Staff Benda Bilili : Au delà des apparences

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Depuis la sortie d’un documentaire en octobre 2010 qui retrace leur parcours, des rues de Kinshasa (RDC) au festival des Eurockéennes, ils sont partout. Le Staff Benda Bilili, le groupe africain le plus en vogue du moment, était présent aux Nuits européennes de Strasbourg pour un concert lumineux.

« En direct de Kinshasa ! Enfin presque, on a fait quarante villes avant… » lance Michel Winter, producteur du Staff, en guise de présentation. Les hommes à chapeaux et à T-Shirt « End polio now » pour certains d’entre eux, sont là pour transmettre du positif. Staff Benda Bilili signifie en lingala : voir au-delà de l’apparence. En l’occurrence au-delà du handicap de la poliomyélite qui touche cinq membres du groupe, et au-delà de leur parcours d’hommes de la rue.

Avec très peu d’instruments, une batterie et deux ou trois guitares fabriqués avec des matériaux de récupération, ils produisent un son très complet. Mais le plus remarquable est l’invention musicale de Roger, ancien shégué (enfant des rues) de Kinshasa adopté par Ricky, le fondateur du Staff : de son satonge fabriqué avec une corde, un bout de bois et une canette émane un son incroyablement puissant. Le Petit Roger timide et malingre du documentaire est devenu au fil des années et des tournées Roger Landu, jeune homme plein d’assurance, flamboyant et souriant. Il assure quelques solos mais aussi le show, avec une vraie présence qui accroche le regard. Mais il a toujours le même air concentré de ses douze ans, guettant l’approbation des « vieux ».

En plein milieu du concert, les bénévoles de Bana RD Congo se sont offert une vitrine d’un soir en brandissant un grand drapeau congolais. L’association strasbourgeoise, animatrice de la soirée, milite pour l’insertion des immigrés africains dans la société française, par le biais d’une aide alimentaire, administrative et de l’organisation d’activités culturelles.

Les musiciens entraînent le public dans la rumba congolaise, la musique cubaine, le reggae mais donnent sans conteste une importance particulière aux voix. Tous hormis le batteur chantent sur ces morceaux qui portent leurs douleurs et leurs bonheurs. Le Staff ce sont des rythmes, relativement simples, mais surtout des paroles : la polio, la misère de la rue, l’amour. Leur répertoire est un concentré de leur existence et un aperçu de la vie quotidienne de Kinshasa.

Et en racontant cet univers, dignes et élégants, ils tournent sur eux-mêmes, en béquilles, en fauteuils, ou sur leurs pattes, et se glissent même sur le sol pour danser.
En 2005, pour les premières élections démocratiques depuis 1960, le groupe a créé une chanson, Allons voter, reprise et diffusée par la Monuc (Mission de l’Organisation des Nations unies en République démocratique du Congo). Ils ont reçu 50$ chacun mais aucun royalties ne leur a été distribué pour l’utilisation de ce morceau, véritable phénomène national. Ils ont porté plainte contre l’ONU en 2007, sans succès. Après s’être libéré de l’emprise de la fatalité, il ne reste plus au Staff Benda Bilili qu’à obtenir les fruits de son travail, et une vie un peu plus douce.

Crédits photo : Ludo Pics Troy

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Image de : Journaliste free-lance presse écrite / web - Sur Discordance dans les rubriques Musique/Médias/Société - Tente de s'intégrer mais c'est pas évident. @LaureSiegel

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