Sillon d’AuDen : un chemin entre ciel et mer

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Nous sommes entrés dans l'univers d'un artiste prometteur dont le nom est la traduction poétique de son prénom en gaélique (Adrien) et rime avec Eden.

AUDen FLL2

Le printemps annonce le renouveau, et la nouveauté. Cette année, ce sont de beaux albums, et celui dont il est question ci-dessous est d’une poésie remarquable; un beau compromis entre une profondeur abyssale et un aspect impalpable, aérien et lumineux. Entrez dans l’univers d’un artiste prometteur dont le nom est la traduction poétique de son prénom en gaélique (Adrien) et rime avec Eden. Le paradis et l’enfer en douze titres.

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Le premier contact avec cet opus réside dans la photo de la pochette signée par la talentueuse Fanny Latour Lambert qui résume à merveille l’atmosphère du disque. Seul, un fumigène à la main, il éclaire une scène obscure dans un mouvement furtif. Dans une traînée claire aux accents bleus et violets, apparaît le contour de son visage de trois-quarts dos. Une tranchée lumineuse sur un fond sombre, un sillon de fumée attire notre regard et aiguise notre curiosité.

Ensuite, le titre de cet album évoque un imaginaire dans lequel nous sommes invités à nous fondre, une tranchée à la seule lumière d’un éclairage puissant. Ou encore la jolie plage du même nom, à Saint-Malo. Parce que oui, AuDen est originaire de Bretagne, et que chaque aspect qui nous y fait penser est à souligner. Par ailleurs, l’album en lui même fait évoluer les titres dans un univers au large camaïeu.

Le premier petit plaisir réside dans l’emploi du français, son accessibilité et sa musicalité. Il joue avec les contradictions, allitérations et autres figures de styles. La langue de Molière est une évidence et les mots sonnent juste et tombent à point. Premièrement, Le bout de tout, est un jeu sur la sonorité du français et la rythmique des paroles. Le texte est d’une étonnante maturité entre pesanteur et légèreté. Azur éther quant à elle, est magique en ce sens où tout s’entremêle dans l’entêtant ressac des arpèges de guitare et le battement presque cardiaque sourd, en fond sonore, sur le début du morceau. Une course effrénée commence toujours par de petite foulées.

Vous pensez déjà connaître Pour mieux s’unir, c’est probable, c’est le titre que les radios diffusent, que les réseaux sociaux recrachent en premier. Dans la veine d’un Raphaël période Caravane, la griffe d’AuDen poétise le constat amer d’une relation vouée à l’échec. Le non-dit reste la plus belle des façons d’en rendre compte. Ici et là, il joue sur les mots et confère au français une bien belle part de musicalité.

On nage en eaux troubles, dans un entre-deux ; des courants tantôt chaud, tantôt plus frais. Le contraste entre ces deux atmosphères réside dans l’emploi des percussions, qui s’avèrent si chaleureuses et feutrées, le coup parfois violent pour en tirer un son. Et d’autre part, ces petites notes légères et cristallines mais si glaciales.

Dans la veine des mots employés par AuDen, on pourrait dire que ce disque nous tire vers des abysses célestes. Dans Aller sans retour, il instaure une connivence avec son auditeur. Cette philosophie universelle relative au plaisir de l’instant présent, s’immisce avec douceur. Quand bien même le morceau se révèle imprévisible, le long pont ne demande qu’à exploser en cascades de sons cristallins. Et tu danses s’inscrit dans la continuité par l’emploi de ces tonalités métalliques, aiguës. Ici, le titre simplement sonore se pare d’un aspect subaquatique.

Introduite par un souffle, Le Large, est le morceau le plus intimiste. Une légère réverbération sur la voix renforce toutefois cette sensation que le texte nous est chuchoté dans l’oreille. Le titre court, mais intense. Tes détresses, illustre bien cet aspect contradictoire entre les notes cristallines et les percussions sourdes. Basée sur une rythmique à la fois entrainante et lancinante, la chanson laisse échapper des le « danger », le « profond coma », et l’ »enfer ». La musique englobe les voix, les mots et fait résonner l’impact de celles-ci sur biens d’autres plans.

AuDen Fanny Latour Lambert

Cet équilibre entre le lumineux et l’obscur repose sur une savante hiérarchisation des sons. Ici et là, démarre sur une base de percussions tout en restant dans la lignée planante du reste de l’opus. Elle crée la rupture pour mieux s’y inscrire. Les printemps s’acoquine d’une fureur grandissante qui rugit tendrement sur le refrain. Tes détresses s’enveloppe d’une lourdeur chaotique d’orgue d’église. Quelques notes aériennes qui semblent s’échapper et s’évaporer, et c’est l’écart avec les percussions réverbérées qui offre toute sa profondeur au titre.

Les Amour mortes laisse apparaître une voix plus éraillée d’abord en guitare-voix. Un tête à tête qui se voit doucement étoffé de lumières subaquatiques et de choeurs-sonars. Enfin, la longue intro d’Etourdi pourrait faire penser à une coda qui vient clore l’opus. Non, ces magiques nappes sonores ouvrent un morceau intime, à l’image du reste du disque si ce n’est que la guitare s’approche et se blottit dans notre tympan. « Laissons venir la fièvre » résume le titre et nous fond dans cet « univers sourd » qui décrit « des cimes au dessus des mers« . Un titre planant, doux et fébrile, le va et vient des nappes sonores de fond laisse présager une tempête sous-jacente. Douces vapeurs, vient clore ce disque. Après une intro au piano, des pistes plus profondes s’invitent avant le silence complet.

Entouré d’Olivier Coursier (moitié du duo AaRON) et Antoine Gaillet (qui a assuré le mixage), AuDen présente un album abouti à l’univers bien défini. Sillon, est à mi-chemin entre ciel et mer, un plan horizontal où les hauteurs côtoient les profondeurs, et où l’auditeur flottant au milieu se laisse porter par les courants. Curieux de voir ce qui nous attend en concert, il est toujours possible de rester ici. Le vent souffle, les embruns ne sont pas loin, les échos résonnent encore et  nous avons encore du sable sous nos semelles. Voyez, la route n’est pas si longue pour la Bretagne. Nos « circuits en panique », il est temps de sortir de l’eau avant de sombrer.

 

Crédit photo : Fanny Lambert Latour
Sillon
à paraître le 24 Mars (Polydor)

Un grand merci à Nina – Polydor.

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A propos de l'auteur

Image de : Diplômée d'un Master 2 de Cinéma, musicienne de chambre, chanteuse de salle de bain, humoriste de placard, voyageuse par procuration, photographe amateur au regard amusé, monteuse intransigeante. J'ai un gros souci avec la couleur rouge et j'ai toujours un truc dans les cheveux. Oh, Boy! Manon, mais pas trop. *Twitter *Galerie

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