Spleen à la Maroquinerie

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La scène c'est la vie. Le live comme on dit. Un petit moment d'une heure ou deux, mais qui, s'il est réussi, n'a pourtant rien d'éphémère. Mesdames, messieurs prenez des notes, car voici comment un artiste, sur la petite scène de la Maroquinerie, sans plus d'artifice qu'un écran de fond nous ouvre un monde plein d'humour, de tendresse, de partage et de surprises. Spleen est une révélation.

spleen1 Règle n°1 : Trouver les joyeux lurons qui seront assez fous pour vous suivre jusqu’au bout de tous les délires scéniques. Alors on commence bien évidemment par un style vestimentaire qui sent le marché aux puces couplé avec la garde robe de mamie, entre les short de footeux aux bandes fluos et le pantalon écossais so chic . Mais notre ami à l’humour fin et sait animer son show tout en glissant de petites piques contre les majors qui tiennent le milieu de la musique : « Ben on voulait vous faire un super show avec des acteurs sur scène pour faire du cinéma devant l’écran, vous voyez le principe de mise en abime et tout et tout…mais bon Universal n’a pas validé le projet et on a pas trop de sous alors on va vous faire une sitcom ». Franchement, Spleen et ses acolytes improvisant en playback les dialogues d’une série digne des Feux de l’amour, ça devrait être obligatoire dans toute ordonnance pour dépressif.

Règle n°2 : Savoir motiver son public. Et là dessus, on peut dire que notre chanteur donne de sa personne, au sens littéral du terme. Parce que se retrouver torse nu sur scène à force de faire des bonds de tous les côtés, jusqu’ici rien de très original. Descendre dans la foule pour danser et motiver le public à vous suivre, c’est déjà un peu plus inattendu. Mais là où Spleen gagne des points c’est dans un domaine très précis : le charme. Qu’il embrasse une demoiselle ça, Robbie Williams le fait aussi. Qu’il en invite une autre sur scène pour l’embrasser à son tour pendant deux bonnes minutes pendant que le reste de la joyeuse bande meuble, ça en laisse coi quelques uns. Mais le sex-appeal de notre jeune homme atteint son paroxysme quand, par un nouvel élan de motivation notre héros fait assoir toute la foule, pour finir carrément allongé sur l’élue qui avait reçu un baiser au début du concert. Moi je dis, là il y a du level

spleen2 Règle n°3 : Ravir tout les styles de music. Sur son Myspace, il se résume à de la « hip-hop, folk ». Bien réducteur comparé aux envolées créatives et lyriques de la team. Le beat-box fait écho à la basse pour les morceaux hip-hop mais le violoncelle pointe aussi le bout de son archée pour quelques chansons un peu plus jazzy, notamment Tu l’aimerasSpleen rugit comme un vieux crooneur en manque d’amour. Dans des vibrations totalement opposées ce sont des cris façon AC/DC, pointant dans des aigües comme transcendés par les accords meurtriers d’un guitariste devenu soudainement beaucoup plus rock que folk.

Règle n°4 : De l’émotion encore et toujours. Après ce concert il est beaucoup plus clair pourquoi l’album de notre grand rasta s’appelle Comme un enfant . Outre les bisous échangés à tout va et le surplus de testostérone typiquement adolescent du jeune homme, c’est beaucoup de tendresse et de magie que dégagent ses friponneries enfantines. Le sourire constant aux lèvres, notre artiste est en paradoxe permanent entre le feu qui l’illumine lors de des chansons et la façon qu’il a de s’amuser comme un enfant de 10 ans entre chaque transition. Gribouillages et coloriages multiples sont d’ailleurs les seules images projetées sur l’écran de fond, nous plongeant encore un peu plus dans son monde de Peter Pan. Le concert s’achève d’ailleurs sur un rappel merveilleusement illustratif des deux facettes du show : Spleen monte tout d’abord sur l’une des énormes enceintes situées sur le côté de la scène, nous balançant un slam ou rapidité et éloquence vont de paire avec rage et engagement mais fini le set quelques minute plus tard assis aux milieu de tout le monde, simplement accompagné par le violoncelle pour Do you see my life .

Une fin douce et câline pour quitter la scène ? Ça aurait pu, mais c’était sans compter le naturel très partageur du chanteur qui ne fera pas de deuxième rappel mais laisse la scène libre à Dédé, sa casquette à carreaux, un batteur et un bassiste pour quelques morceaux rap aussi rythmés que décalés. Bref, un vrai moment d’euphorie du début à la fin, le genre d’artistes qu’on aimerait voir dans des salles à la hauteur de son talent.

Crédits photos: [Le Shamrock
->http://www.flickr.com/photos/le-shamrock/sets/72157608477879361/]

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

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