Solidays

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Dix ans. Cela fait dix ans que l'association Solidarité Sida organise le festival Solidays, plaçant ce dernier à la troisième place dans le classement français. Trois jours qui mériteraient de s'étirer à l'infini tant ils sont chargés...

solidays2Entre les cinq scènes constamment occupées par une programmation allant de Yelle à The Subways en passant par Tiken Jah Fakoly, et toutes les activités installées sur le site, on se croirait en séjour organisé à courir de droite à gauche pour être certain de rentabiliser ses vacances.

Premier point fondamental du festival Solidays : la solidarité. Car non seulement tous les bénéfices sont reversés à l’association solidarité sida, mais c’est dans une ambiance réellement communautaire et militante que se déroulent les trois jours du festival.

Un petit tour du site permet de prendre connaissance des lieux de rassemblement et d’information à ne pas louper. Bien en évidence : le point rencontre, avec ses transats et ses petites tables rondes où chacun peut échanger et discuter sur tous les sujets. Tenu par les bénévoles ce lieu est aussi l’occasion de préciser un peu plus tous les stands à disposition, la liste étant ici bien plus longue que dans n’importe lequel des festivals.

Comme une porte ouverte pour la troisième dimension, l’espace Au bout du monde fait partie de ces petites merveilles qui devraient apparaître dans tous les lieux festifs d’ici peu. À l’écart des scènes, perdu dans un petit champ, les organisateurs ont eu la merveilleuse idée de recycler une grange de l’hippodrome pour en faire un bar-lounge. Mais attention s’il vous plaît, ici on mange bio et on prend le temps de choisir le petit vin qui va bien pour accompagner tout cela. Grâce à l’entrée donnant directement sur le camping, c’est dès dix heures du matin que l’on y trouve l’équipe de bénévoles, accueillant les premiers campeurs venus se remettre de leur nuit.

Stratégiquement placé entre les deux grandes scènes, le village associatif a réservé un coin tout particulier pour les 100 associations venus des quatre coins du monde et qui tiennent le village solidarité. On les écoute, on prend conscience du drame, on s’informe sur les actions faites sur place, et on ne peut continuer notre chemin sans faire un tour au forum Solidarité Sida . Ici les acteurs de terrain sont là au même niveau que les festivaliers et les bénévoles pour organiser des tables rondes et prendre par au débat. Alors bien sûr, s’informer sur le sida c’est bien, mais parce qu’agir contre c’est mieux, impossible de continuer son chemin sans passer par l’espace Solidarité Sida Afrique . Pour apporter son soutien aux malades ou tout bêtement participer au Fond Solidarité Sida Afrique, un stand qui nous permet de réaliser ces petits gestes et qui nous laisse continuer notre chemin plus léger…

Un peu plus loin c’est l’un des lieux les plus humains qui attend les festivaliers. Le Patchwork des noms est en effet une association qui apporte tout son soutien aux proches des victimes du sida. Pour les aider à faire le deuil chacun confectionne un bout de tissu à la mémoire du disparu qu’il pourra ensuite déployer devant la grande scène, pour un moment consacré au recueillement. Intense partage où plusieurs proches de victimes monteront sur scène pour nous lister des prénoms. Des prénoms d’inconnus mais qui prennent ici le même écho terrible de la maladie qui les a emportés. Une fois tous les carrés de tissu étendus c’est à notre corps de symboliser l’ampleur de la maladie, chaque festivalier s’étendant tant bien que mal pour un diing d’une minute.

les_batucadaVéritable lieu de rencontre que la grande scène donc, tout particulièrement pour l’hommage aux associations organisé le dimanche après-midi. Venu de la Roumanie, de l’Inde et de nombreux pays d’Afrique c’est empli d’une force indicible que s’exprime chaque représentant. Très peu soutenu dans leur pays, voir méprisé, le rendez-vous Solidays est donc l’occasion pour tous de récupérer un peu de force et de sentir que le combat continu. Témoignage d’une situation qui empire ou véritable coup de gueule, un moment fort et qui sert de leçon.

Enfin, à ne pas oublier surtout, tous les partenaires présents sur le site. La Région Île de France, la Mairie de Paris, la Banque Postale, le Conseil Général des Hauts de Seine, l’ UCPA, Durex et Guitar Hero, tout ce beau monde qui en plus de participer activement à l’organisation du festival installe pour notre plus grand bonheur des activités toutes plus variées les unes que les autres.

Car non seulement Solidays est un festival de musique, un rendez-vous militant et solidaire mais c’est aussi l’occasion de s’éclater entre amis et de repousser ses limites, toutes ses limites.

Commençons par l’une des animations phares du festival : Sex in the City . Attention lieu déconseillé aux mineurs !! Le parcours a en effet pour but de vous confronter à de multiples situations abordant des thèmes comme le plaisir, le dépistage, les risques. Lors de votre avancée, vous aurez un questionnaire à remplir (anonymement bien sûr) interrogeant les différentes thématiques rencontrées. Vous pourrez ainsi entamer le dialogue avec les intervenants présents en fin de parcours si vous le voulez. Ça n’a sûrement l’air de rien à première vu mais juste pour l’anecdote imaginez ma tête lorsque je me retrouve à boire un liquide gluant et amer et que l’animateur me dit tout sourire « Vous venez de boire du sperme, y a-t-il un risque que vous soyez contaminée ? »

Une programmation musicale de grande qualité, qui trouve en plus son équivalence théâtrale grâce aux nombreux artistes de rue qui se baladent sur le site. Ne soyez donc point surpris ami festivalier de croiser de sensuelles fées et autres esprits magiques, flottant doucement du haut de leurs échasses. Dans un autre genre c’est une gigantesque marionnette, qui ne demande pas moins de cinq artistes pour la faire se mouvoir, qui risque de vous faire beaucoup rire. Mario (c’est donc son nom) est dur de la feuille et aime beaucoup les jolies filles ! Cette poupée africaine géante se voit de loin et vaut véritablement le détour. Mais parmi tous ces géants on retrouve aussi des artistes qui semblent eux se nourrir de toute la force de la terre : les Batuc’ados . Véritables prodiges de la batucada, l’équipe déambule sur tout le site avec leur show martelé et époustouflant, continuant de taper et de danser sous le soleil de juillet.

les_soeurs_de_la_perpetuelleThéâtre de rue bien sur, mais aussi théâtre installé pour ceux qui trouvent le temps de se poser entre deux concerts. Trois spectacles tourneront en effet sur le forum Solidarité Sida durant les trois jours : Sidamour écrite par une artiste malienne, Le théâtre invisible et Les soeurs de la perpétuelle indulgence . Très prise par les concerts, je n’ai malheureusement pas eu l’occasion de voir ne serait-ce que l’un de ces spectacles, mais j’ai eu la chance de croiser les Soeurs de la perpétuelle indulgence dans leur déambulation sur le site.

Très maquillées et aux robes de bonnes soeurs colorées, ces artistes nous chantent la tolérance et l’entraide. Produits monastiques miracle et tendance à la confesse très prononcée, quelques minutes de vrai bonne humeur aux vertus pédagogiques.

Pour les sportifs un mur d’escalade attendait juste à l’entrée, histoire de contempler la vue de Paris perché à 15 mètres. Sinon pour ceux qui voudraient admirer la vue sans les efforts que demandent l’escalade, deux solutions restent possible : une grande roue, mais certainement trop rapide pour réussir à voir quoi que ce soit (à par peut-être les amygdales de votre voisin qui hurle à la mort) et le saut à l’élastique. L’association Une idée en l’air, soutenu par Durex, était bien là cette année encore avec leur deux grues de 60 mètres et leur harnais spéciaux pour sauter à deux. À tous ceux qui voudrait partager une expérience inoubliable et peu banale je vous conseille vivement le saut à l’élastique en tandem. Par contre je ne sais pas si c’est le slogan Venez-vous envoyer en l’air avec Durex ou la folie passagère de l’ambiance (f)estival mais il fallait être motivé pour faire le grand saut : comptez bien deux heures de queue, voir trois pendant les migrations d’une scène à une autre.

Mais bien sûr Solidays c’est avant tout un festival de musique, donc une flopée de concerts à ne manquer sous aucun prétexte. 80 exactement qui raviront aussi bien les rockeurs (grâce à de petites perles comme Empyre ou Deportivo ), les fous d’électro, les fans de rap, les spécialistes du jump façon jazz manouche et bien évidemment les rasta-man en manque de solidarité et au besoin constant de lever le poing pour dire « Non ! ».

Exemple n°1 : le concert rock qui donne des courbatures au cou à force de secouer la tête. Sharko atteint une place très avantageuse dans ce classement grâce à un son déjanté et accrocheur mais surtout par le charisme du chanteur. Pantalon en cuir moulant, cheveux blonds décolorés, on en oublierait que ses soubresauts grunge sont bel et bien des souvenirs de notre rockeur qui doit friser la quarantaine. Mais ici ce n’est qu’un détail. Le groupe vit, porté par notre protagoniste principal qui se donne à fond, fendant la scène de son pas mécanique et sautillant. Résultat d’une telle électricité : toute la foule se sent prise d’une envie folle de sauter, fracassant gentiment l’épaule de son voisin par la même occasion.

Exemple n°2 : Les fins de soirées planantes sur les mixs des plus grands DJs. Gros coup de coeur pour l’une des rares représentantes féminines du domaine : Missil . Véritable poupée manga, arborant collant et petite robe rayés jaunes et interminables couettes brunes, le son que nous balance la demoiselle n’a rien à envier aux plus grands. Rock, ragga, même certains intermèdes très variétoches prendront ici une fougue et un rythme inattendus. Rester de marbre devant une pareille fée serait une insulte à tous les principes d’esthètes. Une heure magique qui se termine avec l’intervention d’un MC à la voix presque aussi grave que le fond de basse qui fait trembler le sol.

Exemple n°3 : Le moment rap, agrémenté du mythique mouvement vertical du bras droit. Il faut dire qu’il y avait le choix parmi les pointures du genre : Psy 4 de la Rime, I am, MC Solar, Kerry James, Grand Corps Malade et mes grands favoris : Beat Assailant ! Toujours aussi pro (cf. l’article [Beat Assailant au Bataclan->517]) le groupe a enflammé la grande scène en deux morceaux pour ne laisser s’éteindre le feu qu’une heure plus tard. La grosse révélation du festival sera pourtant Java . Un rap guinguette mariant l’accordéon au slam comme je n’aurais jamais cru cela possible. L’attirail de la casquette à carreau et de la salopette en jean n’empêchera d’ailleurs pas le chanteur de bondir d’un bout à l’autre de la scène, emmenant tout son public dans ses délires entre « Sexe, accordéon et alcool ! ».

dutronc Exemple n°4 : L’euphorie nouvelle chanson française. Car entre Thomas Dutronc, Cali, mais aussi les beaucoup moins marketing Têtes Raides, Cow-boys Fringants ou la Caravane Passe on peut dire qu’il y avait de quoi être fier de nos artistes nationaux (sauf évidement durant l’heure douloureuse où Yelle était sur scène). Au menu une entrée rock avec les Têtes Raides le vendredi soir, un plat copieusement arrosé sous les tribulations Québécoises des Cow-boys Fringants et un dessert qu’on savoure jusqu’à la crise de foie avec la Caravane Passe le dimanche soir. Ces derniers nous livre en effet un mélange oriental-rock où la derbouka se mêle aux guitares électriques et où l’habituel discours politique reste teinté d’humour. Malgré la petite scène, le public trouve sans problème la place d’onduler ou de jumper selon les sonorités que nous envoie toute l’équipe, hurlant en coeur les refrains des morceaux les plus connus.

Exemple n°5 : Le concert reggae engagé où flotte une douce fumée blanche. Ici encore les grands noms se suivent et déploient toutes une palette de style allant de Dub Incorporation, à Patrice en passant par Toots and the Maytals, et celui qui conclura cet anniversaire : Tiken jah fakoly . Des concerts où tout le monde se sent plus africain que jamais, débordant d’amour autant que d’un sentiment extrême d’injustice. Patrice reste d’ailleurs le meilleur représentant du concert pour amoureux. Tout d’abord par son reggae aux touches pop et câlines mais tout particulièrement grâce à l’apparition de la belle Ayo . Malgré une voix cassée encore fragile, la demoiselle accepte de pousser la chansonnette et fini le set dans les bras de notre chanteur pour un zouk des plus sensuel. De l’autre côté de la balance c’est bien évidemment Tiken Jah Fakoly qui laissera le souvenir le plus marquant. Dernier concert du dimanche soir, installé sur la grande scène alors que toutes les autres sont déjà vidées, c’est donc presque 50 000 festivaliers qui se retrouvent pour partager ce reggae engagé et fort. Image presque surnaturelle de notre Africain au boubou énorme et gonflé par le vent, secouant ses rastas et dansant comme un sorcier Massaï d’un bout à l’autre de la scène. Rythme lent et percutant, voix grave et rocailleuse, le tout ponctué par les douces interventions des deux choristes et nous voilà baignant dans un vrai reggae du retour au source. Mais un concert de reggae ne serait pas complet sans son lot de discours exposant les dettes, la guerre, les manques de soins, les problèmes politiques et autres fléaux qui minent l’Afrique (on en oublierait presque que le sujet principal est le SIDA). Un vrai moment de rage commune contre tous nos chers politiques mais qui apparaît bien superficiel face à l’ampleur du travail qu’il reste encore à effectuer.

Du bon, du très bon même du début à la fin, éclectique et pro jusqu’au bout, si ce n’est pour le concert tant attendu des dix ans. Peut-être suis-je restée sur l’idée toute faite que pour un événement pareil un vrai rassemblement demande normalement au moins une vingtaine d’artistes avec toute une palette de chansons mise en scène pour un vrai moment de partage, un mini-concert des Enfoirés quoi ! Et bien non seulement la programmation compte moins de quinze chanteurs, mais la minuscule heure de show enchaîne ratés sur ratés. Asa s’amuse toute seul durant son duo avec Yael Naïm, notre Israélienne restant figée comme un piquet; Raphaël se serait pris des tomates si le public en avait eu sous la main tant sa prestation pleurniche; Jeanne Cherhal et La Grande Sophie essaye de partir en impro sans réussir à coordonner un seul de leur « Oh! Ouh ouh ! » et autres dérivés d’onomatopées et même DJ Zebra qui assure toujours des shows réglés comme des montres suisses laisse ici des gros blancs entre ses différents mixs.

ntm-2Comble du ridicule sur la fin lorsque toute la petite troupe semble prête à enchaîner sur une chanson mais ne pourra émettre plus de deux notes, interrompu par l’arrivée paniquée du grand maître d’orchestre de tout le festival : Luc Barruet . Un concert sauvé par la personnalité déjantée de Didier Wampas, réelle pile électrique aux allures de punk, et de deux duos de grande qualité : Renan Luce et Thomas Dutronc pour le premier et pour le second, surprise, les deux compère de chez NTM . Incroyablement il ne m’aura jamais était si plaisant de voir ces deux gaillard à l’allure de taulards s’insulter, ponctuant leur rap de sons gutturaux assez ignobles. En deux morceaux Joey Star et Kool Shen ont redonné vie à tous les festivaliers, sautant partout sur scène, grimpant sur les enceintes (on aurait presque pu croire à un élan de slam) et n’hésitant pas à s’empoigner pour rentrer à fond dans leur jeu. Le rap français est là, plein de sa rage mais aussi de sa parfaite maîtrise de la langue et de la force qui en explose.

Trois jours sans faille, si ce n’est cette impression constante de faire la queue pour tout. On attend pour rentrer, on attend pour prendre un verre, on attend dès qu’il s’agit de profiter d’une activité ou d’une autre. La richesse du site et l’ampleur de l’organisation nous oblige à faire des choix puisque physiquement il est impossible de pouvoir tout suivre.

Finalement Solidays c’est comme un gros buffet, on a tous les même ingrédients devant mais aucun de nous n’aura la même. Alors à chacun d’aller choisir ce qu’il veut et de savourer à fond jusqu’au dimanche soir (voir lundi matin pour les courageux restés sur le camping).

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A propos de l'auteur

Image de : J'ai atterri à Paris à mes 18 ans pour ma licence en art du spectacle chorégraphique. La danse, ou plutôt les danses sont en effet ma passion, aussi bien dans la pratique que sous leur aspect théorique. J'aime observer, analyser, comparer et essayer de comprendre, mais étant danseuse et comédienne avant tout, je sais aussi qu'il n'y a aucune vérité de jugement au niveau de l'art, il n'y a que des points de vue. Je reviens juste d'une année sabbatique qui m'a conduit entre San Francisco et Los Angeles et je m'apprête donc à continuer mes études avec un master en études théâtrales (le but étant d'intégrer un master pro en journalisme culturel l'année prochaine).

3 commentaires

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  1. 1
    le Dimanche 3 août 2008
    Dimitri a écrit :

    Et Asian Dub Foundation alors ?

  2. 2
    Pascal
    le Lundi 4 août 2008
    Pascal a écrit :

    Ça avait l’air bien sympa effectivement… Dommage que ça tombe chaque année pendant les Eurocks.

    Et Hocus Pocus ??

  3. 3
    le Dimanche 10 août 2008
    Spoon a écrit :

    J’y étais , ha punaise , ces trois jours gravés dans ma mémoire !

    Et Midnight Juggernaut Alors ?

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