Slow Magic + Selebrities | Sonic | Lyon | 18.03.12

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Perspectives Irrationnelles, jeune association lyonnaise de bon goût qui vient de naître sur Lyon, tape encore dans le mille: Slow Magic et Selebrities, deux groupes traversant actuellement l'Europe, s'arrêtent sur les quais du Rhône ce soir. Plus particulièrement au Sonic, péniche à la programmation transpirant l'excellence sans aucune forme de retenue mais victime de nombreuses menaces par les temps qui courent, la mairie de Lyon s'étant mis au plus profond de sa tête de vouloir tuer toute sous-culture un minimum alternative dans sa ville.

Un public qu’on a en tout cas pas l’habitude de voir au Sonic, Perspectives Irrationnelles occupant un nouveau créneau en terme de soirées. Douce et agréable sensation de rafraîchissement au niveau des concerts pouvant être potentiellement faisables sur Lyon, élargissant le spectre à côté des concerts de noise pour pré-retraités et les fanfaronnades hippies de Ground Zero (en stand-by pour l’instant, mais en lutte pour, on l’espère, retrouver un lieu au plus vite).

Selebrities viennent de Brooklyn, quartier perdu d’une ville complètement inconnue, absolument pas renommée pour la profusion d’incroyable groupes qui en sort. Sans attendre, le trio sort les atouts de choix, pas de possibilités de passer outre: mèche-serpillère pour la chanteuse, batterie électronique sponsorisée par une marque de vaisselle pour le batteur, souples génuflexions pour le guitariste, le constat est clair, Selebrities décide concrètement de se saborder avant même le début de son set. Une dizaine de morceaux qui fileront tout droits, les membres du groupe cumulant à eux trois le charisme d’un tronc d’arbre, une espèce de new wave vaguement goth et dansante, malheureusement trop inoffensive pour ne serai-ce qu’attirer un minimum l’attention. On sent que le groupe est jeune, presque mal à l’aise sur scène, que leur formation n’est pas forcément la plus pertinente (le synthé de la chanteuse aura servi en tout et pour tout trois fois et demi pour tout le set, le reste étant pré-enregistré): on sent donc beaucoup de choses, et je ne suis pas le seul à le penser vu l’ambiance de mort et de dévastation qui règne dans le public, remuant la tête plus par politesse que par réelle conviction. Seul le guitariste arrivera finalement à s’en sortir, grattant de bons riffs quand il le peut, mais, globalement, Selebrities n’affolera malheureusement pas les foules ce soir.

Slow Magic prend rapidement place. Un laptop, une petite table de mix, mais c’est grâce à l’instrument le plus con du monde que celui-ci arrivera à transcender son set: un tom basse. Une paire de baguettes dans les mains, masque africain au menton, l’américain n’aura qu’à presser lecture sur son ordinateur, faire semblant de tourner deux potards et passera le reste de son temps à craquer la peau de son tom pour le reste de son concert. Ça ressemble à la plus grosse arnaque du monde, et pourtant, ça fonctionne à merveille. Slow Magic joue sur toutes les caractéristiques du créneau chillwave (soleil, ami imaginaire et léger retard mental) et transfigure cette base en martelant son tom comme un enfant. Rythmes tribaux qui résonnent, se répondent et se concentrent dans toute la salle, difficile de ne pas être tenter de sortir ses meilleurs pas de danses, d’agiter la tête comme un jobard et d’avoir un large sourire collé sur le visage: ces rythmes, au-delà du dynamisme qu’ils apportent, créent une sorte d’insaisissable atmosphère de communion, de rassemblement. La moitié de la salle danse tranquille, full détente, ça se tape dans les mains et ça se meut souplement, jusqu’à ce que Slow Magic, sur la fin de son dernier morceau, décide de descendre dans la fosse, tom basse sous le bras, et de créer pendant quelques courtes minutes un irrépressible sentiment de vouloir choper des tongs, faire voler sa serviette de plage et parader vers l’avenir en ayant confiance. Le public se rassemble autour de lui, ferveur et communion sont crées, puis Slow Magic remonte sur scène. Les trois morceaux de son premier EP sont passés, excellents, plus de nombreux autres titres à paraître sur son premier album à venir.

Un rappel plus tard, Slow Magic redevient un honnête citoyen, légère coupe mulet circa AS Saint-Etienne 1972 et pull triple XL, et laisse flotter dans l’atmosphère le fait qu’il vient de délivrer l’un des meilleurs concerts de ce début d’année.

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