Tarnation – Jonathan Caouette

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Dès l’âge de huit ans, Jonathan Caouette immortalise sur pellicule des moments phares de sa vie. Une vie qui n’a rien de banal, de joyeux, ou même de simplement optimiste. Une enfance et une adolescence à mille lieues de la candeur.

tarnation1A 31 ans, il réalise Tarnation, une autobiographie visuelle psychédélique, composée de montages de ses vidéos personnelles, d’interviews des membres de sa famille, mais aussi d’images de clips, et nous invite ainsi à replonger avec lui dans son Enfer personnel.
Son oeuvre a séduit le réalisateur Gus Van Sant, qui a produit le film et l’a présenté au festival du film de Sundance. Malheureusement peu connu en France, le film a tout de même remporté le grand prix, lors de sa présentation au festival du film de Los Angeles.

Le film commence lorsque Jonathan écoute, sur son répondeur téléphonique, un message lui informant que sa mère, Renee, est hospitalisée suite à une tentative de suicide au lithium. Cet événement va le pousser à replonger dans la tourmente de son enfance et de son adolescence, à travers un enchevêtrement d’images. Images sombres, glauques, malsaines, images qui tourbillonnent devant les yeux écarquillés du spectateur, images sans cesse en mouvement, un mouvement descendant qui nous entraîne malgré nous, jusqu’au fond, en nous prenant à la gorge et en nouant nos tripes.

Au centre de la vie de Jonathan, il y a Renee LeBlanc, sa mère. Très jolie petite fille, modèle pour les magazines locaux, Renee interrompt brutalement son ascension en chutant, littéralement, du toit de la maison de ses parents. Les pieds joints, droite comme un I, Renee ne plie pas les genoux. La fillette, immobilisée, s’enferme dans la dépression, une dépression contre laquelle les électrochocs qu’elle subira ne pourront rien. Des années plus tard, elle met au monde son unique fils, Jonathan .

De famille d’accueil en familles d’accueil, de viols en addictions, Jonathan, très jeune, est placé au centre d’une existence qui ne l’épargne pas. Lourd héritage maternel, d’une mère qui ne peut pas s’occuper de lui, d’une mère dont il tentera plus tard de s’occuper lui même, lorsqu’il aura finalement trouvé refuge auprès des Davis, ses grands parents, dont il se servira pour mener l’enquête familiale que constitue ce film. Une enquête à base d’inceste, de drames, de pulsions suicidaires et de vertigineuses descentes aux Enfers.

Homosexuel, Jonathan doit également faire face aux jugements rigides et absurdes de ceux qu’il croise. Son exutoire : le jeu, devant la caméra, interpréter des personnages tout aussi mal dans leur peau que lui l’est, des personnages traumatisés, blessés par la vie, dont l’existence relève presque du vaudeville tant elle semble surenchérir dans le malsain.
Des témoignages pourtant proches du sien, de longs cris d’angoisse transfigurés par le sanglot, c’est sa vie, ce mal qui le ronge, et qui nous rongera longtemps aussi.

Au bout du tunnel, du bon côté, nous retrouvons finalement Renee, accrochée à une vie qu’elle ne maîtrise pas, dont seul l’amour de son fils semble à même de la sauver. Malgré la noirceur, malgré les drames, malgré les larmes et les vies qui se déchirent, c’est un message d’espoir qui résonne dans nos têtes lorsque le chef d’oeuvre s’achève : With all its shame, drudgery and broken dreams, this is still a beautiful world.

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Le blog de Jonathan Caouette : http://jonathancaouette.blogspot.com/

A propos de l'auteur

Image de : Enfermée à l’extérieur sur le balcon de la Tour Sombre, Alex trouve parfois le courage de s’arracher à l’emprise du Crimson King. Elle ajuste alors sa longue vue et observe d’un air narquois le spectacle du rock, du cinéma et de la littérature qui déclinent. Il lui arrive quelquefois d’être agréablement surprise, mais c’est rare tant elle est consubstantiellement cynique. Son premier roman, Unplugged, est paru en 2009, puis un second en 2010, intitulé Omega et les animaux mécaniques, inspiré par l'album Mechanical Animals de Marilyn Manson.

4 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 5 janvier 2009
    Dahlia a écrit :

    Question à cent balles et un mars: son nom vient-il de cette chanson de Gainsbourg?

    http://www.youtube.com/watch?v=AYHJC1pmUnc

    (tiens je réalise qu’on l’entend dans Les lois de l’attraction d’ailleurs ^^)

    En fait, il a fait une sorte d’autofiction filmée? :)

  2. 2
    le Lundi 5 janvier 2009
    Alex a écrit :

    C’est son vrai nom… Non mais quand je dis qu’il a pas eu une enfance facile, c’est pas pour rien !
    Autofiction filmée, oui c’est un peu ça… Même thérapie par l’image dans son cas ; quoique c’est plus centré sur sa maman que sur lui même.

  3. 3
    le Lundi 19 janvier 2009
    Danie a écrit :

    Bonjour à toute l’équipe,
    Navrée pour le commentaire hors sujet mais je ne sais pas où vous écrire pour savoir s’il est possible de vous suggérer des chroniques ?
    En bref, je serais ravie de lire une chronique de Discordance sur :
    - Hurricane, le nouvel album de Grace Jones (après tant d’années de silence),
    - Hobo, le nouvel album de l’émergent Charlie Winston (magnifique blues barré).
    Merci merci ! :-)

  4. 4
    le Lundi 19 janvier 2009
    Domino a écrit :

    Bonjour Danie,

    je vais me faire un plaisir de te répondre.

    Je me suis occuppé de chroniquer le nouvel album de Grace Jones, la chronique m’a pris du retard a cause de certains problèmes personnels. Je vais très bientot rendre ma copie. Surveille donc régulierement le site, ca ne tardera pas trop ;)

    Merci a toi de ta visite.

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