Somewhere

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Le premier film très attendu de l'année déçoit malgré quelques jolis moments. Somewhere de Sofia Coppola ne répond pas aux attentes que l'on pouvait avoir concernant la réalisatrice de Virgin Suicides, Lost in Translation et Marie-Antoinette.

D’abord, la première scène annonce le rythme du film : il sera monotone, répétitif, à la limite de l’ennui. Le sujet de Somewhere (« Quelque part »), c’est le vide de cet acteur hollywoodien réfugié dans la suite 59 de l’hôtel du Château Marmont, qui ne sait pas qui il est ni ce qu’il veut. Perdu entre filles (on ne s’attardera pas sur le fait psychologique perturbant qu’elles sont toutes blondes comme sa fille, et que l’une d’entre elles a un physique très enfantin), argent, alcool, chagrin et déprime, Johnny Marco va peu à peu reprendre goût à la vie grâce à Cléo, sa fille de onze ans.

La réalisatrice filme avec sincérité ce lieu mythique où elle a habité, et a décelé l’alchimie qui se créerait entre ses acteurs principaux : Stephen Dorff (Cecil B. Demented), à qui elle donne la possibilité de montrer l’ampleur de son talent, et Elle Fanning (L’étrange histoire de Benjamin Button, Babel), qui n’a pas encore la prestance de sa sœur, mais qui choisit mieux ses rôles (Dakota a beaucoup tourné après Sam, je suis Sam pour enfin se démarquer en interprétant Cherry Currie dans The Runaways).

Mais le scénario est faible, les scènes d’ouverture et de fermeture sont une métaphore trop facile (et il n’y a pas que celle-là), les silences se font trop présents (même si Sofia Coppola travaille les non-dits, il y a des limites), et si la musique est signée Phoenix et attire nombre de fans, on retient plutôt la présence des Foo Fighters, des Strokes, de Police, de T. Rex, de Sébastien Tellier (scène également francisée par la présence de Aurélien Wiik) et de Amerie (One Thing étant sa seule chanson excellente). Les Versaillais ont fait un travail de production plus que de composition.

Somewhere est loin d’être mauvais, mais la bande-annonce montrait tout et le long métrage perd de sa fougue.

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A propos de l'auteur

Image de : Disons-le tout de suite, L. est une passionnée. Barney Stinson a même dit de L. : « Her passion is always suited up ! » Au-delà d’une admiration sans limite pour Jónsi, Ian Curtis, Noel Gallagher, Jamie xx, Sheldon Cooper et Abed Nadir, cette Parisienne nostalgique des débuts de Muse n’a de cesse de satisfaire sa boulimie culturelle, au travers de salles obscures, de salles de concert et de festivals ; mais aussi en se plongeant dans une œuvre littéraire ou philosophique ; et en s'essayant à la photographie dans les rues de Montréal d'abord, celles de Paris ensuite. À l’affût de nouvelles découvertes, L. n’oublie pas qu’elle a été élevée aux vinyles, de Led Zep à King Crimson en passant par The Beatles. L. est musicalement amoureuse de Thom Yorke, mais L. est aussi une amoureuse des mots ; elle aime les lire comme les écrire, puisque la culture ne serait rien sans le partage. Aussi publie-t-elle ses impressions, ses critiques et ses coups de cœur sur son blog, nommé en hommage à la célèbre symphonie de Beethoven: Curse of the Ninth Symphony.

10 commentaires

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  1. 1
    le Samedi 8 janvier 2011
    isatagada a écrit :

    Hé bien, les critiques vont toutes dans le même sens on dirait. Voilà un film que je n’irai certainement pas voir, merci L. !

  2. 2
    L.
    le Samedi 8 janvier 2011
    L. a écrit :

    Il y a de jolis moments tout de même !

  3. 3
    le Samedi 8 janvier 2011
    Cine-emotions a écrit :

    Tiens on est pas d’accord :)

    Non pour moi ces longueurs (dont je peux parfaitement concevoir qu’elles peuvent créer de l’ennui), sont ce qui va de mieux avec le film, ce qui pèse à l’intérieur, le propos que l’on peut en tirer.

    Cela dit, le bémol que je poserais, c’est que j’aimerais voir Sofia Coppola dans un autre registre, avoir un peu plus de fougue et quitter ce qu’elle sait faire de mieux. La preuve les gens commencent à se lasser de son cinéma.

  4. 4
    VIOLHAINE
    le Mercredi 12 janvier 2011
    VIOLHAINE a écrit :

    Après sa « Trilogie sur l’ennui », je m’attendais vraiment à ce qu’elle commence à DIRE autre chose. Pas à MONTRER autre chose, parce que j’aime son esthétique, ses lenteurs, mais qu’elle change de propos.

    Un acteur sur le tard qui s’ennuie dans un hôtel, ok, on a déjà vu.
    Le héros qui chouine sa détresse au téléphone sans être compris à l’autre bout du fil, ok, on connaît.
    Le héros qui fait sa promo en pays étranger et qui est pressé de rentrer ?
    OK…

    Ce qui manque au film c’est un véritable déclencheur, un élément perturbateur. Le départ de la mère n’en est pas vraiment un, il arrive trop tard dans le film, on est déjà englué.
    Pourquoi raconter une histoire sans accrocs ?

    La fin également est un peu facile, elle n’explique rien, ne DIT même rien.
    Ne justifie pas non plus le titre du film.

    Reste que les plans sont très jolis et les acteurs très bons, même Chris Pontius, de Jackass, contre toute attente. :)

  5. 5
    L.
    le Mercredi 12 janvier 2011
    L. a écrit :

    @ Cine-emotions : je ne suis pas frileuse quand il s’agit de longueurs pesantes travaillant le film, mais là Sofia en abuse très largement.

    @ Violhaine : en ce qui concerne le titre du film, je le trouve très juste.

  6. 6
    Loïc
    le Mercredi 12 janvier 2011
    Loïc a écrit :

    « La preuve les gens commencent à se lasser de son cinéma. »

    Personnellement je m’en suis lassé dès Virgin Suicides. Des personnages agaçants de mièvrerie et de prévisibilité, un manque de rythme à la limite du soutenable… Le seul film qui « sauve » S.C. à mes yeux reste Lost in Translation.

    Revenons à Somewhere. Ce qui manque au film, pour paraphraser VIOLHAINE, c’est un propos que l’on n’a pas déjà vu cent fois au cinéma et a fortiori dans les films de S.C. Il n’y a pas que la fin qui soit facile, c’est tout le film. Elle ne prend aucun risque. Dans un sens elle a raison, elle aurait tort de se priver des acclamations d’un public aimant se complaire dans des plans à la lenteur calculée (et donc nécessairement (?) beaux). Remarquez c’est bien, ça donne l’occasion aux Inrocks de faire ce qu’ils font de mieux : des critiques vides où on se regarde écrire : http://www.lesinrocks.com/cine/cinema-article/t/57176/date/2011-01-04/article/somewhere.

    Je pense que S.C. ne change pas de registre parce qu’elle en est incapable. Elle a trouvé un filon et ne lâchera pas. Elle a la chance de prendre de bons acteurs et c’est en définitive son seul mérite.

    En revanche j’aurais aimé lire un commentaire sur la chronique elle-même. Je sais qu’on va me traiter de psychorigide mais je comprends mal pourquoi il y a si peu de choses sur le film lui-même. A moins que comme tous ceux qui ont tenté de le critiquer (et qui finalement se sont contentés de faire l’apologie de la filmographie de S.C. et de ses talents indéniables pour sublimer l’ennui), L. se soit aperçue qu’il n’y avait finalement pas grand-chose à en dire ?

    On a donc un film « monotone, répétitif, à la limite de l’ennui » mais « loin d’être mauvais »? Soit. Il est surtout loin d’être bon.

  7. 7
    L.
    le Mercredi 12 janvier 2011
    L. a écrit :

    @ Loïc : C’est le rythme que j’ai défini ainsi, pas le film. Donc ne le mets pas à côté de « loin d’être mauvais » !

    Il y a des choses à dire sur le film, mais j’ai pour habitude de faire court (surtout par manque de temps). J’essaie d’être claire et d’aller à l’essentiel. Mais je ne suis pas contre les discussions qui en découlent.
    J’ai terminé par cette note plutôt positive car, si personne n’avait su que c’était Sofia Coppola à la caméra, le film n’aurait pas reçu de critiques si extrêmes (dans les deux sens).

    Mon avis sur ce film est mitigé, et j’en parle avec beaucoup de monde depuis sa sortie. J’essaie de le sauver auprès de ses détracteurs, et je tente d’ouvrir les yeux aux adeptes de Sofia Coppola qui ne prend plus aucun risque et s’enferme dans son cinéma.
    J’ai été déçue par la réalisatrice, mais finalement, ce long-métrage n’est pas si mauvais : certaines jolies séquences le sauvent, le travail sur le son est impeccable et la photo n’est franchement pas dégeulasse…

  8. 8
    Loïc
    le Mercredi 12 janvier 2011
    Loïc a écrit :

    Rectification : si personne n’avait su que c’était Sofia Coppola à la caméra, personne n’en aurait parlé (à peine quelques lignes par-ci par-là, tout au plus).
    Le problème des films de Sofia Coppola est qu’il y a TOUJOURS de jolies séquences qui « le sauvent ». Dans ce cas je propose qu’elle ne fasse plus que des courts-métrages : on s’ennuierait moins et elle n’aurait pas à meubler entre les jolies scènes.

    Au temps pour moi, concernant la confusion rythme / film. Seulement pour moi un bon film ne peut pas avoir un tel rythme. Il peut avoir un rythme lent, voire très lent, mais pas « à la limite de l’ennui ».

    Il est dommage qu’essayant à la fois de le sauver auprès de ses détracteurs et d’ouvrir les yeux des adeptes de Sofia Coppola tu aies pris le parti d’attendre les commentaires pour le faire. Je sais bien qu’au vu de l’actualité brûlante du film il fallait publier rapidement. N’empêche. Cela étant, au moins es-tu réactive dans les commentaires pour discuter ! :)

    (Il fallait bien que je termine sur une note positive, quand même)

  9. 9
    L.
    le Mercredi 12 janvier 2011
    L. a écrit :

    J’ai employé « à la limite de l’ennui », parce que je pense que ça dépend des circonstances. Et puis, si on est à la limite, c’est qu’on n’est pas tout à fait dans l’ennui !

    Je suis de celle qui pense que les discussions affinent un point de vue. Ma critique à été écrite à chaud, et d’habitude j’écris seulement pour moi, pour me souvenir du ressenti presque immédiat. Si quelques lecteurs peuvent en profiter, pourquoi pas ; c’est pour ça que j’ai un petit site, pour le partage.

    Mais comme j’ai publié aussi sur Discordance et que les commentaires sont intéressants, je prends le temps de répondre !

  10. 10
    Loïc
    le Mercredi 12 janvier 2011
    Loïc a écrit :

    « Et puis, si on est à la limite, c’est qu’on n’est pas tout à fait dans l’ennui ! »

    J’avoue avoir souri. La frontière est fine mais tu as raison. De toute façon chaque personne percevra différemment le rythme d’un film. Certains s’ennuient plus vite que d’autres, c’est totalement subjectif (ça tombe bien : c’est le but des critiques).

    Pour info (et pour les gens que ça intéresse), un article pas mal paru aujourd’hui au sujet de Somewhere : http://louvreuse.net/Critique/somewhere.html.

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