Stupeflip – Vengeance au Bataclan

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Le concert du 4 mai au Bataclan a été un triomphe. Le CROU est plus puissant que jamais.

Explication n°1

Le pitoyable King-Ju va peut-être enfin pouvoir assouvir son besoin de vengeance. Le concert de ce soir et tous ceux de la même tournée sont comme un majeur levé en direction des majors. La date de ce soir est complète, comme celle d’hier et comme toutes les précédentes dates hors-festival (Montpellier, Nantes, Lille et Rouen). Dans la foulée, le Crou s’est même offert le luxe d’une date à l’Olympia en novembre prochain.

Stupeflip s’est servi de BMG comme d’un tremplin afin d’informer tous ceux qui bouffent des images dans leur salon et aux autres, qui grignotent des tubes à la radio, l’existence du CROU et de son univers délirant. L’épopée médiatique du début des années 2000 a couté à Stupeflip sa respectabilité dans le monde de la bien-pensance culturelle en même temps qu’elle a assis une notoriété énorme pour les autres. Maintenant, King-Ju et sa troupe peuvent vivre confortablement leur nouvelle vie d’artiste indépendant.

Passe mon truc

Bruno Candida entame la première partie en arrivant sur son trône, un diable. Pendant une dizaine de minutes, il met en scène une bande-son préenregistrée de discours, de Nicolas Sarkozy d’abord puis d’un militaire/d’un policier ensuite. Une bizarrerie qui a toute sa place ici, d’autant plus que Bruno Candida est aussi Cadillac dans Stupeflip. Il part donc en terrain conquis.

Bruno Candida est Nicolas Sarkozy (vidéo)

 

Arrive ensuite une jeune femme en fleur et sa guitare, Giedré. Elle vient nous proposer un joli minois, une jolie voix et des chansons paillardes bien dégueulasses. C’est une certitude, elle sait bien comment parler au public de Stupeflip. Elle convint donc sans surprise avec ses textes qui parlent de bites, d’excréments et de méchancetés gratuites.

Je me demande au bout de combien de temps les parents des enfants disparus

Remplacent la chambre de leur enfant par une salle de muscu

Je me demande si les scatophiles attendent le deuxième rendez-vous

Pour demander à leur conquête si elle chie dur ou chie mou

(Les questions, à écouter ici)

 

Je pourrais faire l’amour tous les jours du mois

Je serais capable de monter un meuble Ikea

Je serais plus une traînée et deviendrais un Dom Juan

Si j’étais un homme, si seulement

(Pisser debout, à écouter ici)


Une victoire bien méritée

Le show démarre sur Les monstres. Malgré le fait que le groupe répète à qui veut l’entendre qu’il n’est pas friand de live, force est de constater que leur univers halluciné se prête bien aux planches fumantes des salles de concert. En plus, on sent que le CROU a pris soin de préparer un show réglé au millimètre près. Comme à un spectacle de Lady Gaga, les fanatiques enfilent différents costumes entre deux morceaux : des tenues noires à capuches pour symboliser le côté sectaire des Stup, des tenues ringardes pour Pop-Hip et ses penchants 80’s et bien sûr les apparats des personnages centraux, King-Ju, Cadillac et les autres. Il y a aussi du monde sur scène pour mettre l’univers du CROU en image, rappelant ainsi nettement les performances des Bérurier Noir. Le public n’est pas en reste parce qu’il a lui aussi sa galerie de monstres : des ados attardés, des adultes retardés, des fanatiques en masse et gens branchés qui vont dans le sens du vent. Les samples très cartoon du stup se mêlent aux guitares tranchantes comme des tronçonneuses tandis que le DJ s’affaire à donner du scratch sur tout et n’importe quoi. Il y a également beaucoup d’interludes, un peu long parfois, qui permettent de conserver l’ambiance intacte entre les morceaux. Tous ces dispositifs donnent à l’ensemble autant une impression de fusion (musique) que de bordel préparé (mise en scène). Bref, on retrouve bien ce qu’on perçoit sur les disques.

La bavure de Stupeflip

En fin de set, des masques tombent du plafond, transformant à nouveau la salle, en un gigantesque meeting sectaire. « C’est pour le marketing » nous dit-on de la scène. Et Pop-Hip est tué quelque part au milieu du concert et cette fois-ci, devant tout le monde.

Le rappel arrive bien trop vite. Le CROU nous ressort son A bas la hiérarchie, morceau qui lui tenait à cœur au moment ouù le tube de Pop-Hip était matraqué en radio. La salle est en feu et le concert un triomphe. « Salut, bande de merdes » nous dit King-Ju. Tout le monde quitte la scène et le DJ lance seul La Menuiserie. Le morceau se déroule sur la platine avant d’être coupé subitement. Fin du concert. L’adrénaline que procure le live de ce groupe en plein état de grâce retombe bien vite pour laisser place à la frustration — à priori, volontaire — et la déception devant si peu de considération.

Crédit photo : Olivier Olivar. Merci à Froggy’s Delight

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A propos de l'auteur

Image de : Yves Tradoff s'intéresse à beaucoup de choses : http://yvestradoff.over-blog.com (work in progress)

10 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 7 mai 2011
    gurn a écrit :

    Si nous avons bien assisté au même concert, le premier morceau du set de Stup était « Les Monstres ». Pour le reste, d’accord sur la chronique : Première partie impeccable (à la veille de 2012, Bruno Candida est nécessaire. Quand à Giédré, elle est magique), puis concert foutraque et magnifique, oscillant entre Bérurier Noir et Residents. Quand au final, pouvait-il être différent, bandes de manants ???

  2. 2
    Dimitri L
    le Dimanche 8 mai 2011
    Dimitri a écrit :

    Approche originale.

    On m’avait dit que les shows sur cette nouvelle tournée étaient vraiment courts. Est ce le cas ? Tu peux me dire combien de temps a duré le set ? Je vais les voir très prochainement donc je voudrais savoir grosso modo :)

  3. 3
    Yves Tradoff
    le Dimanche 8 mai 2011
    Yves Tradoff a écrit :

    @ gurn : avant tout, tu as raison, Stupeflip a démarré sur « Les Monstres ». Pour le final, je ne suis pas vraiment de ton avis. Même si le CROU est toujours dans un délire relativement misanthrope, ils font preuve de beaucoup plus de quiétude dans leurs rapports aux médias, comme aux fans. Et comme ce sont désormais ces derniers qui sont seuls à soutenir la troisième ère, la fin aurait pu être moins… vexante pour le public.

    @ Dimitri : je n’ai pas indiqué le temps de set car je ne l’ai pas noté précisément. Cela doit faire entre 1h10 et 1h20. C’est sûr, t’as pas le temps de te faire chier. Après, il manquait peut-être quinze petites minutes, soit un rappel un peu plus consistant.

  4. 4
    Dimitri L
    le Lundi 9 mai 2011
    Dimitri a écrit :

    Wah c’est vraiment court. On m’avait dit 1h15 effectivement sur une date précédente, c’est donc bien la moyenne de leur concert. Dommage… Surtout si tu dis qu’il y a pas mal d’interludes !

  5. 5
    le Lundi 9 mai 2011
    gurn a écrit :

    @yves : je ne me suis pas senti véxé par le final. La menuiserie, baclé en scratch, est un des morceaux du dernier album et il donne une des clef de ce final bancal « prendre des p’tits bouts d’truc… et écoutez l’résultat tranquille dans ma chambre ». Le CROU assume son statut de groupe pas fait pour la scène. Je m’attendais a être un peu déçu, je ne l’ai pas été. En matière de mépris du public, je me souviens des jesus and Mary chain dos au public, baignés de fumigène (il y a un millions d’années dans une salle elle aussi partie en fumée). Du vrai foutage de gueule. Pas du tout ce que nous a donné Stupéflip : énergie, spectacle, gros son, version live différente (j’fume plus d’shit enfin méchant !). Si une version du live existe, je suis preneur.
    Et @ Dimitri : oui, ce fut court, mais intense. Pas de regret. Du tout.

  6. 6
    le Mardi 10 mai 2011
    nursus a écrit :

    Hé ben, Gurn, il a raison tout plein, ça ne pouvait pas s’arrêter autrement :
    - La Menuiserie, c’est le mal, c’est donc normal que le concert s’achève brutalement là-dessus, pour les paaaauvvres non-initiés que nous sommes, et ça nous fait mal ;
    - Ou bien alors, le DJ était tout simplement constipé. Il a coupé après les paroles « t’as qu’à presser sur stop si ça te constipe » ;
    - Ou peut-être les deux, d’ailleurs ?

    En plus, si on passe les deux premières phrases du morceau à l’envers, et qu’on traduit le tout en araméen, on trouve les 37 premières décimales de Pi. CQFD.

    Concertus Interruptus !

  7. 7
    le Mardi 10 mai 2011
    alex a écrit :

    belle critique de groupie

  8. 8
    le Mardi 10 mai 2011
    gurn a écrit :

    Alex, tu as tout compris. Je suis vieux, j’ai vu plein d’trucs biens et plein d’trucs nuls (mais je suis prêt à dire que c’était b »trop ngééééniâle » pasque personne pourra vérifier, gniark, gniark, gniark…), mais Stupéflip, c’est le premier groupe dont je me sente groupie. Parce que j’aime autant les morceau 80′s (j’y étais !) que les intermèdes (Rez !), que les raps, que l’attitude, que le désenchantement émerveillé. Et que j’ai maintenant des enfants et qu’un morceau comme « le spleen des petits », je suis dedans à 200 % (et j’parle même pas « d’Abba la hièrarchie », mon quotidien). Et qu’il y a peu de groupe qui ai réussi à faire en 8 ans et trois albums une Oeuvre d’une telle force. Alors, voui, j’suis qu’une vieille groupie. And proud of it, Man !

  9. 9
    le Mardi 10 mai 2011
    wood a écrit :

    oui, le stup assume n’etre pas fait pour le live, OK ils ont fait des efforts de scénographie, d’accord, certains morceaux (dont les plus anciens) étaient proposés dans des versions instru originales plutôt réussies… mais 1 heure de set, c’est défintivement trop COURT, l’artisanat ça ne marche pas en live, et ça vaut le coup de bosser les transitions, les scratchs, etc… j’ai été très déçu cvar j’en attendais tellement… mais pour autant, LE CROU NE MOURRA JAMAIS….

  10. 10
    le Dimanche 3 juillet 2011
    Jules a écrit :

    La référence a LadyGaga pour parler du Stup… C’est soit une provocation de la pars du redacteur, soit un cruel manque de connaissance en matière de spectacle « Alternatif » (chose les grands mots).

    Moi je n’ai pas osé les voir en concert de peurs d’être déçut, pour vous dire !

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