !

Jan : Je les détestais, mais maintenant j’adore ! (Rires) Non pour être honnête je trouve qu’ils ont vraiment de très bon morceaux, mais dans 60 % des cas, je suis paumé ou leurs compos me sont totalement étrangères . Ils vont trop loin dans ce psychédélisme, ils le poussent jusqu‘à son paroxysme… Je n’y adhère pas vraiment…

Cest vrai quil ny a pas vraiment de juste milieu, mais c’est en allant dans ce type de retranchements quils ont pu ouvrir une voie réelle aux albums conceptuels, et le rock progressif a fait un bon en avant incroyable grâce à ces extraversions

Jan : Je suis totalement d’accord. Je trouve ça incroyable qu’un groupe de la scène underground londonienne ait pu ouvrir de tels accès. Mais de toute évidence, je me sens beaucoup plus proche de leur style progressif que de leurs albums-concepts ! (Rires)

Vous semblez vouloir vous affranchir des clichés rock’nroll et il en ressort une incroyable simplicité musicale. Un duo batterie/guitare suffit à transporter la foule

Jan : C’est difficile de garder les pieds sur terre dans ce milieu. Tout te pousse à aller dans des voies tortueuses. Ces clichés ne correspondent qu’à une infime partie de la réalité. Ce qui m’aide à rester « un mec bien » c’est de savoir que ma petite amie est là. Personnellement, je ne pourrais pas vivre uniquement de musique et d’eau fraîche. Je pense qu’à un moment, ça devient un cercle vicieux et que tu finis par te lasser de tout cela. Il faut savoir vivre et se détacher de la musique, des concerts, des tournées, de l’alcool ou je ne sais quelles autres substances… (Rires)

Image de The Black Box Revelation | Nicolas Aubry Serait-ce ta propre définition dun monde parfait ? Un juste milieu entre la passion et la raison

Jan : C’est-ce que j’aime à croire en tout cas ! (Rires)

Dries : Je ne pourrais pas être tout le temps chez moi ! Je m’ennuie trop vite, tourne en rond, c’est à devenir fou ! Être en tournée, rencontrer de nouvelles personnes, être sur scène et vivre chaque instant comme si c’était le dernier, être dans les extrêmes tout en restant soi-même. C’est comme garder une petite part de conscience dans le monde quelque peu irréel dans lequel on vit actuellement.

Jan : On veut avant tout pouvoir se lever chaque matin et affronter sans honte notre propre reflet dans le miroir… C’est quelque chose que tu te dois de garder en tête si tu ne veux pas sombrer.

On vous pose souvent les mêmes questions, alors si ce choix vous était pour une fois proposé, quelles questions aimeriez-vous que lon vous pose ?

Dries : Est-ce qu’on compte avoir un bassiste ? Non, la plupart du temps ils ne servent à rien !

Jan : Il y en a qui sont assez doués, mais on aime cette simplicité, le fait d’être à deux. C’est plus intense. Et quoi qu’il arrive on reste à deux pour faire face à nos choix et nos revirements artistiques et c’est déjà pas mal, non ?! (Rires)

Dries : Ce n’est pas trop difficile d’être seulement deux sur scène ? (Rires) C’est toujours les mêmes questions ! Sérieusement, à la fin de la journée on n’en peut plus, mais bon c’est le métier qui rentre ! (Rires)

Jan : (Il jette un œil sur mes notes) Hey, c’est quoi cette question à propos des Stereophonics ?

Rien, il mest juste venu à lesprit ce matin que ta voix possède ce timbre particulier qui est totalement typique de Kelly Jones, le chanteur des Stereophonics

Jan : C’est vraiment marrant parce que l’on m’a souvent comparé à Mick Jagger, Iggy Pop, Peter Hayes, Craig Nicholls entre autres et j’en suis extrêmement fier d’ailleurs, mais jamais à Kelly Jones. Je trouve ça d’autant plus intéressant qu‘il a une p*tain de voix ! (Rires) J’aime beaucoup ce groupe, ce qu’ils font est simplement génial.

Crédits photo : Nicolas Aubry, février 2010

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A propos de l'auteur

Image de : Mes passions ont toujours été dévorantes et poussées à leur paroxysme. Les mots sont un exutoire idéal et mon admiration est totale envers des écrivains tels que Robert Heinlein, Hubert Selby Jr., Bret Easton Ellis, Franz Kafka ou encore Albert Camus. http://www.tasteyourmusic.wordpress.com

1 commentaire

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  1. 1
    le Dimanche 5 septembre 2010
    Rod a écrit :

    Magnifique.

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