Stockholm, l’Art vivant sous terre

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Galerie d'Art exceptionnelle, surnommée la plus grande du monde, le métro de Stockholm est riche de 90 stations revisitées depuis leur création par des artistes contemporains.

Les lignes de métro de Stockholm sont relativement récentes comparées à celles de Paris. Moins étendues aussi. Pourtant, si celui de Paris se caractérise par un style unifié, c’est moins le cas pour le métro de Stockholm. Bien entendu il y a les stations « historiques » de la ligne verte, carrelées sur les murs, la plupart construites pendant les années 50 et qui sont assez similaires les unes des autres. Mais dès le début de l’histoire de ce réseau, la volonté de faire de chaque station un lieu unique et d’y intégrer des installations artistiques a été très forte et perdure encore aujourd’hui. Ainsi, le métro de Stockholm est un endroit où l’art est vivant et les stations font l’objet de nombreuses expositions temporaires présentées dans de grandes vitrines, comme à Odenplan qui accueille les travaux d’élèves d’écoles de design de toute la Suède. Clin d’oeil à l’unification par le carrelage, le carrelage même est détourné : installations et mosaïques envahissent cette matière. Mais les stations les plus impressionnantes sont celles, récentes, qui jouent de l’architecture, de la sculpture et de la peinture pour plonger le visiteur dans un univers esthétique.

Si l’on devait trouver un point de concordance, un style « métro de Stockholm », on n’aurait paradoxalement aucun mal à y arriver : les stations et leurs oeuvres sont toujours un compromis entre l’inscription dans un passé, voire sa réécriture, et un style contemporain : qu’elles s’intègrent dans des lieux qui ont une histoire déjà forte où qu’elles recréent à partir des motifs de la culture suédoise. Trajet en quelques lignes et en images.

Ligne verte / Ligne rouge : Passé revisité.
Stations Hötorget / Fruängen .

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Construite dans les années 50, dans le pur style carrelé de l’époque, Hötorget (1) a été revisitée quarante ans plus tard par l’artiste d’origine suédoise Gun Gordillo qui opte pour une installation de néons qui s’allie très bien avec le style sobre de la station tout en lui donnant un aspect dynamique. De la même manière, la réalisation de Fredrik Landergren (2) s’intègre parfaitement au style plus ancien de la station Fruängen, carrelée sur les murs, en se situant entre la photographie pixelisée et la mosaïque, un des nombreux exemples de carrelage détourné.

Ligne bleue: Mondes souterrains.
Stations Kungsträdgården / Tekniska Högskolan

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Les stations de métro les plus impressionnantes sont bien entendu celles qui ont été entièrement pensées selon un même projet artistique, alliant art graphique, architecture et sculpture. Tout comme les réalisations contemporaines intégrant des stations anciennes, les stations « artistiques » s’intègrent dans le paysage urbain qui les a vues naître. Souvent elles reprennent leur nom et en font une divagation artistique : Kungsträdgården (3) (« le jardin du roi », verger royal transformé en jardin au XVIe siècle) s’emplit de sculptures, de gargouilles, le plafond des escalators est quadrillé de noir et de blanc comme un palais ancien sous l’imaginaire d’ Ulrik Samuelson . La couleur dominante est le vert pour évoquer la végétation. La station Tekniska Högskolan conçue par Lennart Mörk (4) (l’institut royal de technologie) mélange à la fois éléments futuristes, technologiques et naturels : des ailes surgissent des grilles du plafond, les éléments de géométrie se parent de formes de couleurs abstraites exprimant l’eau, la terre, le feu.

Vrëten / Sundyberg centrum

Certaines stations deviennent des lieux de pure fantaisie où l’artiste donne libre cours à son univers pour emplir un espace: la réalité se déforme alors et nous entrons dans de véritables mondes souterrains. L’architecture y remplit un rôle esthétique plus présent qu’à l’ordinaire. La station Vrëten (5), conçue par Takashi Naraha, a été traversée par une pluie de cubes contenant le ciel, à moitié enchâssés dans les murs, dans le sol, comme s’ils étaient tombés au moment où le ciment était encore frais. Cela offre un amusant contraste entre l’idée d’être sous terre et la vue de ces cubes de ciel.
Cette liberté artistique fait de Sundyberg centrum (6) un lieu d’utopie, où les artistes Lars Kleen, Michael Söderlundh, et Peter Tillberg ont imaginé l’architecture de demain et revisité celle du passé local grâce à des sculptures intégrées dans les murs et qui représentent des façades anciennes et futuristes dans une atmosphère de cité souterraine entre Caligari et la science-fiction.

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Un des enjeux de l’art contemporain depuis quelques décennies est de faire entrer la culture dans le quotidien et de la rendre moins élitiste en la rapprochant du peuple. Cet idéal n’intervient bien entendu pas seulement dans le processus de la création, mais également dans la politique à l’égard de l’art et le métro de Stockholm en est un parfait exemple. Non seulement l’art sort des musées pour être exposé dans le métro, mais le métro est conçu en lui-même comme un terrain d’expression artistique qui devient le point névralgique de la ville. L’art, connecté au passé se fait le véhicule de la culture et du savoir : que ce soit la station Universitetet, inspirée par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ou celle de Rinkeby qui reprend les symboles de la civilisation viking. Art vivant, en perpétuelle évolution puisque le service des transports de la ville continue d’allouer une part de son budget à l’entretien et à la réalisation d’oeuvres tout en organisant régulièrement des expositions temporaires.

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Art in the Stockholm Metro, SL – Service des transports de Stockholm; brochure gratuite disponible en PDF sur www.sl.se

A propos de l'auteur

Image de : Originaire de Franche-Comté, Eymeric est étudiant dans les métiers du livre à Aix en Provence et prépare les concours des bibliothèques. Il aime le cinéma, pour lequel il préférera toujours l'esthétique au scénario et la littérature quand elle touche à l'intime et au quotidien. Côté musique ses goûts se portent vers la psyché-folk mais aussi vers le trip-hop, version des origines et vers le rock des vingt dernières années, du moment que les guitares sont saturées et qu'elles multiplient les effets. Il s'intéresse également aux médias, à la culture populaire et, avec du recul, à la politique. Blog: http://legendes-urbaines.over-blog.fr/

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