Sziget : dans les starting-blocks du festival hongrois

par |
Depuis 1993, le Sziget Festival réunit les festivaliers les plus aguerris sur l’ile d’Obuda, à Budapest. Cette année, le Woodstock hongrois propose pas moins de 500 concerts et 1000 performances pour les 400 000 personnes venues prier à la mecque des festivals.

Lundi 8 août : Jour – 1

Partis la veille depuis la place de la Nation à Paris, c’est en bus que nous arrivons sur le site du festival vers 10h. Soit après une vingtaine d’heures de route, et une nuit plutôt fatigante à cause des pauses toutes les deux heures pour que les chauffeurs se relaient.

La première chose à faire est donc évidemment de planter sa tente, ce qui est possible à peu près n’importe où, car bien qu’il y ait des emplacements de camping, il semblerait qu’on puisse s’installer où l’on veut. Un vieux briscard habitué des festoches nous a cependant donné un conseil utile: « un coin ombragé, c’est mieux, et surtout, ni trop loin des chiottes pour pisser sa bière, ni trop près, parce que sinon ca pue« . Merci Monsieur.

Dans l’après-midi : découverte du site, ses nombreuses scènes et ses stands, allant du château d’aventures Merrell avec sa tyrolienne géante au Dreher in the Sky qui permet de déguster une pinte de Dreher, la bière locale, à une trentaine de mètres, le bar étant suspendu dans les airs par une grue.
On remarque que si les dates officielles du Sziget sont du 10 au 15 août, le festival comporte en réalite deux jours supplémentaires, J-1 et J0, réservés aux personnes détentrices du pass-semaine. Pour ces deux jours spéciaux, il n’y a malheureusement qu’un seul et unique concert prévu chaque soir, et surtout, les stands et autres activités ne sont pas encore totalement installés, ils seront uniquement fin prêts pour le début officiel, le 10 août. On a donc l’impression d’être sur un gigantesque chantier dans un festival fantôme, et il semble évident qu’on risque de tourner en rond en attendant les concerts du soir.

19h : Unique concert du jour J-1, Peter Gestzi, rappeur-pop hongrois, qui joue les plus grands tubes de ses groupes Rapulok and Jazz+A. Il est accompagné sur scène de Gabor Berkes, Gabor Szentmihalyi, Orsolya Kozma et Laszlo Des, tous inconnus au bataillon mais qui ont l’air d’avoir une certaine notoriété, ici, en Hongrie.
Evidemment, on ne connait pas un seul morceaux et on est un peu perdus. Ce concert prend une dimension toute particulière lorsqu’une vingtaine de danseurs rejoint Peter Gestzi sur scène, pour une chorégraphie qu’on croirait signée Kamel Ouali. On a l’impression d’être a l’Eurovision. Et pourtant, ce sont bien des tubes locaux, puisque le public hongrois les reprend en choeur. Malgré la surprise initiale, on se prend finalement au jeu d’essayer de chanter les chansons, et on se console en se disant qu’avec un groupe comme ça, pas de doute possible, nous sommes bien en Hongrie, au Sziget festival, et que demain de toute façon, ce sera une autre paire de manche, puisque le concert c’est Prince.

Mardi 9 aout: Jour 0

Après un réveil vers 10h, nous constatons que les stands ne sont pas encore installés, qu’il n’y a toujours pas grand chose a faire sur le festival et que le concert de Prince est annoncé a 19h. On a donc toute la journée pour aller découvrir Budapest.

Là encore, petit couic : l’organisation du Sziget ne cesse de vanter les mérites du « City Pass », qui permet d’avoir un accès gratuit aux transports en commun, aux bains et thermes de Budapest dont la réputation n’est plus à faire, à des réductions sur les taxis, les musées, etc.
Sur le papier, tout ça c’est très bien, mais il est malheureusement impossible de se procurer le Citypass 2 jours au jour 0. Ah.
Du coup, il faut se rabattre sur les navettes fluviales, dont le fonctionnement est un peu chaotique. Après avoir acheté des billets qui ne seront finalement pas contrôlés, on embarque sur le bateau qui accoste en premier sur les « plages » de Budapest (les berges du Danube), revient sur le site du Sziget, et repart cette fois vers l’ile Margit. De là, nous pourrons accéder au centre-ville après une bonne demie-heure de marche, car il n’y a pas de navettes pour le centre-ville avant 14h (et on se demande bien pourquoi). Tout ceci nous conforte dans l’idée que, si le Sziget a toujours une énorme programmation et se targue d’être le plus grand d’Europe, il y a quand même de nombreux points qui se font « à l’arrache ».

La déception continue lorsque nous arrivons aux bains Széchenyi : tous les festivaliers présents sur le site ont, évidemment, eu la même idée de partir visiter Budapest et les bains sont complets.
Heureusement, Budapest est une très jolie ville où il est agréable de se promener, l’après-midi n’est donc pas perdue.


Image de Sziget_Public 19h 
: Nous sommes devant la Grande Scène, attendant l’homme du jour, Monsieur Prince himself.
45 minutes plus tard, les choristes et musiciens débarquent sur scène pour lancer des t-shirts et goodies au public, qui commence à s’impatienter. C’est que les stars comme lui, ça se fait désirer.
Enfin, après une heure d’attente, c’est le début du show. Le petit Prince de la musique, sur son trente-et-un comme à son habitude, est très en forme ce soir. Jeu de guitare acéré et millimétré, petits pas de danse, il nous offre sa funky music avec toute son âme. Très généreux avec ses musiciens, il n’hésite pas à leur laisser le devant de la scene, s’asseyant dans un coin en préconisant « listen to this! » quand son batteur nous sort un solo monumental, disparaissant même carrément pour laisser la scène à une de ses chanteuses. Prince sait qu’il est bien entouré, et il aime le montrer. Il n’hésite pas non plus à jouer avec le public, venu archi-nombreux : « Can you stay a little bit late? … Cool. Me too« .

Ce soir, il se porte en chevalier blanc défenseur du funk, trop peu écouté à son goût. Il harrangue le public à grand coups de : « Hungary ! Sing : I like funky music ! I like funky music ! » Sa main droite est démentielle, son groove parfait.
Apres une heure et demie à ce rythme très soutenu, il quitte la scene, et c’est le premier rappel: Purple Rain, l’une des rares chansons que le public connaisse et puisse chanter avec lui. Explosion de confettis dorés et violets, puis il balance son deuxième gros tube, Kiss (You don’t have to be rich to be my girl).
Après ces deux morceaux, il s’en va, puis revient à nouveau pour du son électro des 80’s: « I want to bring you back to 1986 !”. Il enchaîne avec un bon vieux rock’n’roll, dévastateur.
Après être revenu pour un enième rappel, il invite carrément quelques heureux chanceux à le rejoindre sur scène pour danser avec lui. Prince exulte, si heureux de partager sa musique. Quand, après deux heures et demie de show, il affirme « I wanna stay all night!« , on se demande s’il ne va pas en effet rester jusqu’a 5 heures du matin.

Mais même les meilleures choses ont une fin. Ainsi, un dernier morceau, piano-chant, pour finir en douceur et calmer les esprits, puis Prince s’en va, en nous souhaitant « a good night… and a good life. I love each and every one of you”. Salut de théâtre avec ses musiciens, puis il part, cette fois pour de bon, après un concert incroyable qui aura duré 3 heures.
Une telle générosité et simplicité chez un artiste de sa stature, on ne s’y attendait pas. Son statut de légende vivante n’est pas usurpé, il l’a encore prouvé ce soir. Bravo, Monsieur Prince.
On se dirige vers le bar en demandant si l’on ne vient pas, déjà, d’assister au meilleur concert de la semaine.

Crédits photo : Martin Jeanjean

 

Vous avez aimé cet article ? Partage le !

Image de
: Martin Jeanjean est né en 1988 à Fontainebleau. Après être passé par le piano et la clarinette, il tombe amoureux de sa guitare, qu'il ne lâchera plus jamais, même après la Fin des Temps. Passionné d'art et de scène, il devient chroniqueur de théâtre pour Discordance, parce-que c'est franchement super cool. Egalement poète, il publie dans les revues "Borborygmes" et "Verso", et compte gratifier cette époque des poèmes qu'elle mérite; ce qui, croyez-le, n'est pas une mince affaire!

2 commentaires

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires
  1. 1
    le Jeudi 11 août 2011
    Poune a écrit :

    Ca donne envie, et ça explique pourquoi le petit Tinoche ne sera pas au 15 août par chez nous!

  2. 2
    le Vendredi 26 août 2011
    zola a écrit :

    Ca devait être grandiose!! Let’s rock my man!

Réagissez à cet article