Stupeflip : le grain de sable dans la machine

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En 2003, les journalistes et les businessmen étaient la chair à canon de la promotion du groupe Stupeflip. Depuis, King-ju a cessé de faire le casse-C.R.O.U. Nous l’avons rencontré dans un endroit mythique, la Menuiserie, afin de revenir en détail sur l’aventure médiatique dont il a été à la fois l’acteur et la victime.

Image de DSC_0094 Est-ce que tu ressens parfois l’envie de sortir du concept délirant de Stupeflip pour profiter des micros qu’on te tend, en studio comme en interview, de manière plus sérieuse ?

C’est ce que je fais maintenant. Là, je te parle normalement. Tout simplement pour ne pas faire comme avant.

Pourquoi ne veux-tu plus faire comme avant ?

Ça n’a aucun intérêt. À l’époque, j’étais un peu naïf. Je voulais être un grain de sable dans les médias, qui est comme une machine sans visage. Je trouvais que le plus intéressant était alors d’agresser personnellement les journalistes et les membres du business musical. C’était un peu con de faire ça parce que je me suis suicidé. À ma place, 98 % des gens auraient mis de l’eau dans le vin. Regarde comment les artistes parlent à la télé, regarde bien comment ils sont.

Pourquoi avoir choisi un mode de diffusion DIY plutôt que de chercher un nouveau label ?

C’est pas moi qui ai fait tout ça. À l’origine, c’est Michel Plassier (NDLR : plus connu sous le nom de Plastoq) qui a négocié les deux albums avec BMG. Ils ont sorti Stupreligion parce qu’ils étaient obligés de le faire, mais ils ont pas fait de promo, ils l’ont mis dans un tiroir en quelque sorte. Après, Plastoc a décidé de les attaquer et il a perdu. De mon côté, j’étais fatigué et je tenais pas forcément à vivre de la musique.

Les ventes du premier album n’ont pas été suffisantes pour te permettre de vivre dessus?

J’ai pas d’argent et j’en ai pas eu avec Stupeflip. J’ai gagné 70 000 balles avec les passages radio de J’fume pu de shit. Cet argent m’a permis de tenir jusqu’à l’enregistrement du deuxième album (loyer, bouffe, etc.). Au total, on a vendu 37 000 exemplaires du premier album. Si on était allé jusqu’à 70 000, j’aurais pu me payer un truc.

T’as dû prendre un autre boulot?

J’ai travaillé dans le graphisme pendant trois ans. J’ai aussi été prof de dessin avec des petits mecs de banlieue qui écoutaient du Booba. Après, je suis aussi responsable de ça, car je me suis suicidé en promo.

Si tu avais justement mis de l’eau dans le vin durant la promo, tu n’aurais peut-être pas eu suffisamment de crédit auprès de tes fans pour pouvoir sortir ce troisième disque de façon indépendante?

Si j’avais joué le jeu des médias, ça aurait été pareil. Stupeflip serait arrivé et reparti aussi vite. La maison de disques n’aurait rien fait, car le deuxième album était très spécial, plus noir et finalement pas très commercial. D’ailleurs, il n’a pas plu aux journalistes.

Souhaiterais-tu quand même renouer contact avec les grands « médias humains » ou préfères-tu laisser le mainstream de côté une bonne fois pour toute ?

Maintenant je suis prêt à y retourner parce que je sais comment ça marche. Avant, je ne connaissais pas ce milieu et il ne m’intéressait pas. Si on a l’occasion de repasser à la télé, j’essaierais juste d’être plus fin, d’être un grain de sable plus insidieux.

Si, sous la pression, tu devais nécessairement intégrer un homme politique au C.R.O.U, qui choisirais-tu ?

C’est très dur d’associer quelqu’un à Stupeflip. Je ne vais pas pouvoir pas te donner un nom précis. Disons que ce serait un homme de gauche par défaut. Le par défaut est important.

Quelle sensibilité au sein de la gauche ?

Tu veux situer politiquement Stupeflip, c’est ça? Socialisme tendance molle. Ça, c’est pour rire, mais tu peux le mettre.

Un maître des « médias humains » ?

Audrey Pulvar parce qu’elle est mignonne.

Un groupe ou un musicien ?

L’idéal serait Booba. Ça serait génial, mais ça ne se fera pas. Ali de Lunatic, ça serait encore mieux. En plus, il paraît qu’il est gentil. Attends… (il réfléchit) Mylène FarmerCécilia Cara (NDLR : après une recherche Wikipedia, on m’informe qu’elle est surtout connue pour sa participation à Roméo et Juliette)… Garou.

Crédits photo : Melchior Ferradou (http://www.flickr.com/photos/melchiorferradou)

Stupeflip en cinq vidéos

1- Stupeflip (extrait de « Stupeflip », 2002)

2- J’fume pu de shit (extrait de « Stupeflip », 2002)

3-En interview (Tout le monde en parle, 2003)

4- La hiérarchie (live issu du Stup dvd, 2010)

5- La menuiserie (extrait de « The hypnoflip invasion », 2011)

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A propos de l'auteur

Image de : Yves Tradoff s'intéresse à beaucoup de choses : http://yvestradoff.over-blog.com (work in progress)

2 commentaires

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  1. 1
    Dimitri L
    le Mercredi 2 mars 2011
    Dimitri a écrit :

    Tu sens qu’il a les boules…
    AAAaaah dommage que King-Ju parle peu !!!

  2. 2
    Yves Tradoff
    le Jeudi 3 mars 2011
    Yves Tradoff a écrit :

    Je pense effectivement qu’il a encore les boules en pensant à cette période du Crou. Après, il a été plutôt bavard durant l’interview en général, si bien qu’elle s’est très vite transformée en discussion.

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