Sindrome – Autolargue

par Arno Mothra|
Si le monde de la musique était un ring de boxe, Sindrome serait de ceux qui bousculent le bon déroulement de la partie à coups d’uppercut en pleine gueule ; de ceux qui laissent K.O, en laissant transpirer sur le cadavre froid un étrange sourire noir, mais tellement chaud.

sindromeAprès avoir autoproduit ses 5 premiers albums, dans lesquels chaque seconde distille une obsession psychotique chronique hypnotisant l’auditeur, Sindrome signe son premier EP Autolargue sous le jeune label Neverland Afterdark en janvier 2007. La recette reste la même, en plus calibrée, plus brute aussi ; jumelée de névroses encore plus sexy. Pour ce mini, l’artiste n’a choisi que du hit bien rentre-dedans, celui qui vous met une droite avant même que vous n’ayez eu le temps de comprendre dans quelle clinique multicolore vous vous êtes perdu. La qualité du son est poussée à l’extrême sur cette guirlande de 6 titres.

On ressent perpétuellement une quête à l’exit, une paradoxale envie de vivre en abusant de ces pulsions qui nous détruisent, sans doute pour se dire que le seul monde parallèle que l’homme puisse se permettre d’imaginer, c’est bien l’existence en elle-même. L’exploration des multiples sensations acheminant d’elle-même sur les côtés les plus obscurs de l’âme humaine. Sindrome dédramatise les pulsions suicidaires, comme pour signifier que ni la mort ni la vie n’est une fin en Soi, qu’il faut juste utiliser nos émotions au service d’un quotidien construit, parfois, de lourds labeurs psychiques. Ses précédents albums correspondaient déjà à des concepts qui ne répondent finalement à rien, une hantise, un nihilisme, une perte de Soi, une solitude profonde, un abandon du monde, un cynisme, un humour irrésistible ; un drôle de plaisir à vivre et donc à se détruire, sans scrupules. Décomplexer la dépression intérieure, en la savourant.

Pour les novices, l’univers parano-pop de Sindrome chamboulera, perturbera, laissera peut-être perplexe au premier abord, car, et même si la scène électronique a déjà tout exploré, Sindrome ne s’enlise pas sur des sentiers battus ; comme par autodéfense, il explore jusqu’au dernier cri ce qui constituerait son Inconvénient d’être né . Aucun titre ne se répète, sûrement parce que Sindrome ne cherche pas de mélodies, de textes, d’images, il les trouve, il nous impose parfois les nôtres, enfouis dans des délires obsessionnels et tonitruants dont on ne pourrait se dépêtrer. Là où beaucoup tomberaient dans le ridicule complet, Sindrome s’exerce à une oeuvre aboutie, profonde, aux portes, bien souvent, d’une introspection sans limite.

De 1977, endiablé, dont l’intro se calque sur celle de Beat it de Michael Jackson, aux ténébreux Retour de flamme et surtout Sous le miroir (la perle du disque, et peut-être même du répertoire de l’artiste malgré un texte tournant autour d’une seule phrase), aux dansants et plus traditionnels (pour Sindrome ) Cocaïne & Coca-Cola et Guns R Guns, jouissifs en diable, Autolargue correspond à ces ovnis incroyables et déroutants que l’on aime savourer petit à petit, et pour longtemps.

Cet excellent EP s’avère donc un très bon moyen de découvrir le Neverland sans issue ni entrée de ce trublion atypique et incontournable, en se détruisant à petit feu. pour enfin renaître ailleurs : ce qui nous confronte avec horreur à la réalité.

Nouvel album en fin d’année et prochains concerts (!) à venir. On en reparlera.

Partager !

En savoir +

Sindrome, AUTOLARGUE, EP 6 titres, chez Neverland Afterdark .

Site officiel : http://www.sindromeweb.com

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article