Telepathe

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On les avait vues danser et manger des chamallows à la bougie sur Youtube, leur passage au festival La Route du Rock était l'occasion rêvée d'en savoir plus sur le duo arty du moment.

telepathe3Le synthétique mêlé à l’organique. La candeur fricotant avec la noirceur. Dance Mother, le premier album du duo de Telepathe regorge de contrastes et aime brouiller les frontières entre pop et électronique. Les refrains catchy fondent dans un brouillard de rythmes et de nappes de synthétiseurs, une approche qui n’est pas sans risques : constamment sur le fil, le style peut décevoir les partisans de voix rock comme les amateurs de beats syncopés. Pour notre part, on se réjouit de leurs ritournelles pas si légères.

Il parait que vous aviez un groupe de punk avant Telepathe ?

Busy : On jouait ensemble dans un groupe qui s’appelait Wicked, avec deux autres filles. Ca ressemblait à du punk rock, en tout cas la batterie et les guitares étaient très différentes.

Qu’est ce que cette expérience a apporté à votre musique ?

Busy : Cela nous a permis de jouer live et de faire des arrangements mais notre musique est tellement différente maintenant, c’est presque complètement l’opposé de ce que nous faisions.

Melissa : Ca nous a aidé à savoir qu’on voulait faire quelque chose de complètement différent de ce qu’on faisait alors, et explorer de nouvelles frontières.

Busy : Je pense que ça nous a apporté une sensibilité, une sensation du live, même si on fait plus de la musique électronique maintenant.

Avez-vous commencé à travailler ensemble dès que vous vous êtes rencontrées, ou seulement après quelques temps ?

Melissa : La première fois que j’ai rencontré Busy, c’était avec notre précédent groupe. On répétait et on cherchait une batteuse, elle a fait des répétitions et on l’a prise.

Les titres de Dance Mother sont parfois très déstructurés et proposent des rythmes très différents, c’était un choix ?

Melissa : Oui et nous le ferons aussi sur notre prochain album. C’était une expérience, on l’a fait consciemment, mais c’est assez compliqué, le jouer tous les soirs c’est comme si quelqu’un perçait un trou dans mon cerveau ! (Rires)
Je pense que des rythmes samplés communiquent beaucoup plus.

Vous ne vouliez pas des structures pop classiques, quelle a donc été votre base de travail ?

Melissa : Si en fait ! On vient d’un milieu assez expérimental…

Busy : Je viens d’un milieu classique, j’ai grandi en étudiant le piano.

telepathe4 Melissa : Je parlais de notre groupe de punk. on ne faisait pas de la musique d’une manière sturcturée du tout. On était blasées. En tout cas moi j’étais blasée de travailler sans structure et je voulais faire des chansons pop. Cet album était un apprentissage sur comment faire de la musique pop et la dernière chanson ajoutée, So Fine, qui est selon moi la plus réussie de l’album, est aussi ce que nous avons pu faire de plus proche de la pop music. Le prochain album ne sera QUE de la pop music !

Vous semblez penser beaucoup au prochain album, vous avez déjà des idées ?

Melissa : Je pense toujours à faire de nouvelles choses. Dance Mother aura deux ans en novembre prochain et on a beaucoup tourné depuis, presque non-stop, donc j’ai très hâte de commencer.

Dave Sitek de TV On The Radio a produit votre album. Il y a souvent un côté assez sombre dans les compositions de ce groupe, est ce que cela s’est ressenti à l’enregistrement de Dance Mother?

Busy : Je pense au contraire qu’il a apporté plus de clarté à nos compositions, notre musique avant était plutôt sombre. Il a vraiment apporté quelque chose de brillant, de chatoyant aux chansons, les a rendues plus joyeuses en fait !

En tant que producteur, il apporte donc plutôt une certaine énergie, à l’image de son travail avec Yeah Yeah Yeahs et Foals ?

Busy : Oui, c’est vraiment une boule d’énergie, c’est très drôle de faire un album avec lui ! (Rires)

Quelle a été la technique la plus impressionnante qu’il a pu vous apprendre ?

Melissa : Il y en a eu tellement. je ne sais même pas comment les cataloguer. En fait je les ai cataloguées dans ma tête mais je ne peux pas penser à un seul exemple.

Busy : On avait un home studio dans une chambre où on a fait les chansons qu’on a ensuite apportées à son studio. Ce qu’il aime faire c’est additionner les couches dans une chanson, jusqu’à ce qu’il y ait une centaine de pistes. Je pense que ce que j’ai retenu, c’est de toujours avancer et de ne pas retenir les idées, mêmes si elles semblent mauvaises, mais juste voir où elles vont et revenir en arrière si ça ne va pas.

Le morceau Lights Go Down révèle des influences hip hop, c’est ce que vous écoutez en ce moment ?

telepathe5 Melissa : Lights Go Down est effectivement très influencée par le hiphop. On en écoute beaucoup en ce moment toutes les deux, c’est d’ailleurs l’un de mes styles de musique préférés. Je suis vraiment une fan de musique, je télécharge beaucoup et je suis obsédée par l’idée d’écouter de nouvelles choses. Du coup je n’ai pas écouté beaucoup de hip hop ces temps ci. J’ai plutôt écouté des groupes français des années 80, de la cold wave française. J’adore les rythmes.

Busy, dans des vidéos, on te voit danser sur scène avec d’autres danseuses, est-ce un aspect que tu souhaites développer dans le live ?

Busy : Oui, c’est quelque chose que je souhaite développer depuis quelques temps, mais on a jamais eu assez de temps d’argent ou de place sur scène ! On a eu des danseuses quelques fois, deux filles de New York avec qui j’ai travaillé. On a joué avec elles dans le New Jersey, elles seront avec nous pour notre prochain concert à New York en septembre. J’ai fait les chorégraphies avec elles, ce sont des danseuses très entrainées. Quoique, de façon générale, je ne veux pas forcément travailler avec des gens très entrainés.
On aime l’idée d’avoir une meilleure production scénique avec de meilleurs éclairages, des danseurs, on y pense depuis un moment sans en avoir encore les moyens de la réalisation.

La scène de Brooklyn est florissante en ce moment, avez-vous une explication ? Y-a-til plus d’opportunités ?

telepathe2 Melissa : Il y a vraiment une forte communauté musicale, des gens arrivent tous les jours et créent un groupe! Il ya beaucoup de lieux accessibles pour jouer. Pour un même concert, il y a six ou sept groupes à l’affiche. Mais je ne suis pas sûre de comment c’est devenu si important. En fait c’est moi qui devrait vous poser la question, parce que cette question est revenue partout où on est allées, dans tous les pays, même au Japon, en Nouvelle Zélande.
Moi je n’avais pas réalisé que c’était arrivé dans ces proportions. Peut-être que c’est la presse anglaise qui a lancé la mode, ça me fait penser au phénomène du grunge dans les années 90. Maintenant, c’est la musique expérimentale de Brooklyn. Comme on tourne depuis un an, je ne suis plus vraiment là bas, mais ça a l’air énorme.

Busy : Je ne sais pas ce qui fait cette particularité, mais il y a beaucoup de groupes, de salles, surtout dans le coin de Williamsburg. On peut commencer un groupe, jouer une semaine plus tard et avoir du monde au concert, il y a toujours un public intéressé. Les gens font même des concerts dans leur salon !

Melissa (étudiant l’affiche de la Route du rock) : Grizzly Bear vient de Brooklyn, A Place To Bury Strangers, Crystal Stilts .

Est-ce que cela vous permet de faire des rencontres ?

Busy : En fait on rencontre tous ces groupes.en tournée !

Melissa : On a rencontré Chairlift à Paris, Au Revoir Simone à Bruxelles.

Busy : Je n’ai jamais rencontré MGMT, ni Amazing Baby . Je ne les connais vraiment pas personnellement.

Quelles sont vos idées pour de prochaines compositions, que souhaitez-vous explorer ?

Busy : J’aimerais de la musique avec une structure plus conventionnelle, j’ai l’impression qu’on a déjà beaucoup exploré d’idées bizarres.

Faire de la musique est une sorte d’expérience spirituelle pour vous ?

Melissa : Je le crois, faire de la musique est pratiquement la seule forme de spiritualité que j’ai dans ma vie.

Busy : C’est la seule chose qui me fait me sentir vivante, ça crée du sens.

Merci à Super! et à Coopérative Music.

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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