Syrano – Le Goût du Sans

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On ne parle pas assez de Syrano . Pourtant son premier album Musiques de Chambre sorti en 2006 était un des meilleurs CDs de l'année. Elu artiste tremplin révélation dans de nombreux grands festivals français, sa deuxième galette était attendue avec impatience. Et c'est en mars dernier qu'elle finit par enfin arriver à nos oreilles affûtées.

enteteUne première écoute mêlée d’excitation et d’appréhension. La claque reçue sur le tout premier album ayant été à ce point monumentale, qu’il était légitime de se demander si le jeune Syrano, accompagné de sa troupe, allait pouvoir renouveler une telle performance.

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Syrano est polyvalent : il réalise ses pochettes et livrets essentiellement à l’aquarelle, il est auteur, compositeur et bien entendu interprète. Il s’invente son propre monde, bien à l’abri dans sa bulle et flâne aux frontières du hip-hop et de la chanson française avec un talent incontestable. Vous pensez à Java ? À Prohom ? Aux Ogres de Barback ? Vous avez tout faux. Vous croyez reconnaître des ressemblances, détrompez-vous : Syrano ne ressemble à personne d’autre qu’à lui-même.

Le Goût du Sans s’inscrit dans la droite lignée de Musiques de Chambre . Sa délectation à nous conter ses mésaventures est toujours un régal, l’éclectisme en point culminant.

Syrano mets le doigt là où ça fait mal : le premier titre ( Origami ) montre la voie du thème dominant de l’album, le mélange, la diversité ethnique et culture. Violoncelle, accordéon, guitare sèche lancent comme il se doit le refrain « Ils veulent des papiers, on va leur jeter des origamis ! Plein de petits avions et des bateaux de cartons. même les lois se plient ».

La deuxième composition est de la catégorie de ces morceaux qui nous envoutaient avec tant de force sur le premier opus : L’enfant moitié sera pour beaucoup la piste la plus belle de l’album. Syrano nous lâche en pleine figure et avec légèreté une véritable leçon d’humanisme sur une mélodie marquée par la harpe et un violon.

L’ours en peluche marque la première rupture : la flûte traversière et le violon dominent et se conjuguent avec des sons plus électroniques. Syrano travaille ici l’imaginaire d’un enfant à travers son ours en peluche en utilisant les sons d’un thérémin. Premiers signes avant-coureurs d’un désir d’explorer d’autres horizons.

L’évasion continue, toujours avide de voyages. La fille de par le vent prends aux tripes. La contre basse se montre prenante, on se voit en train de bouger la tête de gauche à droite, la batterie nous fait broyer du noir, l’accordéon sur « la fille de par le vent a pris mon coeur dans ses bagages, mais peu importe s’il voyage. le principal c’est qu’il s’enrichisse » fait prendre au morceau une dimension dramatique. Ce premier quart d’heure est tout simplement une petite merveille musicale.

513421083_lOn en vient à ce cinquième morceau tant attendu. Le débat de tous bords s’exprime autour du mot « Bleu ». En effet c’est LE morceau fédérateur de l’album, à l’image du message véhiculé depuis le début. La brochette d’artistes est révélatrice de la prise d’ampleur du groupe : Mourad de La Rue Kétanou, François Hadji-Lazaro de Pigalle entre autres Imbert Imbert, Frédo des Ogres de Barback, Mell et Batlik se renvoient les idées à tour de rôle. Un régal. 4 minutes où le piano va laisser sa place au violon puis à une assourdissante guitare électrique. Un véritable volcan en ébullition.

Le rythme ne diminue pas, Garçon de Joie enchaine. L’intro ressemble à Dans ma bulle, mais les similitudes s’évanouissent vite. Les jeux de piano, de violon et de batterie en feront sauter plus d’un. On apprécie ce morceau puisque Syrano part dans un délire de jeux de mots et tourne en dérision la prostitution « Je fais le tapin en vendant un peu de ma voix, je suis un garçon de joie. je t’offre un peu de mon cul quand tu achètes mes CDs » sur des intonations assez orientées hip-hop.

Cette lignée hip-hop va prendre toute son importance sur le septième titre du Goût du Sans . Plus qu’une main et ses coups de boutoirs électroniques et d’instruments additionnels. Mais là également, Syrano ne résiste pas à y placer sa touche personnelle puisqu’une mandole vient parsemer cet univers électronique, pour finir accompagnée par un violoncelle.

L’art de mélanger les instruments, les styles, est une chose que Syrano maîtrise parfaitement. Il va une nouvelle fois en surprendre plus d’un sur La marche des géants d’acier, véritable colosse de l’album avec ses 8 minutes passées. Marche destructrice du fer, de la technologie : « Le monde est sous tension, le progrès est en marche ! », les paroles se montrent aussi violentes que la musique. Légères puis violentes déflagrations électroniques, une guitare électrique vient déchirer la nuit, la batterie va finir par se déchainer, elle aussi, après un faux calme qui sera de courte durée avec un timide accordéon. Les 3 dernières minutes du morceau tourneront à la limite de la transe et du métal industriel. Ahurissant.

Lorsque je m’abandonne et La grande roue renouent avec l’état d’esprit du début d’album. Comme pour montrer l’attachement de l’artiste au registre qui l’a révélé, après avoir prouvé qu’il était capable de bien plus. L’homme seul signera également une nouvelle approche instrumentale avec simplement des percussions africaines et un violon. Enfin Le goût du sans vient clôturer l’album de façon violente « Nous des coups du sort, on en a connu cent, et j’ai gardé dans la gorge le goût du sang ». Syrano le termine dans un registre essentiellement hip-hop, dans le son et dans le chant.

La fin du CD réserve pourrait encore quelques surprises, car outre la désormais traditionnelle « minute de silence », 3 chansons bonus exclusivement chantées en anglais prolongent le plaisir de l’écoute. La première, My ghost bride est acoustique, la deuxième The clock family est électro, enfin le dernier such a loser est très piano/rock.

Une diversité musicale et instrumentale, des paroles toujours aussi léchées, l’univers unique et terriblement poétique de Syrano est un régal. Il arrive à surprendre, à se réinventer et prouve qu’il est possible de maintenir la barre toujours aussi haute.

Après le coup de maître réalisé sur Musiques de Chambre, Syrano en réitère un nouveau. Chapeau.

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Dans les bacs depuis mars 2009…

Site officiel : http://syrano.bleucitron.net/
Myspace : www.myspace.com/syranosurlenet

A propos de l'auteur

Image de : Etre thésard et mélomane, c'est possible. Enfin du moins pour l'instant ! Véritable électron libre dans le Sud de la France navigant entre Montpellier, Nîmes, Avignon et Marseille, je conserve cette passion à partager mes coups de cœur, mes trouvailles... et aussi mes coups de gueule. Pour ceux qui auraient envie d'en savoir un peu plus, vous pouvez toujours jeter un œil à mon site perso, Le Musicodrome (www.lemusicodrome.com).

1 commentaire

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  1. 1
    le Mercredi 24 juin 2009
    delphine a écrit :

    bien que je soie fan du premier album, je n’ai pas encore pris le temps de me procurer le second (pas bien ça) mais après ce descriptif, j’y cours dès que possible !!

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