Suisse Moi ! à l’Espace Jemmapes

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Si vous deviez citer un artiste Suisse, là tout de suite, que répondriez vous ? Avec un petit effort, vous en connaissez surement un ? Non ? Allez donc faire un saut à l'Espace Jemmapes le 27 avril et le 25 mai prochain pour découvrir les soirées « Suisse moi ! » (Attention à ne pas prononcer trop vite) et vous ne regarderez plus la Suisse comme avant !

sans-titre-1-2D’entrée la scène interpelle : elle est jonchée de casques bizarres et de multiples accessoires dont il semble difficile de trouver l’utilité. Arrive alors Jerrycan, tout droit sorti d’une bande dessinée, ou alors d’une planète très très lointaine. C’est qu’il a intérêt à avoir les cervicales bien accrochées le jeune homme vu la taille des casques dont il se pare. Fixé avec du gros scotch c’est un parapluie qui vient par exemple agrémenter le premier. Motivé et plein d’entrain notre performer devra malheureusement s’adapter à un détail plutôt gênant : impossible de raccorder la folk à l’ampli. Évidemment, ça risque d’être compliqué pour un artiste aux ballades rigolotes, qui sautillent sur les accords vifs et rapides de la guitare. Heureusement, le public est peu nombreux et très sage ce soir-là, arrêtant limite de respirer pour la chanson Used to, prêt à attraper au vol les notes qui sortent doucement de la caisse de résonance pour cette berceuse amoureuse.

Mais peu importe, on ne résiste pas à l’humour hilarant de sobriété dont l’artiste pimente sa prestation. La frontière est en effet très fine entre le one man show et le concert soliste ce soir. Car non seulement Jerrycan gère la boite à rythmes, les différents choeurs enregistrés et ses multiples changements de casques, mais il doit du coup faire avec les interventions incessantes des pauvres ingénieurs du son essayant vainement de relancer la guitare. La performance s’illumine alors sous l’éclairage du casque boule à facette, puis du casque gyrophare et enfin du plus réussi, le « YEAH », écrit en guirlande électrique sur la tête de notre fanfaron. Le comique de répétition marchera alors durant tout le show, entre les messages d’attente préenregistrée pour meubler les différentes manipulations et les effets lumières des casques qu’il teste au moins cinq fois comme un enfant, Jerrycan tient la caricature du chanteur timide et maladroit sur le bout des doigts.

thomasC’est un autre phénomène qui débarque pour continuer cette soirée peu banale. Noga, accompagnée d’un contrebassiste et d’un guitariste/percussionniste, s’installe au piano et plante d’entrée de jeu ses chansons caractérielles avec Ma balance, petite ode aux femmes et à leurs formes. Car attention c’est une dame à qui nous avons à faire ce soir, une dame fantasque, un peu hystérique et aux chansons désopilantes de vérité.

Personne ne sera épargné, les règles surfaites du jeu amoureux, les amis qui ne sont jamais là quand on a besoin d’eux et toujours en train de nous coller quand on voudrait être seul, et bien évidemment le sujet favori de notre chanteuse lunatique : les hommes. Aimés, détestés, désirés, idéalisés ou bannis à jamais, heureusement que les musiciens qui accompagnent notre diva sont là pour redorer un peu le blason du masculin ce soir ! Le contrebassiste fait danser son énorme partenaire tout en accordant son jeu de scène aux délires de Noga pendant que de l’autre côté du plateau le guitariste jongle entre la derbouka, le cajon, le violon électrique et même les maracas pour la chanson Le démon de midi . Un tendre et agréable moment de vie donc, emporté par les vocalises de l’artiste autant que par ses musiciens très complices.

Le public est chauffé à bloc, prêt à recevoir le dernier artiste de la soirée : Zedrus . Mais comme en général un problème technique n’arrive jamais seul, on sent l’installation du dernier invité un peu longue. Un petit tour à la dégustation suisse pour faire passer le temps ? Charcuterie, fromage, pinot blanc, pinot gris et sauvignon, de quoi patienter en toute sérénité !

Finalement, tout semble fonctionner, et arrivent alors trois artistes tous professionnels de la double (voir triple) casquette. Le pianiste martèle les touches de son instrument en même temps qu’un mélodica, le batteur sort de temps à autre une basse bien cachée derrière ses grosses caisses et quant à Zedrus il chante, joue de la guitare, et développe un personnage tendre de vulgarité et agaçant de fraicheur.

img_1503-2Il faut croire que le personnage du chanteur raté doit beaucoup plaire aux Suisses vu comme Zédrus aime à bégayer ou à gratter difficilement trois accords pliés en deux sur sa guitare comme s’il nous envoyait le plus mythique des solos. L’hymne Vieux con de la chanson, joyeusement repris par tout le public, est d’ailleurs la parfaite illustration de ce chanteur attachant de médiocrité. L’humour ne manque évidemment pas tout au long de la prestation, et tout particulièrement lorsque les morceaux s’approchent du thème préféré de Zédrus : les femmes. La chanson Les femmes sont trop brosse alors un portrait de la gente féminine entre amour et tromperie, entre abandon et manipulation. Vu le peu de personnes présentes dans la salle Zédrus n’épargne alors aucune des demoiselles assises sur les premiers rangs, s’amusant des têtes déconfites de celle-ci lorsqu’il leur envoie clin d’oeil, baiser ou carrément « Ho! tu es là toi ? Tu sais je ne me souviens plus de ton nom mais cette nuit… Ah cette nuit que nous avons passée je ne l’oublierais jamais ! »

L’univers Suisse se révèle donc plein d’humour, d’envolées lyriques ou de franc-parler irrésistible. Le concert s’est en plus poursuivi à l’étage où la dégustation permit au public de se retrouver avec les artistes autour d’un verre, d’une tranche de saucisson ou de chocolat tous plus alléchants les uns que les autres. Commentaire de la soirée ? Vive la Suisse!

Crédits photo : Jerrycan – Jan Turnbull / Noga – Thomas Dorn / Zedrus Mathias Lamamy

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En savoir +

Suisse Moi! à l’Espace Jemmapes – Prochaines représentations lundi 27.04 et 25.05 2009

Jerrycan : http://www.myspace.com/jerrycanonemanband
Noga : http://www.myspace.com/nogaspace
Zedrus : http://www.myspace.com/zedrus

A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

1 commentaire

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  1. 1
    le Lundi 20 avril 2009
    Swissera a écrit :

    Michel Simon était suisse né à Genève, Godard est franco-suissse, Vincent Perez est suisse de Lausanne, Marc Foster réalisateur est suisse, en fait le suisse se fond tellement bien dans les autres pays que l’on oublie le plus souvent qu’il est suisse, cela vient du fait que la frontière française est quasi dans Genève, et que Genève est une ville internationale. De plus la Suisse est trilingue, avec l’allemand, l’italien et le français. Le romanche, langue à part, est peu parlé. Certains réalisateurs sont restés plus suisses que d’autres comme Goretta par exemple (la Dentellière). Titeuf est connu en France surtout depuis son expo sur le zizi sexuel. Dans les peintres, on connait surtout Ferdinand Hodler, Félix Vallotton, et Paul Klee, mais il y en a des tas d’autres. Dans les écrivains, en ce moment c’est surtout Chessex dont on parle. Blaise Cendras était suisse et s’est fait par la suite naturalisé français. Dans les humoristes suisses, les clowns Grock et Dimitri, ainsi qu’Emil sont surtout connus en Allemagne, Zouk, et maintenant Marie Thérèse Porchet. Dans les chanteurs, il y a eu Patrick Juvet né à Montreux, mais c’est surtout Stephan Eicher qui est resté tout de même très suisse (suisse allemand) bernois de mère alsacienne. Il n’y a que 1.75 millions de suisse qui parlent le français et encore car dans ces suisses romands beaucoup sont anglophones ou originaires d’autres pays. Dans l’art contemporain; Pipilotti Rist, John M Armleder, etc. C’est un domaine qui bouge pas mal en Suisse, Art Bale, etc.

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