Souterrain Transmissions, un ours à Berlin

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Bien entourée de ses collègues de City Slang avec qui elle partage les bureaux, Krista Schmidt gère le label Souterrain Transmissions, nouveau venu prometteur. Nous l'avons rencontrée pour partager son parcours et l'aventure de la création d'un label. En direct du sous-sol d'un immeuble situé dans un des quartiers les plus hype de Berlin, Souterrain Transmissions se branche sur les dernières tendances.

Peux tu nous présenter ton parcours ?

Krista Schmidt : J’ai travaillé pour Touch & Go Records durant 14 ans au département international, c’était mon premier boulot après l’école et j’ai progressé dans l’entreprise. Il y a deux ans, quand Touch & Go fermait ses portes, Christof [Christof Ellinghaus, le créateur du label City Slang  il y a vingt ans, NDLR] et moi avions parlé de créer un nouvel label pour aider les artistes en développement du monde entier mais surtout des USA. Je suis donc venue ici, j’ai commencé avec Souterrain…et la suite, tout le monde la connaît. J’ai commencé à travailler sur le label depuis Chicago, tout en essayant de mettre de l’ordre dans ma vie pour venir, j’ai dû tout vendre et partir avec mon chien.
J’ai aussi travaillé en marketing pour Collector’s choice, un label de réedition d’albums.

C’était effrayant de lancer un nouveau label ?

KS : C’est excitant, mais c’est aussi une période étrange. Notamment aux USA, il y a plein de petits labels indépendants qui poussent un peu partout. C’est aussi effrayant car l’industrie du disque est dans un état particulier et la musique digitale devient une part plus importante des ventes, le téléchargement illégal est aussi un gros problème… Bien sûr, il y avait une partie de moi qui se disait « pourquoi est-ce qu’on démarre un nouveau label, c’est fou ! » (Rires)

Mais je ne peux pas m’imaginer faire autre chose, et ça a l’air de faire du sens. Les groupes américains ont vraiment des difficultés à connaître le marché européen et trouver des labels qui peuvent les aider à se développer. C’est important pour nous d’être ce label, de les aider à grandir.

Avais-tu des contacts préalables avec des groupes ?

KS : Le premier artiste signé, Ramona Falls, faisait partie de Menomena qui est signé sur City Slang en Europe. C’était donc via Christof. J’ai travaillé sur les albums de Cocorosie lorque j’étais chez Touch & Go et je les connais bien, ça s’est donc fait comme ça. Comme nous connaissions tous les deux des gens différents, ça nous a aidé. Mais il y aussi beaucoup d’excitation à découvrir de nouveaux groupes, quelques-uns de nos albums sont sortis de cette façon. C’est un mélange de gens que nous connaissions et de groupes sur lesquels nous sommes tombés et nous nous sommes dit : « c’est incroyable, on doit les signer ! ».

Quelles seraient les principale différence entre le marché américain et le marché européen du disque ?

KS : Le marché américain est un seul territoire, il n’y a qu’une personne pour les relations en Europe, une pour les radios, plusieurs distributeurs selon les régions du pays. En Europe, il y a différentes équipes installées sur chaque territoire.

Aux Etats-Unis, le digital prend presque le dessus sur les formats physiques, c’est un marché très orienté vers le digital. En Europe, on est encore derrière, ce qui est super ! Mais dans chaque pays, c’est encore différent : en Angleterre le digital devient un format très important, dans d’autres pays ce n’est pas le cas. Il faut être conscient de chaque pays et être capable de trouver ce qui lui correspond le mieux.

Qu’est ce qui t’as le plus attirée à Berlin ?

KS : C’est une ville incroyable, l’une de mes préférées en Europe. Je savais que je viendrais vivre en Europe, vivre à Berlin, j’avais juste besoin de voir comment ça pouvait arriver. Je n’avais pas de plan, je travaillais à Touch&Go et j’étais très loyale. Puis une opportunité s’est présentée et tout s’est mis en place. C’était le timing parfait. C’est une ville incroyable, vivant et inspirante. Je pense que c’est aussi super de ne pas être un label anglais car beaucoup de gens regardent l’Europe et pensent que les seuls labels viables, importants, sont en Angleterre. On voulai prouver qu’on peut le faire n’importe où. Berlin will be the next UK ! (Rires)

Une journée chez Souterrain Transmissions

A quoi ressemble une journée de travail chez ST ?

Image de Bei_ST KS : Ca dépend vraiment ! En ce moment les journées sont très occupées car on a plein de groupes en tournée et de nouveaux albums : Musée Mécanique est en tournée, il faut coordonner, solliciter la presse. On travaille sur plusieurs tournées, plusieurs albums. Chaque jour est fou.

Les retours ont été positifs ?

KS : Tweak Bird a eu un très bon accueil en Angleterre, c’est vraiment un groupe à voir live. La tournée de Zola Jesus s’est très bien passée, tous les concerts ont été sold out, ils ont tous été incroyables. Tout va bien pour le moment…on croise les doigts ! (Rires)

Vous utilisez beaucoup Internet pour faire la promotion des groupes et rester en contact avec les fans ?

KS : Oui, il y a Max qui s’occupe de la coordination des sites en Europe, des réseaux sociaux. Il faut garder les gens informés car ils se tournent davantage vers Internet que vers les journaux, ils sont toujours importants mais Internet est devenu incroyablement important. C’est beaucoup plus facile de donner de l’information rapidement. Pour un nouveau label, il faut se faire reconnaître et ça aide beaucoup.

Il y a pas mal de morceaux disponibles à l’écoute sur le site SoundCloud, qui permet également d’envoyer des morceaux. Vous recevez beaucoup de démos ?

KS : Oui ! (Rires)
Quelque chose qui m’est resté depuis Touch & Go : on mettait un point d’honneur à tout écouter, même quand on avait des boites géantes remplies de démos et qu’il nous fallait quatre mois pour les écouter ! On considérait que les gens prenaient le temps de nous envoyer quelque chose et que la moindre des choses était d’écouter. C’est la même chose ici : pour l’instant nous n’avons rien signé suite à un envoi de démo, mais c’est possible. On ne sait jamais, mais c’est encore tôt.

Quels sont vos plus grands challenges ?

KS : Le challenge est de surmonter les épreuves lorsqu’on est un nouveau label. On est au milieu de beaucoup de labels indépendants respectés en Europe, c’est important pour nous de gagner en légtimité. Et le climat ne facilite pas les choses, mais on va continuer à sortir de très bons disques, de disques que nous trouvons très bons en tout cas, en espérant que les gens pensent la même chose. On va soutenir nos groupes et faire tout ce qu’on peut pour que leurs albums sortent en Europe.

On doit comprendre comment grandir ou changer avec le public. L’industrie de la musique change : il y a des changements qu’on a pas envie de faire mais qui sont indispensables. Je pense que c’est notamment le cas pour des labels qui sont dans le circuit depuis longtemps et sont habitués à faire les choses d’une certaine façon. Mais il faut s’adapter et s’ajuster.

Votre « jeunesse » s’avère un avantage alors finalement, pour vous adapter ?

KS : Oui, je pense. Nous verrons !

Merci à Coline de Stage Of The Art pour son aide et à Krista pour son accueil chaleureux.

La sélection de Discordance

EMA
Image de EMA La jeune femme originaire du Dakota du Sud a un caractère bien trempé. Après avoir mis fin à Gowns, un duo amoureux et artistique, EMA se lance en solo avec un premier album à paraître le 6 juin, Past Life Martyred Saints. Cet album s’annonce à l’image de sa personnalité, impétueux et noisy. Son premier single Grey Ships (ci-dessous), belle ode de plus de 7 minutes, passe d’une ambiance feutrée et lo-fi à un déferlement de synthés et de guitares salutaire. Méfiez-vous de l’eau qui dort.

Moon Duo

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Le guitariste des hypnotiques Wooden Shijps,  Ripley Johnson sort avec sa partenaire Sanae Yamada un premier album en mars dernier, sous le nom de Moon Duo. Mazes est une collection de morceaux réellement labyrinthiques, du shoegaze de haute tenue (Seer) au costard taillé dans le rock’n'roll, le vrai (Mazes, à écouter ci-dessous).

Avec une production plus élaborée que sur leurs deux précédents EP, Killing Time (2009) et Escape (2010), les titres de Mazes ont souvent plusieurs étages, une base de guitare lourde sur laquelle s’ajoutent synthé et beats. Un son intense qui colle au perfecto.

Nouveau clip : Fallout


Ganglians

Après un album halluciné mais attachant , les Ganglians seront de retour à la fin de l’été avec un nouvel album, Still Living, ce qui est rassurant en soi. A l’écoute du premier single Jungle, on constate que la patte des Ganglians est toujours là :  guitares fuzzy et choeurs à gogo.

Le clip montre en revanche un changement de physique des membres du groupe assez surprenant. Les Ganglians semblent être restés coincés sur le tournage d’une mauvais production des années 80, peut-être à la suite d’un bad trip. Nous pensons fort à eux.

Nouveau clip : Jungle

Crédits photo : Erika M. Anderson (EMA), Aylin Gungor (Moon Duo), Melchior Tersen (Ganglians)

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A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

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