Sierra Swan : voyage au coeur de la Vallée

par |
Parler de vocation lorsqu’il s’agit d’une artiste aussi véritable que Sierra Swan semble décemment le terme approprié. Issue d’une famille d’artistes, fille de Martha Been Swan (danseuse) et de Billy Swan (un franc succès aux États-Unis, aussi bien pour avoir officié avec Kris Kristofferson que pour sa carrière solo), Sierra Marie Swan de son vrai nom a la musique dans le sang.

Enfant admirative durant de nombreuses nuits du travail en studio de son père, Sierra nourrit doucement le rêve de devenir une musicienne professionnelle. Durant son adolescence, Prince, Queen, Oingo Boingo, Mozart et Patsy Cline façonnent son univers musical. Et c’est justement cette dernière qui incite Sierra à se lancer dans une carrière de chanteuse. Ainsi commence son périple, alors âgée de 16 ans, dans des cafés de Los Angeles.

Image de C’est en 1997 qu’elle rejoint le groupe de rock alternatif Dollshead au sein duquel elle donnera naissance en 1998 à un premier et unique album, Frozen Charlotte, en compagnie du bassiste Graham Edwards. La critique est enthousiaste et n’hésite pas à qualifier ce son de Garbage et Curve-like. Entre temps, elle officie également en tant que chanteuse au sein du groupe de R’n’B The Black Eyed Peas, bien avant leur immense succès commercial. En 1999, avant de signer sur le label Atlantic Records en tant qu’artiste solo, elle travaille avec Chad Hugo de The Neptunes et Anne Previn avec qui elle co-écrit les tubes Sex Is Keeping Us Together et Nuclear Letdown. Ces ébauches donneront plus tard naissance à son premier album solo, Queen Of The Valley. Mais durant l’enregistrement de celui-ci, Sierra est évincée du label Atlantic et se voit donc obligée de renoncer à la sortie de son album. Elle fera par ailleurs quelques apparitions sur les albums 13 Ways To Bleed On Stage et Year Of The Spider du groupe de rock alternatif Cold. Mais c’est sa rencontre avec la compositrice et productrice Linda Perry (Christina Aguilera, Pink ou encore James Blunt) qui lui permet de sortir la tête de l’eau et lui ouvre les portes d’une tournée aux côtés de James Blunt ainsi que d’un contrat avec Interscope Records pour l’enregistrement d’un album.

Image de D’abord disponible en téléchargement légal sur le net puis au printemps 2006 au format boîte, Sierra Swan marque de ce fait son second coup d’essai en tant qu’artiste solo avec la sortie de son premier album officiel, Ladyland. Un album juste et personnel, au titre particulièrement évocateur, où Sierra chante à qui veut bien l’entendre une part de sa vie, de ses désirs à ses déceptions, de ses espoirs à ses aspirations. Selon ses termes, elle décrit les textes de l’album comme un « testament aussi bien à la force qu’à la tendre vulnérabilité féminine. (…) le portrait d’une femme se battant pour l’honnêteté et l’habilitation. ». Cet opus, soutenu par un piano au centre de la musique, une batterie et quelques guitares plutôt en retrait, a des allures de coup de maître. Qu’il s’agisse des tubes Copper Red, Don’t Say et Dr. Loveboy ou du sublime The Ladder (écrit par Linda Perry), Ladyland démontre un incroyable talent de composition. L’excellent Get Down To It, en duo avec Aimee Mann confirme brillamment ce propos et le tourmenté Mother, déchirant hommage à la mère de Sierra décédée quelques années plus tôt, clôt l’album de la plus touchante des manières.

En 2007, libérée de son contrat avec Interscope, Sierra Swan se lance dans une carrière d’artiste indépendante. Elle produit ainsi entièrement et distribue via son label indépendant Swan World Records un premier EP 6 titres, Coward. Cet effort est une très belle compilation de ballades orientées autour d’une guitare acoustique, d’un piano et de rares effets électroniques. La chanson éponyme, rappelant Bob Dylan, et Depression marquent les esprits, au même titre que Ramona, un superbe morceau composé par Sierra dans sa jeunesse.

Image de Un an plus tard, elle a enfin la possibilité de sortir l’album Queen Of The Valley, un hommage à ses origines de « fille de la Vallée de Los Angeles » à travers la musique pop des années 80. Véritable concentré de tubes, cet album est aujourd’hui considéré comme le plus versatile des opus de Sierra Swan, de par la variété des genres représentés. Guitares et claviers ont cette fois-ci la part belle, et l’ensemble de l’album oscille ainsi entre rock (So Much Fun, Sex Is Keeping Us Together, You Got Away), new wave (Nuclear Letdown, Distraction), pop (Seasons, Unforgivable, Demise Of Love, Obvious Day) ou encore R’n’B (Sleeping Beauty, Rock N’ Roll). La même année, Sierra embarque pour une tournée mondiale aux côtés du chanteur canadien Daniel Powter, lui aussi produit par Linda Perry. En 2009, Sierra se fait également remarquer en concert auprès de Billy Corgan (meneur de The Smashing Pumpkins) ainsi que pour sa participation au piano en compagnie de Ringo Starr, inoubliable batteur de The Beatles, lors d’une émission de David Letterman.

Par la suite, elle se consacre corps et âme à l’écriture de son dernier album en date, Girl Who Cried Wolf, qui voit le jour à l’automne 2009. Entièrement autoproduit et distribué par ses propres moyens, Girl Who Cried Wolf  est un album extrêmement intimiste et touchant. Avec cet opus, Sierra Swan délivre la quintessence de son univers musical, à mi-chemin entre les allures glam rock de Ladyland et les sonorités electro de Queen Of The Valley. Enivrant et admirablement interprété, aux instrumentations multiples, Girl Who Cried Wolf  regorge de titres bénéficiant d’une réelle richesse dans la composition, comme en témoigne End Of You, Deep Wound, Oh You ou encore Blame. Dédié à Danny Elfman, ce superbe effort voit par ailleurs la participation au chant de Planet Swan, la sœur de Sierra, et de The Section Quartet dont les orchestrations resplendissent sur l’incontournable titre éponyme et le magnifique Who Am I.

De par sa musique et sa passion, Sierra Swan invite à un voyage émotionnel, porté par une voix ensorcelante et des textes touchants, empreints d’un certain cynisme. Et de par ses déboires au sein de l’industrie musicale, elle incarne aujourd’hui l’esprit véritable d’une artiste indépendante, auteur d’une discographie aussi versatile que profondément sincère. Un rêve d’enfant devenu réalité, qui plus est au regard des implications auprès d’artistes particulièrement renommés. Mais comme les rêves puisent leurs inspirations quelque part, Sierra vient récemment de sortir The Sun Sessions, un EP de reprises enregistré avec son père Billy au légendaire Sun Studio (Elvis Presley, Johnny Cash, Jerry Lee Lewis, …) , comprenant entres autres des titres de The Rolling StonesKenny Rogers, Buddy Holly ou Cole Porter. Preuve que la vocation de Sierra Swan est toujours intacte et qu’elle est encore loin de s’éteindre.

Sierra Swan vue par Sierra Swan

Ton travail semble être très influencé par ton ressenti dans la vie de tous les jours.

Oui, j’écris généralement de la musique quand je me sens perdue d’une certaine manière. Je ne me sens pas obligée d’écrire quand les choses vont bien dans ma vie. Je choisis d’apprécier l’instant autant que je le peux.

Comment définirais-tu ta musique ?

Je suppose que je pourrais la définir comme la bande-son de ma vie et, je l’espère, de la vie d’autres personnes également.

Comment c’est de travailler avec Linda Perry ? (NDRL : chanteuse, compositrice et productrice entre autres de Pink, Daniel Powter et James Blunt).

Elle est incroyable et super gentille. Je la considère comme une part de moi à bien des égards. Elle est de ces producteurs qui te forcent vraiment à être toi-même et j’ai vraiment beaucoup appris de ma voix en travaillant avec elle. Je l’aime tellement.

En quoi est-ce différent quand tu es personnellement en charge de la production ?

Eh bien, tu n’as personne pour amener une idée, tu vas simplement en studio et fais ton travail sans véritable discussion. J’ai aimé cet aspect-là. J’ai appris à quel point tes instincts sont importants. Je n’avais peur de rien. Personne n’était là pour me dire quoi faire, ce qui, parfois, est vraiment bien.

Tu viens récemment de sortir The Sun Sessions, un EP comprenant des reprises telles que Everyday par Buddy Holly ou As Tears Go By par The Rolling Stones. Comment s’est passé l’ensemble du processus pour cet EP ? Et comment as-tu choisi les chansons ?

J’ai demandé à mon père de choisir toutes les chansons. Il voulait que je fasse une sorte de projet de reprises depuis un moment et j’ai finalement décidé de le faire. Il avait déjà enregistré au Sun Studio auparavant et connaissait assez bien tous les gens là-bas donc nous avons pu bloquer deux jours pour y enregistrer, ce qui a été une merveilleuse expérience. Travailler aussi avec des musiciens tellement géniaux c’était une part réellement importante et bien sûr travailler avec mon père est quelque chose que je n’oublierai jamais.

Pourquoi avoir décidé de travailler en solo plutôt que dans un groupe ?

J’ai plein d’idées quand il s’agit de chansons et d’albums. Ce serait dur de négocier et d’en discuter avec d’autres, bien que je ne sois pas opposée à faire partie d’une dynamique de groupe à l’avenir.

Est-ce cela qui t’a poussé à être une artiste indépendante ?

Non, le marché est une machine très différente aujourd’hui. Donc je n’ai pas vraiment d’autre choix, aujourd’hui, que d’être une artiste indépendante.

Précisément, être un artiste indépendant aujourd’hui, cela signifie quoi pour toi ?

Ça veut dire de la liberté, mais moins de soutien.

Tu as joué à travers le monde avec des artistes tels que Daniel Powter et James Blunt. Était-ce différent des États-Unis ? Et quelle a été la réponse du public à ta musique ?

Image de Oui, je suppose que la principale différence que j’ai relevée c’est l’excitation dans laquelle les gens étaient quand tu te montrais et jouais pour eux. L’enthousiasme est tellement plus positif dans d’autres pays. J’aimerais que ce soit plus comme ça ici !

Dirais-tu que tu es plus une artiste de studio ou une artiste de scène ?

Je dirais live. J’adore jouer en concert ! J’aimerais avoir l’opportunité de le faire plus souvent. J’espère un jour avoir la possibilité de partir en tournée. J’adore ça et je me sens tellement plus moi-même quand je joue pour une audience.

Tu as travaillé avec The Black Eyed Peas il y a une douzaine d’années de cela. As-tu suivi, de près ou de loin, leur fulgurante ascension dans le marché ?

Pas vraiment, je suis très heureuse pour eux et de tous leurs succès, mais mon chemin a été extrêmement différent et je ne suis pas très sûre de ce que je dois espérer pour la suite…

Justement, quels sont tes plans pour l’avenir ?

J’ai l’intention de faire deux vidéos pour The Sun Sessions et je travaille sur un projet avec deux amis qui verra peut-être le jour, ce n’est pas sûr. Je prends juste les choses au jour le jour. C’est un peu difficile de nos jours d’être une mère et une musicienne. Mon fils est super jeune et il a besoin de toute mon attention pour le moment, alors la musique n’est pas ma principale fixation, mais ça changera quand mon fils sera capable de faire plus de choses par lui-même. J’apprécie simplement ces jours avec lui et ralentis mes efforts créatifs.

Merci de m’avoir accordé de ton temps Sierra. Y-a-t-il quelque chose que tu aimerais ajouter afin de boucler cette interview ?

Pas vraiment, simplement merci pour le soutien et j’aime la musique.

Partager !

A propos de l'auteur

Image de : Esprit ouvert vers le monde, aussi bien apaisé que profondément rock'n'roll, Ghost erre dans l'immensité des paysages musicaux d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

Aucun commentaire

Abonnez vous au Flus RSS des commentaires

Réagissez à cet article