Sinkane, melting pop

par |
Rencontre avec Ahmed Gallab alias Sinkane à l'occasion de la sortie de l'album Mars cette semaine : un mélange d'influences venues des deux côtés de l'Atlantique.

Sinkane-8---BW---credit_-Phil-Di-Fiore

Né à Londres de parents soudanais forcés de quitter le pays après le coup d’état de 1989, élevé ensuite aux Etats-Unis à Provo, Utah, où il était l’ « Oreo cookie », un gamin noir qui écoutait du punk, du hardcore et  s’identifiait à la scène Do It Yourself : Ahmed Gallab, plus connu pour son projet Sinkane, à l’habitude de détonner.

Son nouvel album Mars est sorti en fin d’année dernière sur DFA, la maison de James Murphy, puis chez City Slang cette semaine pour l’Europe. Mêlant guitares funk et chaleur soul, percussions africaines et pédales wah wah, alternant voix de soprano pop (Runnin’), autotune (Lady, C’mon) et murmures feutrés (Love Sick), Mars est un voyage en contrées aux contours mouvants et terriblement attirantes. Pas forcément ancrée dans un genre en particulier, la musique de Sinkane se concentre sur l’énergie et l’expérimentation, du côté du psychédélique mais aussi du free jazz avec le titre Mars : le flûtiste Casey Benjamin y dialogue avec un orgue discordant. Pour clore l’album, Caparundi explore de sombres atmosphères à la manière de TV On The Radio.

Se pliant à l’exercice médiatique par téléphone, quelques jours après son concert aux Trans Musicales (qui nous aura effectivement bien mis en transe), Ahmed Gallab fait preuve d’une certaine retenue. Loin de s’emballer au premiers retweets, il paraît au contraire attendre les tournées à venir pour prendre la température. Discordance a sorti son thermomètre :  l’hiver sera chaud.

Avant que nous n’évoquions ton nouvel albums Mars, peux-tu nous en dire plus sur deux vinyles que tu as sortis précédemment, Sinkane et Color Voice ?

Color Voice est le premier album que j’ai sorti, quand j’avais 24 ans, cela fait quelques temps. Sinkane est sorti un an plus tard. Ces albums étaient un peu une répétition, je n’ai pas eu autant de temps pour les enregistrer qu’avec Mars. J’avais envie de sortir des disques, donc j’ai rapidement réalisés ces deux-là.

Tu as collaboré à beaucoup de groupes avant de t’affirmer en solo : Yeasayer, Born Ruffians ou Caribou, quel serait le point commun à tous ces projets ?

J’ai appris beaucoup de choses avec eux. J’ai pu observer comment ces groupes travaillaient, menaient leurs affaires. Ça m’a vraiment permis de comprendre comment je devais m’y prendre pour ma carrière. J’ai aussi appris sur le songwriting au contact d’Of Montreal, comment on compose une chanson pop.

As-tu appris sur le rythme au contact de Caribou, en tant que batteur du groupe sur scène ?

Oui, je suis vraiment un fan de Dan Snaith, j’aime la façon dont il façonne le son et comment il réinterprète complètement sa musique sur scène.

Sinkane_Nick_Helderman

On entend beaucoup d’instruments différents sur Mars, peux-tu nous décrire le studio d’enregistrement ?

En fait j’ai tout fait moi-même, sur mon ordinateur portable, il n’y avait pas de studio. Le mixage a été fait en studio, mais la majorité de la musique a été réalisée chez moi, avec quelques personnes et plein d’instruments autour de moi. Ce n’est que plus tard que les musiciens qui m’accompagnent maintenant sur scène ont apporté de la batterie. George Lewis Jr. de Twin Shadow a également joué sur l’album en suivant mes directions.

C’est assez surprenant car, en écoutant l’album, on est baigné dans un univers très riche et on s’imagine facilement un groupe…

J’ai essayé de créer ce sentiment. Le processus était intéressant, ça m’a permis de m’interroger sur ce qu’est le son d’un groupe en live. C’était comme une émulation de son live.

Comment as-tu travaillé sur la voix, était-elle intégrée petit à petit ?

Non, dès le départ. Je commence toujours un morceaux par la basse et la batterie, mais j’ai en tête le produit fini. Ça a été mon premier exercice d’écriture avec beaucoup de voix, ce qui distingue Mars des deux précédents albums. C’était vraiment différent, un vrai challenge pour moi.

Est-ce qu’on se trompe en avançant que tu es fan des années 70 ?

En effet, j’aime beaucoup cette période pour le free jazz, la funk…

Que serait ton album préféré ?

Je suis très fan de Karma, de Pharoah Sanders.

Comment découvres-tu de nouvelles musiques, tu es plutôt dénicheur de vinyles ou de mp3 ?

J’adore les magasins de vinyles mais le plus simple pour moi est de trouver de nouveaux sons en ligne. Il y a vraiment quelque chose de spécial dans le fait d’acheter des albums, de rentrer les écouter, mais je passe beaucoup de temps sur le net, les blogs.

T’intéresses-tu à la musique soudanaise ?

Absolument, j’ai grandi en écoutant ce type de musique. C’est comme ancré en moi. J’aime Mohammed Wardi et Sharhabil par exemple.

Sur scène aux Trans Musicales où tu as joué avec ton groupe en décembre dernier, le concert paraissait très contrôlé au départ. Petit à petit, l’envie de danser devenait irrésistible… comment conçois-tu les sets ?

Nous essayons d’en faire une fête : les meilleurs concerts auxquels j’ai assisté ont été puissants et entraînants. On est un jeune groupe, on a encore du travail, mais nous essayons d’insuffler de l’énergie et de recevoir une réponse du public.

Sinkane_band

Comment as-tu rencontrés les musiciens t’accompagnant sur scène ?

J’ai rencontré Jason Trammel [à la batterie, NDLR] lorsque je jouais pour Yeasayer. Mikey Freedom [guitare, claviers] jouait du piano dans un bar où je faisais le DJ. Il est un bon ami d’Ish Montgomery [basse] qui a rejoint le groupe par la suite.

Comment as été reçu l’album aux Etats-Unis ?

Plutôt positivement, mais nous n’avons pas encore eu beaucoup le temps d’y faire des tournées. Nous avons pas mal d’encouragements à New-York.

Tu vis à Brooklyn aujourd’hui, comment est-ce de vivre dans ce quartier si prolifique au niveau musical ?

Il y aura toujours des groupes qui fleuriront à Brooklyn, il y a une énergie créative et une liberté incroyable. Il y a toujours un nouveau groupe qui joue, une nouvelle salle qui ouvre. C’est assez irrésistible.

Crédits photo : Dwayne Rogers (Une), Nick Heldermann (groupe et solo), Phil Di Fiore (N&B)

 

Partager !

En savoir +

Sinkane, Mars (DFA / City Slang), sorti le 21 janvier 2013.

En concert le 2 avril 2013 à Paris, le 13 à Dijon et le 14 à Lille.

ITunes : https://itunes.apple.com/fr/album/mars-bonus-edition/id589388893

 Site web : http://sinkane.com/

A propos de l'auteur

Image de : Depuis 2004, Julia parcourt les festivals et les salles de concerts en quête de sensations musicales fortes et affiche un net penchant pour la scène indépendante montréalaise, le folk, l'électro et le rock. Malgré une enfance biberonnée à la culture populaire des années 90, sa bibliothèque ITunes n'affiche presque rien entre 1985 et 2000. Repêchée trois fois par le vote du public, Julia anime désormais la rubrique Musique avec Pascal et Laura. "Discordance m'a sauvée". Mon blog / Twitter

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article