Son of Dave au Café de la Danse

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Un « one-man band » qui fait plus de bruit à lui seul que 5 personnes, c’est le concept Son of Dave. Le Canadien, alias Benjamin Darvill, propose un concept novateur dans le monde musical, qui ne prend son sens que sur scène : il se sample, se resample, jusqu’à avoir sa ligne de basse, ses percussions, afin de chanter et de jouer à sa guise, sa propre voix en chœur, ses soufflements en fond sonore.

Impressionnant de dextérité, de maîtrise, Son of Dave fait autant son show personnel que de la musique. Artiste complet, qui déteste la guitare et ne jure que par l’harmonica, il nous propose avec ses albums (brillamment intitulés… 01, 02, et 03) un son à mi-chemin entre le beat-box, le hip-hop, le blues, voire le rockabilly.

Il fait froid au Café de la Danse, en ce vendredi soir de mars. L’estrade de la petite salle aux pierres apparentes est pourtant pleine, il en va de même pour le bar qui permet d’assister au concert en surplomb. Au programme de la première partie : chanson française. Choix un peu surprenant avant Son of Dave, surtout que les trois jeunes hommes, un guitariste, un claviériste et un percussionniste, nous livrent une prestation plutôt molle. Des sonorités très bluesy et des paroles un peu plates, beaucoup de déjà-vu.

Vers 21h, Son of Dave arrive sur scène… non pas pour commencer son concert, mais pour le préparer : méticuleusement, il installe ses instruments, remet en place ses harmonicas, fixe son micro. Affublé de son chapeau, d’un pyjama et d’une robe de chambre, on a presque l’impression d’être dans son salon, surtout qu’au moment de commencer, il nous avoue sa nervosité, nous montre ses mains qui tremblent de stress. Il entame le concert sur la première chanson de son nouvel album, Shake a Bone, qui, emblématique de ce dernier, est beaucoup moins vocal et beaucoup plus technique que 03, son précédent opus. Toujours aussi déchaîné, Son of Dave, un peu perdu au début, prend vite le pli et se lève de sa chaise, s’approche de nous, mime ses paroles, demande la contribution du public (malheureusement pas très réceptif) sur le refrain de I just wanna get high with you (03).

Aucun de ses concerts ne se ressemble, puisqu’il se resample à chaque fois  : il faut le voir pour le croire. Introduit au public français par l’émission Taratata l’année dernière, où il avait notamment interprété Fever en duo avec Moriarty, Son of Dave n’est pourtant pas un petit nouveau du monde musical : à 16 ans, il jouait déjà dans des groupes de blues, puis avec son groupe Crash Test Dummies. Avec son projet solo, Son of Dave, ce sont déjà 4 albums, dont le premier en 1999. Aperçu en festival l’été dernier (notamment au Cabaret frappé à Grenoble), on ne le découvre vraiment sur la scène française que ce soir.

Au fur et à mesure, il dégèle l’atmosphère : notamment quand son micro tombe et qu’un technicien se précipite pour le remettre, il explose de rire, et nous avec lui. La salle applaudi sa manière unique de continuer à s’obstiner, malgré les contraintes techniques de son dispositif musical : un sample qui ne lui convient pas doit être refait, il change constamment d’instrument et se perd dans le fouillis qui s’accumule à sa droite.

L’inconvénient du « one-man band » est notamment de trouver des moyens pour meubler ces moments de solitude où il se penche sur sa setlist, remet son micro, etc. À défaut de se taire, il transforme la scène du Café de la Danse en stand up comedy show et nous fait bien rire, en nous décrivant sa setlist (en français, s’il vous plaît), allant chercher quelqu’un dans le public pour l’installer à côté de lui sur scène… il va même jusqu’à nous raconter une blague (l’humour canadien, on ne connaissait pas) tout en nous disant « Sometimes, just, sometimes, I wish I had a band ! ».

Il enchaîne avec ses classiques : Ain’t going to Nike Town, Lover not a fighter, San Franscisco, alors que le public s’amoncelle dans la fosse, danse, se déhanche, des plus âgés (60 ans), aux plus jeunes (7 ans). Après 1h30 de concert, Son of Dave s’en va, comme un prince, on le rappelle, il semble perdu, et nous dit « normalement, ça n’arrive pas… qu’est-ce que je vais faire maintenant ? ».

C’est avec regret qu’on quitte l’ambiance réchauffée du Café de la Danse et l’univers survolté de Mr Darvill. Au pays du fils de Dave, l’harmonica est roi, la guitare est bouffon, et c’est l’artiste qui remercie le public d’être là, et non l’inverse : ce sont vraiment des artistes qu’on apprécie d’aller les voir…

Crédit photos : Nadège Abadie

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A propos de l'auteur

Image de : Virgile n’a pas écrit Les Bucoliques, ni L’Enéide. Il n’est pas poète, encore moins latin et surtout pas mort. D’ailleurs, il n’est même pas un il. Reniant ses héritages classiques, Virgile connaît toutes les répliques d'Indiana Jones et la Dernière Croisade, loupe son arrêt si elle a le dernier Margaret Atwood entre les mains, et a déjà survécu sur des sandwiches cornichons-moutarde. Elle va avoir tendance à considérer la publicité comme une forme d’art, se transformant en audio guide dans les couloirs du métro, les salles de cinéma et même devant du mobilier urbain qui n'en demandait pas tant. Outré, Virgile le poète s’en retourne aux Enfers pendant que Virgile l'anachronisme rêve d'embarquer pour un aller simple destination Osaka. Pour plus d'info: http://www.twitter.com/_Virgile

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