Talons aiguilles et business plan : quand les femmes deviennent entrepreneures

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Dans son sketch « L'entreprise », en incarnant une imposante femme PDG, Florence Foresti avait, semble t-il, senti le vent tourner. Derrière ce trait d'humour se cache une réalité largement ignorée : en France 30% des chefs d'entreprises sont des femmes. Leurs profils, leurs projets, et leurs secteurs sont bien sûr différents, mais la plupart se rejoignent sur un point : fonder leur entreprise a été une façon pour elles de s'engager.

Image de Ingrid Leyret, directrice de l’entreprise Comptoir de Vie, demi-finaliste du Prix Entrepreneure Responsable 2011 L’état des lieux de l’insertion professionnelle des femmes sonne souvent l’heure de la comptabilisation des cadavres : précarité de l’emploi, molle insertion sociale, salaires moins élevés, chômage, lois mal appliquées. A chaque fois le même constat : en général les femmes sont beaucoup plus diplômées que les hommes, mais à l’arrivée elles s’insèrent moins bien sur le marché de l’emploi. Pourtant, dans le fouillis des statistiques accablantes se cache une lueur d’espoir : les femmes entreprennent.

Devenir son propre chef est souvent pour elles l’occasion de changer d’orientation professionnelle et de mieux organiser leur temps de travail. Mais, par-dessus tout, c’est un moyen de s’engager pour  une cause en laquelle elles croient. Ingrid Leyret, diplômée d’une école de commerce, spécialisée en web marketing, compte parmi ces dirigeantes engagées. Après avoir travaillé près de huit ans pour de grosses boîtes, sa vie change quand sa mère développe un cancer en 2007 : « En cherchant sur internet des soins spéciaux, je me suis rendue compte que peu de sites proposaient des produits de beauté ou des accessoires adaptés aux malades du cancer. A l’époque je n’avais pratiquement rien trouvé ». La perte de son emploi suite à un congé maternité est pour elle l’opportunité rêvée d’ouvrir sa propre entreprise, Comptoir-de-vie, un site marchand proposant des accessoires et des produits de beauté adaptés aux personnes souffrant de cancer, ou en souffrance physique. « Je me sentais entrepreneure dans l’âme et je voulais travailler dans quelque chose qui fait sens. ». Cette volonté de défendre une idée, des valeurs et de donner du sens à ses actes a aussi guidé Fétia Van Hecke vers la création d’entreprise. Sur son site, Noire ô naturel, elle tient à sublimer les beautés ethniques. Ardente défenseure du tout naturel et de l’éco-attitude, elle maudit les pratiques telles que le blanchissement de la peau, et affirme « vouloir donner aux femmes les clés pour se réapproprier leur beauté naturelle grâce à des produits certifiés bio-équitables. Souvent la peau et le cheveu noir sont assez mal connus et les femmes ignorent comment les soigner ».  Après avoir mûri le concept deux ans, elle crée en septembre 2010 la marque Noire ô naturel, promue par un site, une boutique et un blog.

Grâce à la mise en avant d’un concept innovant, ces femmes ont réussi à imposer leur projet sans rencontrer, elles l’assurent, plus de difficultés que les hommes qui créent une entreprise.

Une main de fer dans un gant de velours

Selon une étude de l’APCE (Agence pour la création d’entreprise) datant de 2007, le fait que la plupart des femmes s’engagent à travers leurs entreprises explique non seulement qu’elle soient très présentes dans les secteurs des services aux particuliers mais aussi que leurs entreprises soient plus petites que celles dirigées par des hommes, puisqu’elles dépassent rarement les 49 salariés. Le plus souvent donc,  la créatrice est seule à la barre et porte plusieurs casquettes. Et c’est là qu’être une femme donne une dimension autre au poste de PDG. En général plus diplomates, moins brutales et plus subtiles que les hommes, les femmes savent orienter fermement leurs choix et obtiennent des résultats dans la douceur. C’est la technique de la main de fer dans le gant de velours. Ruth Padrun, la directrice de l’IRFED Europe estime que si « les femmes sont plus prudentes que les hommes, cela ne les empêche pas le moment venu d’être déterminées et dynamiques ». D’autre part, elles doivent en général trouver le bon équilibre entre la vie d’une femme d’affaire et la vie de mère et d’épouse, ce qui leur confère des capacités de gestion, d’organisation et d’adaptation. « Les femmes que nous suivons ont souvent des craintes sur leur capacité à faire le travail de comptabilité et de gestion. Lors des formations notre objectif  est de leur montrer que ce sont des choses qu’elles font quotidiennement dans leur foyer. » a déclaré Mme Padrun.

Objectif atteint. En général, cette prise d’indépendance fait rarement l’objet de regret. 84% des femmes se disent heureuses d’avoir monté leur entreprise, si c’était à refaire 75% d’entre elles prendraient la même décision. Cependant les vieux schémas ont la vie dure et les femmes qui se lancent dans l’aventure acceptent aussi de vivre avec le poids d’une sorte de schizophrénie : habitus sociaux obligent, l’entrepreneure et la mère au foyer peinent encore à habiter le même corps, souvent par manque de soutien de l’entourage. Si les choses ont beaucoup évolué, la route est encore longue. Peu valorisé, l’entrepreneuriat féminin reste un vivier d’emplois et un important facteur du dynamisme économique qui s’impose chaque jour un peu plus comme un pari gagnant.

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En savoir +

Crédit photo : Comptoir de Vie

Site du réseau des femmes chef d’entreprises dans le monde, réseau remettant le 31 mars le Prix Entrepreneure Responsable : www.europeanpwn.net

Comptoir de Vie: http://www.comptoir-de-vie.com/

Noire ô Naturel : www.noireonaturel.com

Site de l’IRFED Europe : www.irfed-europe.org

(Site d’Ingrid Leyret)

A propos de l'auteur

Image de : Priscilla n'a aucun lien de parenté avec le King (même si cela aurait arrangé bien des choses), pourtant elle fait tout pour mener sa vie au même rythme que sa musique. Enfant élevée à l'ombre des manguiers et des goyaviers, à l'imaginaire nourri par les écrits de milliers de pages, elle a vite compris la puissance de la plume. Elle voulait un métier où on écrive beaucoup, elle l'a vite choisi. Curieuse de tout, passionnée de littérature, de musique de cinéma, elle est farouchement indépendante, malgré une cacaolie maintenant complètement assumée. Elle ne sait pas ce que la vie lui offrira mais espère la vivre sans aucun regret."

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