SNTWN présente Tri-Angle Records | Point FMR | 10.02.12

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Soirée baptême et furtifs pas chassés ce soir au Point Ephémère: le label Tri Angle s’impose à Paris avec trois de ses plus massifs atouts, date s’inscrivant dans une première tournée européenne passant par Londres, Berlin, Amsterdam, Bruxelles et Paris. Holy Other, oOoOO et Balam Acab se succéderont sur scène pour ensuite se finir façon outrageuse décadence au son des DJs de Sonotown, gracieux webzine organisant la soirée.

Image de Soirée Tri Angle Records Balam Acab est le premier à affronter la double centaine de personnes présentes ce soir, capuche sur le sommet du crâne, laptop en première ligne et assistance sur le côté droit. Car, en effet, si le jeune Alec Koone a écrit et réalisé seul son magnifique et insondable premier album, Wander/Wonder, celui-ci est accompagné sur scène au micro par l’une de ses amies, Morgan. Le contraste est alors relativement saisissant au premier abord. Sur album, Balam Acab construit une musique abyssale, lascive, quasiment fœtale, puisque refermée sur elle-même. Les voix, souvent déformées, contribuent à ce sentiment irréel qu’on ressent, cette envie de se fondre dans l’air, de se laisser porter, absorber par l’air ambiant.

Voir donc Koone sur scène onduler comme une étoile de mer cagoulée tout en ouvrant grand les yeux et sa collègue donner la vague impression qu’elle gratte une harpe médiévale invisible pendant qu’elle chante rend l’atmosphère légèrement embarrassante au premier abord, jusqu’à ce que la puissance de cette musique nous rattrape. Balam Acab est toujours aussi impressionnant, l’atmosphère qu’il arrive à imposer sur scène rejoint celle de l’album, aquatique, profonde, rêveuse, déstructurant parfois ses propres morceaux pour mieux surprendre, comme la fin de See Birds (Sun).

Les voix peuvent rebuter au premier abord, mais il est indéniable que Morgan en possède une s’accordant relativement bien avec la musique de Koone, et, malgré un petit temps d’adaptation, les moments de bravoures sur album donnent la même dose de frissons sur scène, notamment la fin d’Expect, toujours aussi prenante. Son dernier album sera quasiment passé au peigne fin, quelques morceaux de son premier EP, mais aussi deux nouveaux morceaux seront joués pour un taux de réussite atteignant sans forcer une honorable mention.

oOoOO (à prononcer Oh !) s’installe sur scène. Même configuration que précédemment, Christopher Dexter Greenspan, au laptop, sera accompagné de Butterclock au micro. Tri-Angle a la particularité d’être un label relativement homogène, pas forcément par rapport au style proposé, mais plus par les ambiances développées, brumeuses, incertaines et éthérées. oOoOO reste cependant plus frontal que Balam Acab, beats lourds qui fondent droit sur la foule, moue passive et maîtrise de soi, double capuche et casquette à visière plate : Greenspan n’a pas l’air d’être là pour déconner.

Et pourtant, son set manquera cruellement de criminalité, de dépravation et de corps en charpie. Certes, cette musique se laisse écouter tranquille, se danse de la même façon que si t’étais ivre à la Fête de l’Huma, mais dépassera difficilement le cadre de l’anecdotique. Pause entre chaque morceau, cigarette sortie sur scène en fin de set, vidéos en fond relativement inutiles, oOoOO lassera rapidement, le grand jeu au bout d’une petite demi-heure de set se révélant donc être le décompte précis du nombre de bonnets dans la salle, pour un ratio assez élevé pouvant facilement expliquer la proche apocalypse arrivant fin 2012.

Holy Other, après cette relative déception, se contentera de remettre en toute décontraction les pendules à l’heure, souples coups de semence et vertueuses lignes de clavier à l’appui. Le bonhomme mise plus sur le caractère hypnotique de sa musique, prends le temps de bien encercler la foule présente ce soir pour mieux emmener tout le monde au niveau supérieur, accélérant lentement le tempo et montant en grade au fur et à mesure, jouant sur les détails, accentuant le côté ambiant et minimal de son set jusqu’à ce que… je me rappelle que je suis encore tributaire des transports en commun et que je préfère largement privilégier mon avenir de pêcheur de mérous dans le Nevada plutôt que dormir sur le canal St Martin, complètement gelé pour l’occasion. La moitié du set d’Holy Other passera donc à la trappe, fait relativement dommageable tant celui-ci savait convaincre.

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A propos de l'auteur

Image de : Pacush Blues aime le pâté en croûte, les jantes alliages, 5ive et le jokari. Observe et apprends.

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