Soap & Skin fait sa marche funèbre au Trabendo

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Niché dans le parc de la Villette, le Trabendo a rouvert ses portes le 12 avril dernier après un an de travaux. Qui dit locaux remis à neuf, dit nouvelle programmation. En ce mardi 17 avril, c'est la ténébreuse et non moins mystérieuse autrichienne Soap & Skin qui s'y colle pour défendre Narrow, son deuxième album sorti au mois de février. Accompagnée de son groupe, elle aura délivré une prestation des plus surprenantes, un concert ultra cérémonial aux faux airs de veillée funèbre, à la fois dérangeant et envoûtant.

En l’espace de deux albums, Lovetune for vacuum en 2009 et Narrow sorti en début d’année, Anja Franziska Plaschg, alias Soap & Skin, a su imposer son style singulier dans le petit monde de la musique indé. Rappelant aussi bien Bjork qu’Aphex Twin, ses expérimentations sonores ouvrent les portes d’un univers sombre, mélancolique et doux à la fois. Un univers qui a su séduire le public puisque le concert de ce soir affiche complet. Mais il aura fallu s’armer de patience pour pouvoir apprécier la performance de la demoiselle qui, du haut de ses 21 ans, aura joué malgré elle avec nos nerfs pendant pas moins de 45 minutes.

Car une fois installé dans l’enceinte du Trabendo tout nouveau tout beau, le public entassé au plus près de la scène n’a pas eu droit à la traditionnelle première partie. Non, point de découverte musicale ce soir. A la place, un laptop posé sur le piano qui jonche la scène balance une playlist bien rodée. Les minutes passent. D’abord gentiment. Ça papote tranquillement de ci de là. Mais l’heure tourne et l’impatience finit par prendre le dessus. Certains vont même jusqu’à soupçonner l’éventualité d’une annulation. Bon sang, Soap & Skin, où te caches-tu ? Tout vient à point qui sait attendre comme on dit. La playlist touche bel et bien à sa fin et les lumières s’éteignent. C’est bon signe !

C’est dans la pénombre que l’artiste fait (enfin!) son entrée au son de Deathemental. Elle se poste face au micro installé sur le devant de la scène. Anja semble quelque peu intimidée, cachée derrière sa longue chevelure désormais rousse. Mais par-dessus tout, elle est littéralement habitée par sa musique, presque possédée même, à vous donner des frissons. Sous ses faux airs de femme-enfant fragile et mal dans sa peau, elle apparaîtra au fil du concert comme une véritable prêtresse de la mélancolie, déversant ses chansons comme autant d’incantations pour exorciser ses démons, comme si une sorcière maléfique s’était cachée dans son corps de jeune fille qui se cherche encore. On restera notamment scotchés face à son interprétation de Marche Funèbre, chanson qui n’aura jamais aussi bien porté son nom et au cours de laquelle l’artiste était comme en transe.

Accompagnée ce soir par son groupe, composé d’un quatuor à cordes, un trompettiste et une choriste (qui n’est autre que sa soeur), c’est au piano que toute la fragilité et l’émotion de Soap & Skin frappent. Même si la voix se fait parfois fébrile et a bien du mal à monter dans les aigus (surtout sur Boat Turns Toward the Port), on ne peut que passer l’éponge sur ce détail tant l’artiste est bouleversante de sincérité, notamment sur Wonder ou Lost. Porté par ses musiciens, les morceaux de Soap & Skin prennent une toute autre dimension. Ils deviennent encore plus intenses et cérémoniaux que sur disque. Anja a beau ne pas être seule sur scène, elle reste néanmoins l’unique maître à bord du spectacle. Les musiciens, tout de noir vêtus, feront preuve d’une impartialité imparable tout au long du set, comme en signe de respect pour l’artiste qu’ils accompagnent.

Soap & Skin a surpris tout le monde en reprenant le titre Voyage Voyage  tube phare des années 80 signé Desirless, sur son dernier album Narrow. S’excusant par avance pour son accent, Anja nous aura fait la primeur de l’interpréter au piano, redonnant ainsi au morceau, tombé du côté du kitsch depuis belle lurette, sa vraie valeur. Voyage Voyage n’aura pas été la seule reprise de la soirée. En effet, Soap & Skin nous a gratifié d’un rappel au son de Pale Blue Eyes du Velvet Underground (titre qu’elle avait déjà repris lors de son passage à la Cité de la Musique l’an dernier dans le cadre du festival Days Off) et de The End de The Doors. Un exercice toujours risqué, mais que la jeune autrichienne a réussi avec brio.

« This is the end ». Pour ce soir, certes, mais Soap & Skin a encore bien des démons intérieurs à chasser. Un mal pour un bien car c’est l’occasion de la suivre encore de près dans sa quête de bien-être.

 Crédits photo : Nicolas Brunet

Soap & Skin @ Trabendo, Paris | 17.04.12Soap & Skin @ Trabendo, Paris | 17.04.12Soap & Skin @ Trabendo, Paris | 17.04.12Soap & Skin @ Trabendo, Paris | 17.04.12

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A propos de l'auteur

Image de : Fraîchement débarquée dans la vie active après des études de communication, j'assouvis ma passion pour la musique en jouant les apprenties journalistes et en écumant les salles de concerts parisiennes à la recherche de nouvelles sensations ! Et même si ma guitare commence à prendre la poussière, un jour j'arriverais peut-être moi aussi à faire quelques chose de mes dix doigts.

3 commentaires

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  1. 1
    Isatagada
    le Lundi 30 avril 2012
    Isatagada a écrit :

    « Voyage voyage » sérieusement ? Et elle raconte pourquoi ?
    Joli papier Hélène :-)

  2. 2
    Hélène
    le Mardi 1 mai 2012
    Hélène a écrit :

    Merci Isa !
    J’avoue que j’ai d’abord cru à une blague quand j’ai vu « Voyage Voyage » sur le tracklisting du deuxième album de Soap and Skin. Mais au final,c’est une chanson qui lui va bien. Pour la petite histoire, apparemment cette reprise intervient dans le cadre d’un film dans lequel Soap and Skin joue. Le long-métrage s’appelle « Nature Morte » et elle y interprète une prostituée qui a pour client un pédophile qui lutte contre un éventuel passage à l’acte. Du lourd ! ça donne envie ;)
    http://www.standardsandmore.fr/vu-lu-entendu/61-musique/402-soap-and-skin-interview-anja-plaschg

  3. 3
    Isatagada
    le Jeudi 3 mai 2012
    Isatagada a écrit :

    Donc le mystère reste entier. J’ai peur que nos amis étrangers trouvent que n’importe quelle chanson « en français » fait chic hahaha ;-)

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