Sonisphere 2011

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Première édition française pour le Sonisphere, ce festival de métal itinérant aux affiches toujours prestigieuses, mais qui aura souffert d'une organisation plutôt chaotique au désagréable parfum d'improvisation.

Crée en 2009 par un ex-employé de Live Nation, le Sonisphere poursuit son OPA et se pose en concurrent frontal du Hellfest, avec comme argument principal le fantasme ultime de toute une génération de Metalheads : réunir sur une même soirée le Big Four, nom donné aux 4 groupes de trash les plus populaires des années 80, c’est-à-dire Anthrax, Megadeth, Slayer et Metallica.

Too much, too young, too fast…

Avant de parler musique, commençons d’emblée avec les choses qui fâchent et le gros point noir du week-end : un site trop petit et une logistique pas vraiment à la hauteur pour accueillir autant de monde.

N’ayons pas la mémoire trop courte : le Hellfest ayant tout de même déjà déposé une fois le bilan (Fury Fest) et connu plusieurs années chaotiques avant de s’imposer comme l’un des plus grands festivals de métal européen. Difficile donc d’imaginer que pour la première édition du Sonisphere, tout allait se passer sans encombre. À la conférence de presse qui s’était déroulée en mars dernier en marge du concert de Slayer au Zénith de Paris, les organisateurs parlaient d’année zéro. On pouvait effectivement craindre le pire, surtout que la zone de loisirs d’Amnéville a plus des airs de fourre-tout bas de gamme avec ses thermes, son cinéma, sa piste de ski indoor, son zoo et son parc d’attractions cheap que d’un site capable d’accueillir plus de 40 000 personnes.

Heureusement le pire n’a pas eu lieu, même si de nombreux points noirs sont venus gâcher la fête. On va vous épargner l’inventaire à la Prévert, Juliette Legouy de Hard Force, le fait de façon très juste sur son blog et cela reflète parfaitement notre propre expérience : un camping gratuit improvisé et ouvert aux quatre vents, un système de navette frisant le ridicule et obligeant les festivaliers à plus d’une heure de marche pour rejoindre leurs tentes, des heures d’attente avant de pouvoir sortir du parking, des accès très difficiles pour les chaises roulantes et des bousculades ayant pu très mal tourner pour accéder aux devants de scène.

Il n’empêche qu’on peut se poser sérieusement la question de savoir si les organisateurs n’ont pas vu beaucoup trop grand, au risque de dégouter un bon nombre de festivaliers de retenter l’expérience l’année prochaine. Car pour s’imposer dans la durée, un festival se doit de créer une identité forte et ne pas miser entièrement sur la démesure d’une affiche au risque d’une course en avant sans fin. Le Sonisphere fait penser à ces reptiles affamés menaçant de s’étouffer en tentant de gober une proie trop grosse pour eux. La réussite des éditions à venir passera donc par une sérieuse remise en question au niveau du site et de l’organisation, car une chose est sûre : l’année prochaine Metallica ne sera pas là pour faire passer la pilule.

Vendredi 8 juillet : La nuit des Masques

Début des hostilités avec les courts sets de Bukowski et de Rise to Remain, l’occasion de faire connaissance avec l’agencement des lieux : deux scènes qui se font face et où les groupes alterneront tout au long de ces deux jours. Aucun chevauchement, donc pas de choix cornéliens à faire, mais des sets dont la durée est réglée au millimètre.

Premier groupe à vraiment enfoncer le clou : les tatoués screameurs de Bring Me the Horizon. Encré des pieds à la tête, et T-shirt Michael Jordan sur le dos, Oli Sykes mettra environ 30 secondes avant de se retrouver dans le pit et une chanson avant de lancer le premier circle pit. Les fans girls sont accrochées au premier rang et BHM envoie la sauce. C’est rapide et agressif, tout en restant très mélodique. Le côté propret et très looké glam-emo peut énerver, mais le set est bon. Précis, efficace, toujours dans le timing. Une excellente entrée en matière et un petit clin d’œil à Slipknot en fin de concert.

Plus complexe, la musique de Mastodon, ne provoquera pas les mêmes débordements dans le pit, mais ravira l’auditeur exigeant par leurs morceaux aux structures bizarres et aux ramifications étranges, à l’image de l’espèce de pieuvre trônant sur le drapeau à l’arrière de la scène. Pas vraiment un groupe de festivals, mais leur prestation sera néanmoins récompensée par une armée de Devil’s horn.

Premier concert en France depuis plus d’un an pour Gojira (aka. le groupe de métal que la Terre entière nous envie). Ocean Planet et Backbone en entrée de jeu et toujours le même plaisir d’être sur scène. Quinze ans que le groupe joue ensemble et l’harmonie est parfaite. Tous les albums sont passés en revue, avec une prédominance des deux derniers et ils se permettront même un rappel sur Oroborus. Un retour au pays triomphal pour une chevauchée épique de plus de 60 minutes. Heavy.

Autre cavalcade effrénée, celle des Australiens d’Airbourne, qui comme à leur habitude n’auront pas ménagé leurs Marshalls et ils nous auront sortis leurs gimmicks habituels : canette de bière smashée sur la tête, solo de guitare au sommet d’une structure métallique à la hauteur vertigineuse, bouteille de vin descendu au goulot sur Cheap Wine, et poses de rock star à n’en plus finir. Airbourne joue vite, Airbourne joue fort. Airbourne est un shoot d’adrénaline pure. De la testostérone et des guitares. Rock’n roll will never die.

Vu, revu et re-revu, il y avait pourtant quelque chose de very spécial à voir Slipknot clôturer cette première journée. Alors oui Slipknot c’est la grosse tarte à la crème US, et cela fait belle lurette qu’a disparue toute trace de spontanéité dans ce gros rock’n roll circus savamment étudié pour remplir les arènes. Et pourtant, l’émotion était palpable derrière les masques et les mises en scène. Un an après la mort soudaine de Paul Gray, leur bassiste, cette tournée-hommage prend des airs de thérapie de groupe. Au milieu de la scène, la basse de Paul posée à côté d’un uniforme rouge vide. Il n’y aura pas de bassiste visible pendant le show, le remplaçant de Paul restera dans les coulisses pendant toute la durée du set.

Pour ce qui est du concert en lui même, impossible de ne pas se prendre au jeu, puisqu’en live Slipknot cela reste quelque chose d’extrêmement bien rôdé. D’ailleurs avec une setlist faisant la part belle au premier album, il aurait été dommage de bouder son plaisir de gamin. Corey Taylor est un frontman redoutable. Derrière lui, une déferlante furieuse de guitares et de percussions. Le son est étonnement clair et bien mixé. Les kits de batterie s’élèvent dans les airs. Sid est en slam permanent. Et Shawn Clown Crahan semble superviser le tout de son air narquois.

Un excellent moment et un bel hommage à leur frère disparu.

Samedi 9 juillet : Préliminaires

Arrivés sur le site pour les dernières notes du set très court (30 minutes) de Mass Hysteria, la seule chose qu’on entendra d’eux sera l’intro de Creeping Death jouée à la fin de Furia. Un clin d’œil aux four horsemen très à propos puisque ce sera également le dernier morceau de l’incroyable setlist jouée par Metallica dans la soirée. Entre ces deux moments : une longue série de préliminaires avant une explosion finale de plus de deux heures.

Le seul véritable fiasco de cette journée restera le set raccourci de Papa Roach. Mais au vu de la prestation poussive et ennuyeuse de cette gloire éphémère de la scène nu-metal de la fin des années 90, on en vient à se dire, que les problèmes techniques n’ont pas que des mauvais côtés. Même The Last Resort, en fin de set n’arrivera pas à faire décoller quoi que ce soit.

Connus essentiellement grâce à Am I Evil et Helpless, deux de leurs titres régulièrement joués par Metallica en clôture de leurs concerts, les Anglais de Diamond Head auront bénéficié d’un intérêt poli et d’un très bon accueil. Tout comme Loudblast qui aura fait le job avec son death old-school d’excellente facture, quoique très répétitif.

Mais les choses sérieuses commenceront avec Anthrax, le premier représentant du Big Four à démarrer les hostilités. Joey Belladona le chanteur est de retour, tout comme ses grimaces improbables et sa voix haut-perchée. Du speed-metal dans toute sa splendeur. Énergique. Agressif. Ça court dans tous les sens et ça fait plein de reprises : Antisocial de Trust, Got the Time de Joe Jackson et même quelques notes de Refuse / Resist de Sepultura, Andrea Kisser ayant rejoint le groupe pour remplacer Ian Scott sur cette tournée estivale.

Moins « joyeux », Slayer et ses blasts de l’enfer. Lourd. Massif. Araya et consorts déploient l’artillerie lourde, même si le soleil brille encore haut dans le ciel. South of Heaven, Mandatory Suicide, Reign in Blood et Angel of death toujours aussi efficaces.

Pour Megadeth, l’auteur de ces lignes ayant clairement un problème avec le groupe de Dave Mustaine, il se contentera de mentionner qu’autour de lui tout le monde avait l’air de plutôt aimer. Ils ont joué Symphony of destruction, A tout le monde et son refrain improbable et à la fin sur Peace sells, un roadie déguisé en squelette est venu pointer la foule du doigt pendant de longues minutes et on se serait presque cru à un concert d’Iron Maiden (en beaucoup plus cheap).

Mais outre le Big Four, il y avait également Volbeat ou un groupe profondément enthousiasment et une machine à tubes imparable. Si Michael Poulsen, le chanteur, entame le concert en blaguant sur le Big Five, et en hissant Volbeat au rang de ses illustres ainés, il n’est pas si loin que ça de la vérité. Volbeat a largement le niveau pour jouer dans la cour des (très grands). Leur musique est une synthèse parfaite entre Metallica, Johny Cash et Social Distortion. C’est-à-dire l’une des meilleures choses qui soient arrivées au rock’n roll depuis bien longtemps.

Le set est bien sûr beaucoup trop court, mais on retiendra Still Counting, Sad Man’s tongue et une cover de Dusty Springfield (I only wanna be with you) repris en chœur par un public français qui ne devrait pas tarder à plébisciter ce groupe de la même manière qu’il l’est déjà en Europe du Nord.

« Metallica is with you… »

Tels furent les premiers mots de James Hetfield avant d’entamer Hit the lights, ou le premier brulot d’un concert qui restera dans les annales de la meilleure playlist ever.

<fanboy>

Et oui vous avez bien lu. Hit the lights en intro. Suivi de Master of puppets, The shortest straw et Seek and destroy. L’enchainement est dantesque. Après leurs premiers concerts donnés en Allemagne et en Suède la semaine passée, il se murmurait déjà que les titres joués allaient en surprendre plus d’un, mais entre le lire et le vivre la différence est de taille.

Ulrich debout derrière ses futs. Trujillo tournoyant comme un possédé. Et Hetfield dominant l’assemblée de son imposante stature. Lorsque le public croit à une accalmie, le concert reprends de plus belle avec Welcome Home (Sanitarium) repris par 40 000 voix avant d’embrayer sur Ride the ligthning. Seul le dispensable The Memory Remains troublera la perfection de cette suite magique. Heureusement All nightmare long et sa chevauchée effrénée viendra très vite faire oublier cette légère faute de goût et le groupe se permettra même un long passage instrumental (Call of Ktulu) avant de livrer un assaut final de plus de 45 minutes avec One / For Whom the Bell Tolls / Blackened / Fade to black / Enter Sandman

Pour le rappel, le moment tant attendu de voir le Big Four au complet n’aura finalement pas lieu, Megadeth et Slayer étant directement repartis après leurs sets. Ce sera donc Anthrax et Diamond Head qui rejoindront les Mets pour tout naturellement reprendre Helpless, Am I evill ayant déjà été joué plus tôt dans l’après-midi.

Une petite déception donc, très vite effacée par Damage Inc et surtout Creeping Death qui cloutera définitivement le show et le festival.

</fanboy>

Crédits photo : Philippe Barbosa

[EDIT]  : On me signale qu’Helpless aurait été également joué par Diamond Head dans l’après-midi.

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: Fondateur de Discordance.

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