Simone Choule

par Domino|
Pas simple de débuter un article sur un groupe au nom si étrange. Car non, Simone Choule n'est pas une quinquagénaire, mais un groupe de rock plutôt qualifié dans le genre et composé de membres d'Agora Fidelio, de Psykup et de Manimal. Rien que ça...

A l’occasion de la sortie d’un premier EP monstrueux, Pelo le bassiste du groupe nous accorde un peu de sont temps pour nous présenter ce projet un peu plus en détails.

Commençons par LA question qui doit turlupiner tout le monde, et faisons comme si je n’avais pas fait de recherches auparavant, pourquoi avoir choisi ce nom de Simone Choule ? Quitte à avoir un nom étrange, pour ne pas avoir choisi Bernadette Soubiroux par exemple ? Quel est le rapport entre votre nom et votre musique… Tout du moins s’il y en a un….

simoneC’est le nom d’un personnage tiré d’un film de Roman Polanski ( Le locataire ). On voit finalement très peu Simone Choule, mais son rôle est capital. Rien n’indique qu’il s’agit d’une vieille dame, comme on le laisse entendre. On a librement fait dévier le personnage de départ. C’est parti d’une blague sur internet. Je crois que le personnage de la grand-mère rock’n'roll a plu. Les gens s’en sont saisis très vite. Je pense même que Simone Choule a entre 25 et 30 ans dans le film. On a adoré l’atmosphère inquiétante, angoissante, les thèmes comme la paranoïa, la solitude urbaine, les personnages pris dans une certaine logique de l’échec. Je suis d’avantage attiré par les ratés que par ceux qui réussissent. Ils ont plus de choses à exprimer. On a donc voulu faire un gros clin d’oeil au film. Et une sorte d’hommage à Roman Polanski pour son travail si original. Le covert-art va aussi dans ce sens.

Comment le groupe s’est-t-il formé ? C’est venu comment ? Un certain carcan dans vos groupes respectifs qui vous a poussé à expérimenter d’autres choses ?

Je crois que mon idée était de faire un peu le deuil du métal. Certaines valeurs véhiculées par ce style, comme le culte de la performance technique ou la propreté sonore, ne m’intéressent plus du tout. Cette volonté de vouloir tout maîtriser m’a complètement étouffé. J’ai envie de laisser parler le son pour ce qu’il est. Le laisser « dégueuler ». Le prendre un peu comme une personne qu’on respecte, qu’on accepte avec ses qualités et ses défauts. Dans le métal, du point de vue de la production, tout est sujet à être sculpté en post-prod. C’est obsessionnel. Je n’ai pas envie de ça avec Simone . Il me faut plus de simplicité dans l’approche musicale. Même si les morceaux peuvent paraître techniques, surtout pour le batteur, l’état d’esprit n’est pas le même. Sur notre Ep, il n’y a pas d’édition, pas de recalage, pas de guitare compressée. C’était ma principale envie. Un punk complexe, une musique plus sale. Je suis certain qu’on peut aller bien plus loin dans cette idée. On va renforcer cet aspect là. J’aime entendre le son gras de Cult of Luna, par exemple.

S’il y avait un concept dans ce groupe, comment le définirez vous ?

Un ras le bol de la persistance de certains codes marketing complètement subordonnés aux valeurs marchandes. Une forme de réaction face à la passivité du consommateur. On se vise aussi nous même. C’est sans doute pour cela qu’on se travesti sur scène. On cherche sans doute à échapper à tout ça. A soi, aux autres. On a l’air un peu con, sans doute. Ça n’a pas forcément été simple d’arriver en jupe pourrie des 60′s pour défendre notre musique sur scène.

Alors parlons un peu de cet EP, c’est un processus de composition qui a pris combien de temps ? Les morceaux étant assez déstructurés, pétris de beaucoup d’influences, j’imagine que ça nécessite un travail assez conséquent de mise en place… D’ailleurs quitte à parler de composition, comment et de qui partent les idées de base ?

J’ai commencé ( Pelo ) il y a déjà 3 ans à composer la musique. J’étais seul, et j’ai fait en sorte de construire patiemment un univers musical. J’ai beaucoup expérimenté, jusqu’à sentir que je pouvais proposer quelque chose à d’autres. J’étais déjà sûr de mon intention de former un groupe, mais je ne voulais pas partir de rien, et je cherchais aussi à rendre la musique « identifiable ». Les autres ont rejoint le projet les uns après les autres. Le line-up s’est vraiment stabilisé il y a environ 1 an. Actuellement, le groupe se compose de Ju, Brice et moi ( Psykup ) et de Baptiste, guitariste chez Aéria Microcosme . J’apporte les morceaux quasiment « clé en main » (batteries, guitare, et basse). Les morceaux sont bien sûr réinterprétés par Baptiste et Brice . Au final, la couleur globale reflète bien la personnalité de chacun.

Qui écrit les textes ?

simone2 Ju est l’auteur de tous les textes. Je donne juste un titre à chaque morceau, et il doit se débrouiller pour écrire quelque chose en rapport. C’est une façon un peu expérimentale et inédite de bosser. Pour les morceaux suivants, notre collaboration va se resserrer.

Il y a-t-il des thèmes bien précis ou est-ce que l’on reste dans un esprit assez déstructuré à l’instar de la musique ? Il y a-t-il encore une fois un concept, une histoire derrière tout ça ?

Oui, bien sûr, il y a des thèmes qu’on aborde assez naturellement. La solitude urbaine, liée à notre individualisme poussif, la logique de l’échec, la perte de valeurs structurantes. Est-ce notre système le responsable ? Ou bien n’est-il qu’un reflet de notre vraie nature ? J’ai malheureusement tendance à penser à la 2ème proposition, plus grave et fataliste.

Comment allez vous retranscrire sur scène l’esprit si particulier de l’EP ?

On y travaille. On se travesti, c’est un point de départ. Il s’en dégage quelque chose de pas très sain. Le décalage entre ces costumes et la musique qu’on joue y est pour beaucoup. On aimerait pousser plus loin le truc, mais il faut bien un début à tout. Et puis je crois qu’on a l’énergie. Un peu désespérée, certes, mais réelle.

Comment avez vous rencontré le groupe Divine qui tourne avec vous actuellement? A quel niveau vous sentez vous proche d’eux ?

Ce sont avant tout des potes. Luis, chanteur de Divine, était le régisseur chez Psykup . Lui voulait un groupe pour tourner à 2. C’est vrai que ça allège pas mal de frais de route. Musicalement, les 2 groupes possèdent une énergie rock, mais ça s’arrête là. Le plateau est éclectique, du coup.

La tournée va s’étendre jusqu’à quand ? Quels sont vos projets après ?

On va profiter des brèches, des trous, pour faire tourner Simone . On a un 2ème Ep prévu pour Mars/Avril 2009. On va se remettre à la création de nouveaux morceaux (en fait c’est déjà fait). Il va y avoir du changement, le concept va évoluer, mais je ne veux pas trop en dire pour le moment.

Un petit « big up spécial dédicace » à la scène française ? Un mot? Un
coup de gueule ? Un coup de chapeau, de coeur ?

Merci à tout le réseau indé, les organisations, les assos, petites et grandes, qui permettent à la musique indé de tenir le coup. Je pense que sans eux, nous courrons le risque de perdre notre diversité culturelle. Sur le plan commercial, Internet a transformé beaucoup de choses, pour le meilleur et pour le pire. D’autre part, la consommation qui n’est pas nourrie d’une réflexion autour des relations de cause à effet (piratage, non soutien aux artistes) n’est pas sans risque. On essaie de réagir positivement, mais c’est dur.

Le mot de la fin ?

Rock’n'roll ain’t no pollution, rock’n’ roll will never die . ( rires )

Crédits Photo : JIF (http://citizenjif.free.fr/)

Simone Choule – EP

img48bba4d47dadf Simone Choule a 5 titres pour convaincre.

1,2,3,4….

Mais c’est que ça sent le rock par ici….

Un premier morceau déjanté ( You cheap little slut ) qui démarre sur les chapeaux de roues pour se calmer d’un coup et en devenir presque mélodieux. Sensation étrange mais agréable. L’effet de surprise semble être la règle. Un goût de folie et de puissance décérébrée nous reste sur la langue.

Simone Choule ne stagne pas, ne s’enlise pas dans une formule toute faite. Simone Choule est folle, non pardon, Simone Choule est fou. La musique du combo possède une telle personnalité qu’on a l’impression d’être en face d’une seule personne et non d’un groupe tant l’alchimie est palpable. Pelo nous parlait plus haut de « laisser parler le son ». Il fait bien plus que ça, il le laisse vivre par lui-même.

Malgré le coté déstructuré des titres, l’EP s’enchaine remarquablement bien. Quand aux influences, certains citeront Refused pour la puissance, d’autres Joy Division pour le désenchantement, mais Black Page la chanson la plus prenante de l’album fait plutôt penser au meilleur d’Incubus. Bref essayer de ranger le groupe vers un style bien précis est vain, tant les morceaux rebondissent d’une seconde à l’autre plongeant l’auditeur dans un monde totalement instable. Lithops qui clôt l’EP en est certainement le meilleur exemple et donne furieusement envie d’en avoir plus.

Foncez sur cet EP, allez les voir en concert, et ne manquez sous aucun prétexte ce groupe hors-norme et cette musique complètement barrée. Faites confiance à Simone, vous ne le regretterez pas…

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2 commentaires

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  1. 1
    le Vendredi 24 octobre 2008
    Dahlia a écrit :

    A noter qu’on aime bien rester en famille chez Antistatic… Que des cross-over des groupes du collectif, ma parole! :D

  2. 2
    le Vendredi 24 octobre 2008
    kimOk el gOussil a écrit :

    que dire de plus? que rajouter a part l’idée d’une frustration profonde de ne pouvoir faire les 11000km qui me séparent désormais de toulouse (la réunion n’a pas que des bons cotés…^^) pour aller les voir live?

    …il me reste l’EP qui tourne en boucle, certe, mais…

    longue vie a simOne et a tous les groupes qui gravitent autour de la sphére antistatic! pour le meilleur et… le encore meilleur!

    continuons a faire valoir la (vraie) musique!

    …une question encore, comment font ils pour trouver l’energie et le temps pour simone choule, psykup, agora fidelio, manimal, vidda guitar project, selam, nabass, god françois, my own private alaska… et nous sortir a CHAQUE FOIS un concept novateur ?

    ;)

    interview de mémé simone (entre autres) sur :
    http://www.myspace.com/goussilco

    .kimOk/gOussil co.

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