Sleep + Melvins + Psychic Paramount + Iceage | Villette Sonique | 26.05.2012

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Line-up plaqué or et ambiance pure détente: la Villette Sonique avait réussi, pour cette édition 2012, à conjuguer forces de Satan (Sleep, Melvins, Godflesh...) et multiples coups de boule au destin (B L A C K I E, Mudhoney, Elektro Guzzi...) en un simple et sibyllin claquement de doigt. Retour particulier sur les deux soirées payantes du week end.

Première messe noire, le samedi, la Grande Halle de la Villette, de jeunes chevelus de corpulence aléatoire se rassemblent: l’air est incertain, les géants et légendaires Sleep ont choisi cette date pour mettre à feu et à sang le 19e arrondissement, avec l’élégante assistance des non moins essentiels Melvins, de Psychic Paramount et d’Iceage. Iceage, nouvelle sensation post punk pour cul serrés, que nous n’aurons d’ailleurs pas l’occasion de voir pour cause de restauration rapide, c’est donc sur le supersonique trio Psychic Paramout que nous pénétrerons la Grande Halle de la Villette, sorte de hangar sans réelle âme ayant pourtant notamment accueilli d’intouchables performances de Shellac et Jesus Lizard les années précédentes. Psychic Paramout donc, trio américain que nous aurons la chance d’intercepter sur une poignée de titres, trois fusées psychés sans limites, interprétées la mâchoire serrée, un sens du crime froid et professionnel en bandoulière. À revoir le plus vite possible, et avec un meilleur son.

Les Melvins montent sobrement sur scène, le temps pour nous de se remémorer leur précédente prestation à Paris: une performance de classe majuscule, malheureusement mise à mal par un Glazart étouffant et plein à craquer, à tel point que les vigiles avaient dû monter sur scène pour éviter une sauvage décapitation par le premier rang. Le quatuor avait assuré, il aurait simplement été plus appréciable d’en apercevoir au moins un bout sur scène, tâche impossible si l’on prenait en compte les multiples bouts de corps en charpie qui fusaient de tous les coins.

Cette date à la Grande Halle constitue donc une séance de rattrapage idéale, la salle est parfaite pour voir les trois premiers rangs s’exploser les genoux à coup de barres à mine, tout en pouvant agréablement profiter de l’innommable costume de Buzz ou de la coupe de cheveux de l’impossible de Jared Warren, tout est donc parfait. Le public n’a d’ailleurs besoin de personne pour être en forme, les premiers rangs se chauffent tout seul, à tel point que passer de la techno zouk makina bulgaro-chilienne aurait eu le même effet que l’introductif Lysol: une espèce de bordel sans nom, une masse informe d’êtres humains qui copulent dans la sueur et l’infini. On le sait, les Melvins ont pour habitude de tendron avec force et dignité leur majeur au monde, faisant ce qu’ils veulent, quand ils le veulent. Et parfois au détriment même de la qualité de leur set, ce qui sera malheureusement le cas ce soir: les Melvins n’auraient pas pu constituer une setlist plus absurde et incohérente, avec des titres dont à peu près l’ensemble de la population se fout (qui a envie d’entendre Manky, issu de The Maggot, ou des morceaux de leur dernier EP ?) ou d’autres qui font à peine relever le sourcil (Evil New War God, Water Glass…), énorme contraste par rapport à la setlist du Glazart, sous forme de best of terminal gavé de tubes. Un concert en demi-teinte donc, de plus gâché par des amplis qui sautent en plein milieu du concert, cassant une bonne fois pour toutes la dynamique à peine entrevue sur un History of Bad Men à peu près potable, et Youth of America, très honnête reprise des nucléaires Wipers.

Un documentaire sur l’espace est diffusé pendant que les Sleep finissent leur triple bang parfum opium fraise backstage, ce qui laisse à l’aise le temps de se mettre en condition, invoquer les faveurs du grand maître du Mal, se mettre en tailleur et méditer sur la puissance du six feuilles que tu viens de fumer. Le trio arrive sur scène, Matt Pike à la guitare et aux tatouages, Al Cisneros à la basse et à la matière grasse et Jason Roeder, batteur de Neurosis, aux coups de trique. Sleep fait partie intégrante de cette catégorie supérieure de groupes pouvant se permettre de tenir un concert d’une heure et demie avec trois riffs, mode grand seigneur activé. Les jeunes doomsters pullulent désormais dans la salle, la moyenne de longueur de cheveux s’est allongée d’une vingtaine de centimètres et un nuage de fumée entourent les cinq premiers rangs: la tension est clairement à son comble, et explosera lorsqu’un mec de la technique viendra demander au public de ne pas monter sur scène, huées, jet de têtes de beuh, de feuilles slim et de figurines miniatures d’Ozzy Osborne sur scène. Al Cisneros s’énerve, s’en prend à un type au hasard au premier rang, le remet à sa place et lâche son premier riff de basse, Pike et Roeder enchaînent de plus belles et la Grande Halle de la Villette manque de s’effondrer.

Le son est terrassant, d’une lourdeur écrasante, chaque titre joué ressemble au précédent pour ne former qu’un tout, une géante boule de feu venant ravager notre mère la Terre pour la transformer en un désert où toute forme de vie est annihilée et devient inconcevable. Pike, entre chaque morceau, accomplit son rituel satanique: il se retire de quelques pas, revient vers son ampli, une gorgée d’eau, une gorgée de bière, une latte sur son joint et repart tête la première. La punition est continue jusqu’à ce que le groupe décide de passer à l’instant de recueillement: une photo de Tomy Iommi est affichée en grand sur l’écran derrière le groupe, les trois membres se prosternent, la moitié de la salle ne reconnaît pas le personnage et pense plutôt à une version plus virile et chevelue de Freddy Mercury, l’ensemble de la Grande Halle s’attend par contre bel et bien à une apparition holographique d’un deuxième guitariste, ce qui ne sera pas le cas, Pike relançant la machine sans attendre et finissant le reste de la salle avec une volonté de prince, sur une reprise de Black Sabbath. Le public sort sur les rotules, les cadavres sont partout, Sleep aura fait son boulot avec classe et élégance.

Seul point noir de cette soirée, outre la prestation moyenne des Melvins, le service de sécurité un peu trop zélé: chaque personne montant sur scène se fera ceinturer au plus vite et emporter comme un vulgaire chiffon au bout de la salle, avec parfois l’interdiction d’assister à la fin du concert, réaction relativement démesurée par rapport aux années précédentes où la sécu laissait par exemple le loisir à David Yow de botter le cul à n’importe qui le croisant sur scène.

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