Stupeflip, le DVD : le Grand Rien

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Après cinq ans de sommeil, Stupeflip refait surface avec un DVD. En attendant une hypothétique « troisième ère du stup ».

Il y a des univers musicaux qui autorisent tout. Sous couvert d’une bizarrerie et d’un humour tantôt appréciable, tantôt exaspérant, certains groupes peuvent insulter leur public sans problème, répondre aux journalistes – et pas que les mauvais – exclusivement par des insultes ou mettre en vente des disques comportant des pistes franchement abyssales. Stupeflip fait assurément partie de cette catégorie.

Image de Stupeflip Malgré tout ça, on écoute, on suit et on en parle. Ce n’est pas pur masochisme. Il y a réellement quelque chose d’intéressant chez Stupeflip. En premier lieu, le Crou a donné vie à un univers singulier fait de personnages hauts en couleur. Parmi eux, il y a notamment King-Ju, le cerveau du Crou. Il est patibulaire et ne se sépare jamais de son masque et de ses T-shirts Veleda sur lesquels il inscrit des conneries plus ou moins censées. Il y a également Pop-Hip, la victime du groupe et le symbole de la tolérance du Crou. Il souffre de son amour pour la pop et le rock’n’roll et fait souffrir nos oreilles de tubes horripilants dont le célèbre « J’fume pu de shit ». Musicalement, il y a à boire et à manger. Le groupe mélange allègrement hip-hop, guitares saturées, punk, samples et une pop-rock volontairement débilisante. Même si cela reste très personnel et inimité, on peut apercevoir des influences comme celles de Cypress Hill, des Béruriers noirs et autres.

Après, cela ne justifie pas forcément de s’ennuyer ferme devant ce DVD. Les emmerdes commencent dès le menu, qui est drôle, mais (très) vite énervant : il n’y a pas d’indications sur les rubriques, on doit fouiller le sol crasseux de l’image pour trouver ce que l’on cherche. Le documentaire de 50 minutes, pièce maîtresse du DVD, est plein de longueurs. Ce sont surtout les extraits de leurs passages dans les médias qui distraient, notamment le passage chez Thierry Ardisson ou chez Frédéric Taddéï,du temps de Paris Dernière. Difficile en effet de ne pas apprécier que des gars pareils viennent foutre le bordel sur les chemins obligés de la promotion (Ardisson, Canal +, Top of the pops, etc.) où l’uniformisation est nécessaire pour accéder au statut d’artiste mainstream.

Les live constituent le second gros morceau de ce DVD. On y voit le groupe développer son imagerie singulière avec masques et costumes. De quoi donner envie de se précipiter sur les dates qu’ils donneront peut-être. Après, il ne reste que des petits à côté : deux clips, un court diaporama et la mystérieuse « ère du stup ». En clair, le potentiel du groupe ne s’exprime pas vraiment ici. Durant le documentaire, King Ju dit qu’il ne sait pas quoi dire sur le DVD. Après visionnage, on ne peut que lui donner raison. Cet objet ressemble plus à une tentative de s’auto-saborder qu’autre chose. C’est dommage parce que les Stupeflip sont sur leur DVD et pas sur un plateau télévisé où la fumisterie récompense plus que la création et la profondeur.

Image de Stupeflip3 Bon, et la suite? Stupeflip n’est plus signé chez la major Sony-BMG depuis 2006, ils ont donc bien moins de moyens à consacrer à ce qu’ils font. Après, ce n’est pas forcément un mal, au contraire. Cela les a incités à aller de l’avant de la façon dont ils voulaient. Ils ont mis en place leur propre Stupermarché, histoire de refourguer leur came en marge des gros poissons du milieu musical. Ils ont également évolué dans des carrières solos. King Ju a réalisé la pochette du dernier disque de Lofofora, Mémoires de singes, participant même à un titre, Torture. Pop-Hip a collaboré avec Simone elle est bonne. Cadillac, quant à lui, s’est transformé en Bruno Candida, publiant des parodies d’homme politique mystiques. Même si tout ça n’est pas inintéressant, on préférerait voir resurgir le Crou dans une troisième ère, chose qui est prévue depuis un certain temps.

On sait bien quelles seront les réactions à ce texte si jamais Stupeflip ou les fanatiques du Crou viennent à le parcourir : on va se faire insulter jusqu’à plus soif. De toute façon, ça aurait été pareil si on avait été enthousiasmé par le DVD, comme le montre ce charmant communiqué. Dans ces conditions, autant être honnête.

EDIT (27/09/ 2010) :  Le troisième album de Stupeflip, The hypnoflip vision, est désormais en pré-commande sur le site. Les livraisons débuteront à partir de janvier 2011.

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Le site officiel du Crou et ses tentacules sur les réseaux sociaux : http://www.stupeflip.com

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Image de : Yves Tradoff s'intéresse à beaucoup de choses : http://yvestradoff.over-blog.com (work in progress)

5 commentaires

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  1. 1
    le Lundi 13 septembre 2010
    brotch a écrit :

    Franchement j’y comprends rien à votre article. Au début ça donne l’impression que vous avez saisi le délire, quand vous dite que c’est un groupe qui a construit un univers qui exclu d’emblée toute démarche industrielle. Et puis après vous dites que le DVD est mal foutu, que le menu est pas assez lisible, que le docu est pas bien scénarisé, …

    Putain les mecs, dans ce DVD y a tout Stupeflip. Ok c’est pas tout designé, mais c’est parce que y a l’âme du truc dedans. C’est crado, c’est clair que c’est pas le DVD du dimanche soir, mais aussi ça surprend, visuellement ça colle au truc, et au niveau sonore aussi y a une cohérence. Le stupdévédé c’est une tentative de figer à l’écran un délire qui était, au départ, uniquement sonore. Donc c’est pas un docu sur Stupeflip, c’est plutôt du Stupeflip en vidéo.

    King Ju peut se permettre de dire, dans son dévédé, que « ça sent le mec qu’a besoin de tunes » ou qu’ « il a rien à dire dans ce putain de DVD ». Parce que c’est ça Stupeflip : du premier degré permanent, et un certain refus de construire un univers artificiel. Au fond, l’ère du Stup, c’est pas du tout humoristique. C’est du réel révélé. Une démarche artistique sincère.

    De même, dans les live, on voit aussi bien des moments franchement épiques, que des moments pathétiques, parce que c’est ça l’histoire du crou. Parce que c’est pas un groupe industriel, ni un groupe qui veut s’inscrire dans le maelstrom industriel. C’est juste des gars qui font un truc qui leur plaît, sans jamais renier leur dégoût du monde et de l’époque morne dans laquelle ils vivent.

    J’ai pas envie de vous insulter, juste de vous dire que vous avez pas compris le truc. Quelque part, sur les chemins du monastère, vous vous êtes paumés.

  2. 2
    Yves Tradoff
    le Mardi 14 septembre 2010
    Yves Tradoff a écrit :

    Brotch, je trouve que tu résumes assez bien l’esprit du groupe dans ton com’. Je suis aussi d’accord sur le fait que le stupdévédé est très proche de ce même esprit. Pourtant, je reste sur ma position : autant j’apprécie d’écouter les albums du Crou, que je me suis enfilé un certain nombre de fois ces derniers temps, autant je me suis fait chier devant le DVD. La raison est assez simple : sur cd, Stupeflip développe des thèmes de sa création à côté des plages d’ambiances ou des chansons qui parlent du Crou lui-même, notamment sur l’argent, la hiérarchie, les animaux morts, le Tcherno (shit) etc. Sur le dvd, le docu ne parle que de Stupéflip. Ils ne créent pas de nouvelles choses, ils synthétisent ce qu’ils ont fait avant. Du coup, ça devient un peu redondant et finalement assez ennuyeux.
    Perso, j’aurais préféré trouver du neuf sur ce dvd, quelque chose qui s’approcherais plus du court-métrage, en clair une oeuvre de création/fiction que du docu. Quelque chose comme la mini-vidéo qu’on peut voir sur la troisième ère du stup en très long.
    Autrement, je trouve quand même qu’il y a pas grand-chose à se mettre sous la dent dans ce dvd.

    Dernière chose : je suis quand même vachement étonné et plutôt content que tu t’occupes d’expliquer le truc plutôt que de juste m’insulter. Le cas échéant, j’aurais lu en diagonale ton com’, j’aurais pas réfléchi, je t’aurais maudit dans un autre com’ (ou pas).

  3. 3
    le Samedi 18 septembre 2010
    brotch a écrit :

    Certes, le stup DVD n’apporte rien de nouveau. Ce n’est pas une nouvelle ère du Stup. Mais par contre, le dévédé vient épaissir l’univers flipien. Si tu connais l’ancien site de Stupeflip, tu devais savoir qu’il réunissait pas mal de trucs, sans cohérence. Bah le Stup dévédé, c’est la même chose, en beaucoup mieux fait, avec quand même pas mal de contenu inédit, des vieux morceaux remixés, des nouvelles instru, des trucs inédits …

    Moi perso je l’adore ce dévédé, parce qu’il prolonge le délire, sans tomber dans le gadget. C’est du Stupeflip en vidéo quoi. Après c’est sûr qu’ils auraient pu faire une fiction ou un truc complètement nouveau. Mais bon, on peut toujours demander plus. Moi je me satisfait du truc. Je préfère tellement mettre 50 euros là dedans que 10 euros dans n’importe quel CD ou DVD de concert.

    Après, si tu veux du neuf, bah check le site, le new album est en prévente depuis ce matin.

    Le dévédé n’est que la prophétie de la troisième ère.

  4. 4
    le Dimanche 19 septembre 2010
    brotch a écrit :

    Et puis, je tiens à rajouter que le dévédé est un objet réservé aux fans, dont l’objectif avoué est de financer la production du troisième album. Stupeflip produit vraiment en indé maintenant, et ça a un coût.

    Stupeflip a jamais revendiqué avoir fait un chef-d’oeuvre. Au contraire, il met pas mal de distance avec ce dévédé (il dit et répète que l’idée n’est pas de lui, qu’il a pas sélectionné les séquences choisies, etc…). Et le peu de com qu’il a fait sur la sortie de ce dévédé, était très orientée sur l’aspect financier et « éthique » de cet achat : en gros acheter ce dévédé, c’est avant tout « participer à l’effort de guerre ».

    Donc clairement, c’est un objet à réserver aux fans, ce qui ne l’empêche pas, à mes yeux, d’être savoureux, et de supporter moults visionnages.

  5. 5
    le Dimanche 13 mai 2012
    Xela a écrit :

    Étant un pseudo « fan » pour avoir acheté l’ensemble de leur oeuvres pour les encourager à continuer de me faire rire, je trouve que l’article n’est pas si mauvais.

    C’est un peu comme cela que je regarde le Stup. Le Stup est un trip mélangeant les genres dans l’auto dérision. C’est du touche à tout maison bien travaillé.

    Si ça à de la gueule c’est parce qu’il y a du boulot derrière, vous trouvez pas?

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