« Stop Motion » – Le face à face

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À l'heure où les studios Pixar et Dreamworks se livrent un combat sans merci, à coups de longs métrages 3D tous plus époustouflants les uns que les autres, cette fin d'année 2005 aura vu le retour en grâce d'une technique vielle comme l'invention du cinéma: le "stop motion".

Stop Motion

stopSous ce nom se cache un principe d’apparence fort simple. À l’instar d’un dessin animé classique, chaque scène est constituée d’images fixes et entre chacune d’elles, les éléments de la scène sont légèrement déplacés pour donner une impression de mouvement au spectateur. Au vu du travail et des ressources nécessaires pour ne tourner ne serait-ce qu’une seule séquence, beaucoup pensaient que ce type d’animation allait être progressivement abandonné.

Mais voici que sortent quasi simultanément sur nos écrans Les noces funèbres de Tim Burton et Le Mystère du Lapin Garou, de l’anglais Nick Park, premier long métrage mettant en scène les personnages de Wallace et Gromit . Difficile donc de ne pas comparer ces deux films, qui, s’ils utilisent la même technique de base, n’en restent pas moins fondamentalement différents, tant sur le fond que dans la forme.

Présentation des protagonistes

D’un côté comme de l’autre, nous avons deux réalisateurs de génie, deux poids lourds du stop motion, qui chacun à leur façon ont su révolutionner le genre et l’emmener vers des horizons d’une richesse insoupçonnée. Si le nom de Tim Burton est indissociable de L’Étrange Noël de Mister Jack, celui de Nick Park, bien que moins connu du grand public, n’en demeure pas moins une référence incontestée pour tous les adorateurs de sa série devenue culte en seulement 3 courts métrages.

Round 1 : La Technique

Commençons tout d’abord par l’aspect technique. Sur ce point là, Les Noces Funèbres est irréprochable et constitue un modèle du genre. Architecture victorienne, clairs de lune et ambiances fantomatiques à la Sleepy Hollow, Tim Burton reste fidèle à cet esthétique gothique si particulier qui a fait sa renommée. Visuellement c’est une réussite totale. Les décors sont somptueux, l’animation et l’expression des marionnettes sont d’une richesse saisissante et les personnages très réussis. Mention spéciale à celui de La Mariée, tout simplement magnifique. Burton et son équipe sont parvenus à repousser les limites de l’animation 2D tout en gardant cette touche d’authenticité que même le plus complexe des logiciels n’arrivera jamais à restituer.

Pour Wallace et Gromit, les prouesses techniques sont également au rendez vous. Avec son univers tout en pâtes à modeler, Nick Park et le studio Aardman, ont accompli un travail de titan qui a duré plus de 5 ans. Chaque plan est une oeuvre d’art à lui tout seul, les scènes d’actions s’enchaînent à un rythme effréné et l’animation des personnages est d’une fluidité remarquable. Là où le film se différencie nettement par rapport à celui de Tim Burton c’est dans cette quête constante du détail ultime. Là où les Noces Funèbres se contente d’être graphiquement irréprochables, dans Wallace et Gromit le spectateur est submergé par un véritable déluge d’idées en tout genres. On ne peut qu’être admiratif par la consistance et la cohérence de l’univers ainsi crée.

Round 2 : Le scénario

Outre le défi technologique que représente un long métrage en stop motion, l’autre aspect primordial c’est de pouvoir tenir sur la durée avec une intrigue prenante, au risque que passées les premières minutes d’étonnement, le spectateur s’ennuie ferme. Et c’est là que les choses commencent à se corser. Car autant l’ Étrange Noël de Mr Jack était réjouissant par son originalité et son rythme étourdissant, autant les Noces funèbres est d’une platitude décevante. Si l’idée de base, un triangle amoureux entre deux jeunes fiancés et une jolie morte tirée de son sommeil par erreur, avait de quoi faire saliver, Tim Burton n’arrive jamais à nous surprendre. Les rebondissements sont quasi inexistants, le dénouement de l’histoire sans aucune surprise et les situations convenues au possible. Pire, Burton donne par moment l’impression de s’autoparodier, en tentant en vain de renouer avec cette folie qui régnait dans Mr Jack . C’est banal, sans aucun second degré et la durée très courte du film (1h15) renforce encore plus ce sentiment très mitigé.

Du côté de Wallace et Gromit, le son de cloche est tout autre. Si passer d’un format de 30 minutes à celui d’un long métrage n’était pas sans risque, Nick Park s’en sort avec brio. Du générique de début à celui de fin, c’est un festival de gags et de trouvailles. Véritable thriller végétarien, digne héritier des Monty Pythons, Le Mystère du Lapin Garou, est irrésistible de drôlerie et de non-sens. Les scènes sont toutes plus hallucinantes les unes que les autres. C’est un petit bijou déjanté et intelligent qui se déguste avec le sourire aux lèvres. Les 90 minutes de film passent à la vitesse de la lumière et on ne peut être qu’admiratif devant une telle réalisation. Bref une réussite totale.

Round Final

Si sur le papier Les Noces funèbres faisait office de favoris, la comparaison avec Wallace et Gromit fait vraiment très mal au film de Tim Burton . Trop lisse, trop plat, il ne fait absolument pas le poids face à son outsider et s’essouffle très vite sans jamais parvenir à marquer durablement les esprits.

Le verdict est donc sans appel: Wallace et Gromit vainqueur par K.O.

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Image de : Fondateur de Discordance.

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