The Bewitched Hands : la classe américaine

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Avec leur énergie communicative, les Bewitched Hands remuent les salles de France et de Navarre depuis la sortie de leur premier album Birds & Drums, fruit de trois ans de travail.

Nous arrivons à coincer ces hyperactifs dans un café des Grands Boulevards. Quelques mois après une interview à leur retour de New York, ce sont encore les États-Unis qui reviennent dans la conversation, et qui nourrissent l’imaginaire de The Bewitched Hands. Bien décidés à ne plus être seulement assimilés à un groupe qui commence en Arcade et finit en Fire, les Bewitched reviennent sur leur parcours d’une seule voix, from Reims to Austin, Texas

Il a fallu longtemps avant que je réalise que vous êtes un groupe français…

C’est vrai que l’on nous prend souvent pour des Canadiens ou des Ricains. C’est peut-être à cause des chemises à carreaux ou des barbes, mais on a changé, on n’en met plus désormais ou peut-être moins…

C’est compliqué de faire du rock en France ?

Il suffit d’avoir un garage et une guitare.

Je veux dire d’en vivre ?

Faut 15 ans ! (rires)

On a eu vachement de chance, nous on est un cas un peu particulier, car il y a tout ce truc de la scène rémoise avec Yuksek, The Shoes, Brodinsky… En fait, notre tourneur, on l’a eu suite à notre reprise de Yuksek car il l’avait bien aimée. Il y a eu une sorte d’émulsion créatrice, où tout le monde collabore avec tout le monde, donc nous c’est un peu spécial.

Mais c’est dur d’être un groupe de rock en France, enfin comme nous on l’entend, du rock indé avec comme influences des trucs comme Pavement, parce qu’il n’y a pas vraiment de scène. Bon, je ne parle pas de Noir Désir, ça, c’est autre chose et ce n’est pas trop notre truc.

Il y a beaucoup plus de petits labels aux États-Unis, en Angleterre et même en Belgique, en Allemagne aussi.

Tu veux dire que les labels français ne prennent pas le risque de signer des groupes indé ?

C’est en train de changer…

À l’époque ou nous on a signé, les trucs dans notre style, il y en avait peu. C’est pour ça que je te disais que l’on a eu de la chance qu’on se soit intéressé à nous. Aujourd’hui, tu as plein de trucs qui commencent à sortir. C’est cool, je pense que la scène française est en train d’évoluer positivement.

Tu parlais d’une émulsion venant de Reims, mais si vous étiez venus de Nogent-le-Rotrou ou de Bourg-sur-Yvette, cela ne se serait pas fait ?

Image de The Bewitched Hands | Paris | Melchior Tersen Peut-être pas, par moment suffit juste d’un coup de bol. Nous c’était Tonight de Yuksek, s’il n’y avait pas eu ça, on serait peut-être encore dans les bistrots de Reims.

Il suffit d’un programmateur qui passe la reprise de Yuksek dans un bar. Il n’y a pas que ça, mais c’est à partir de ce moment que ça a accéléré les choses, ça nous a menés aux Trans’Musicales et c’est quand même impressionnant. T’as jamais fait de festival et tu te retrouves devant un public où il n’y a que des pros. Et on a eu de la chance, car on a fait un super concert, j’entends qu’il n’a pas eu de merdes sur scène. De là ont découlé d’autres festivals : GéNéRiQ , le Printemps de Bourges, les Eurockéennes, alors qu’un an avant on jouait dans des bars au fin fond de la Belgique ou à Lille.

J’ai lu que lors de votre date aux États-Unis vous aviez vu Pavement et Sonic Youth ?

C’était mortel, en plus le pur hasard. On ne le savait pas, mais un pote bossait sur la tournée et notre hôtel était situé à 200 mètres. On a eu des invits.

Vous n’avez même pas payé les places ?

On est arrivés par les backstages on a croisé Beck, les mecs de Pavement… On était sur la même liste que Raymond Petibon, le coup de bol extraordinaire !

Et vous jouiez le lendemain…

Ouais, mais pas sur la même scène, d’ailleurs les mecs de Pavement sont venus nous voir.

Vrai ?

Non ! On a invité Beck mais il est pas venu….

Et vous étiez déjà allés aux USA ?

Non, la première fois pour nous six, c’était à l’occasion du festival South By South West, il y a plus d’un an. La musique que l’on fait prend un sens particulier là-bas. Le gamin américain de 14 ans, que ce soit aux États-Unis ou en Angleterre, musicalement il va pouvoir se référencer. Les groupes que nous on a écoutés, lui il a grandi avec, tu joues devant un public qui apprécie vraiment la musique.

On lit souvent des comparaisons avec Arcade Fire, mais si on devait vous comparer à un groupe, cela serait plutôt quoi ?

Alors, ça va dépendre de chacun, mais Arcade Fire, on en a un peu marre de se faire comparer à eux, c’est un raccourci…

La première fois où on a vu ça, on a halluciné. Moi j’aime bien les groupe comme Pavement, les premiers Beck, tous ces trucs où il y a un peu de second degré, où ça joue avec les codes de la musique. Et pour moi Arcade Fire, c’est complètement l’inverse, ça joue au premier degré, super flambant.

C’est pas très grave dans le fond, ça nous fait plaisir en plus Arcade Fire c’est un super groupe, mais des fois c’était limite si on ne les avait pas plagiés. Eux, ils ont un côté super sérieux exalté qui ne nous correspond pas vraiment. Des fois, on a l’impression qu’on nous juge comme des opportunistes, qui font un truc sur la vibe d‘Arcade Fire et qu’on profite de ça. Mais sur l’album, on ne leur ressemble pas.

Mais il y a un coté positif, quand t’est un groupe comme nous, pas connu, une comparaison dans Les Inrocks ça parle à tout le monde. Donc ça nous sert plus ce ça nous nuit.

Genre vous ne feriez pas leur première partie ?

Hoo mais si, surtout qu’on adore leur album. Le premier est terrible, on était influencés par les mêmes groupes.

Vous vivez de la musique ou vous avez un job par ailleurs?

Ça fait plus de 2 ans et demi qu’on joue beaucoup. On est intermittents, donc en deux mois on doit faire un certain nombre de cachets. C’est cool, mais super instable. La Porsche que j’ai achetée je vais peut-être devoir la rendre dans un an (rires).

La pochette de l’album est très chouette, c’est de qui ?

C’est un artiste coréen qui l’a réalisée, c’est lui qui avait fait la pochette de notre premier 45 tours, The Sea. C’est bien d’avoir une continuité visuelle. On avait reçu plein de propositions pas forcément toutes terribles (rires).

Ca doit être drôle et gênant de recevoir des propositions que l’on trouve désastreuses ?

On a essayé d’en faire nous-mêmes, mais c’était affreux et avec la pochette de Hard To Cry, ça ne correspondait pas à ce qu’on avait l’habitude de voir. Du coup on a tous flashé.

Hier, il y avait les Victoires de la musique : si vous étiez nominés dans ce genre d’événement, que ressentiriez-vous ?

C’est très dur à regarder, c’est très ennuyeux. Ça m’est déjà arrivé de tomber dessus et c’est super chiant, de toute façon dans ce genre de truc, tu sais avant si t’as gagné ou pas. On ne gagnera jamais les Victoires, mais quand tu vois les gens qui gagnent, même si on a rien contre Gaëtan Roussel, c’est des gros trucs…

C’est quoi votre public ?

C’est assez large, mais il y a souvent des gens à la fin des concerts d’environ 50 ans qui me disent que ça leur fait penser à tels groupes. Il y a aussi des gens plus jeunes, bien sûr, mais les cinquantenaires ont vraiment un regard particulier, ça les renvoie à des influences qu’ils ont connues : les trentenaires qui ont connu Nirvana, les groupes des années 90, Blur et compagnie… ça parle grave aux gens de notre âge.

Et aux très très petits aussi, aux enfants, pour le coté chansons entêtantes.

Manoeuvre avait dit que vous étiez le futur du rock, mais dans la même interview, il disait du chanteur Katerine que c’était rock et très bien.

L’un dans l’autre, quand le premier album de Kyo est sorti, il avait dit dans un an, on en entend plus parler…

C’est un mauvais prophète ?

Haa non, tu nous fais dire des trucs qu’on n’a pas dits ! (rires) Un compliment ça fait toujours plaisir, c’est comme l’histoire des Victoires de la musique, après tu peux chier dessus, mais quand on te récompense pour un travail qui t’a tenu à coeur, bah c’est agréable.

Un groupe qui pour vous est sous-estimé ?

Toujours le même… Les Shaggs !!!

Et un groupe surestimé ?

Ho yen a beaucoup quand même …difficile… U2 ? Radiohead ? Non Radiohead, quand même, n’a rien avoir avec U2. Oh non je sais Oasis ! Ouais Oasis.

Crédit photo : Melchior Tersen

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A propos de l'auteur

Image de : Melchior 22 ans, aime roder en écoutant du hip-hop ou du rock, écrire des reports sur des groupes de hardcore, prendre des photos qui n'interressent personne, B2ObA, Burzum, les films de Cronenberg, les loups, George Michael et Tears For Fears ....

2 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 1 avril 2011
    Domino a écrit :

    Moi niveau groupe surestimé, je dirais bien The Bewitched Hands tiens…

  2. 2
    le Jeudi 14 avril 2011
    laure a écrit :

    The bewitched hands en live http://bit.ly/hdmZeL

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